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Alexandre Gabriel : “nous souffrons de voir les bars, restaurants et cavistes à l’arrêt”

Alexandre Gabriel - Maison Ferrand

Maison Ferrand (cognac Ferrand, gins Citadelle, rhums Plantation) maintient l’activité de ses commerciaux durant le confinement, pour accompagner ses clients.

A travers sa présence internationale (jusqu’à 76 pays), Maison Ferrand est aux premières loges du coup de tonnerre économique provoqué par les mesures de confinement et la fermeture largement généralisée des bars et restaurants. Le producteur de spiritueux (200 personnes), connu pour le cognac Ferrand, les gins Citadelle et les rhums Plantation, a choisi de poursuivre son activité, sans recourir au chômage partiel.

« Ça n’a pas été un ralentissement, mais un coup d’arrêt brutal. La Chine s’est mise en confinement plus tôt que l’Europe, puis la plupart des pays ont suivi. Plantation vend par exemple 90% de ses volumes dans les bars en Espagne. Comme toute entreprise, on cherche des équilibres. Nous pensons aux professionnels et à leur rebond. Ils étaient en train de construire un maillage de bars d’excellence, de petites structures qui ont dû s’arrêter d’un coup. Ce pan, comme les restaurants, constitue une exception culturelle à part entière », souligne Alexandre Gabriel, propriétaire et maître de chai.

Les commerciaux restent sur le pont

Maison Ferrand, dont le siège est situé à Ars (Charente) et qui dispose de bureaux à Paris, a organisé la mise en télétravail des collaborateurs dont les missions pouvaient être assurées à distance. Les équipes de production sont pour leur part mobilisées afin de centraliser les stocks d’alcool destinés à la fabrication de solution hydro-alcoolique.

A défaut d’être sur le terrain, les commerciaux continuent de travailler à temps complet. « Cet arrêt nous coûte, comme toute la filière. J’ai préféré que nos commerciaux continuent à échanger avec nos clients, préparent la reprise. Même ceux qui sont exclusivement centrés sur le bar, travaillent en confinement, mais prennent le pouls des professionnels et les soutiennent moralement. Il y a toujours des ventes dans les magasins (les cavistes, qui rouvrent par endroits, ainsi que les grandes et moyennes surfaces). Cela fait partie du devoir de tous de pouvoir continuer à travailler, de façon sécurisée », indique Alexandre Gabriel.

Un accompagnement des cavistes

« Nous voulons continuer le soutien aux cavistes et aux barmans : nos équipes passent toute la journée au téléphone pour savoir comment ils vont, quels sont leurs projets… Ça leur fait du bien aussi », abonde Angélique Julienne, responsable marketing et communication. Les cavistes restés ouverts se posent des questions sur la mise en avant de leurs produits ou sur les meilleures pratiques pour servir leurs clients, par exemple sous forme de drives. Sur les réseaux sociaux, des « pushs » ont permis de rappeler que les produits, dont le gin Citadelle par exemple, restaient disponibles chez les cavistes.

L’un des principaux challenges de l’après-crise sera notamment de piloter le suivi de l’activité aux Etats-Unis, où les amortisseurs sociaux sont moindres. « Même si le droit du travail diffère, nos commerciaux restent également en poste. Nous maintenons leur salaire. Ils appellent leurs clients tous les jours. Il y a davantage d’opérations de crowdfunding mises en place, puisque beaucoup d’employés des bars-restaurants ne disposent pas de couverture sociale. La situation va être très difficile », observe Angélique Julienne.

Une nouvelle référence en grande distribution

En termes d’actualités, la seule modification du planning a consisté à reculer en juin le lancement du rhum Plantation Fiji 2005. Le rhum Jamaïque 2005 sortira comme prévu à cette même période, avant la collection des Extrêmes en septembre.

En revanche, le lancement d’Isle of Fiji, une nouvelle référence de Plantation pour la première fois commercialisée en GMS sur le marché français, avec l’accompagnement de la Maison du Whisky, a été maintenu. « Nous avons un rapport très fort avec la distillerie qui nous accompagne sur place, Rum Co. of Fiji. Nous avons créé un assemblage de distillations en colonne et en alambic. Il y a, en France, une passion pour les grands rhums. Nous avions des demandes récurrentes de la part de la grande distribution. Malgré le contexte actuel, la réception est excellente », explique Alexandre Gabriel.

La reprise de l’activité du circuit bars-restaurants, dans le respect des règles sanitaires, est quant à elle vivement espérée. « Nous partageons une forme d’expression culinaire. Nos spiritueux sont conçus comme des expressions gastronomiques. Le bartender cherche à faire chanter les papilles avec ses différentes recettes : nous sommes des luthiers, et eux des musiciens. Nous aimons cet esprit de création qui souffle sur le monde du bar depuis une vingtaine d’années. Nous souffrons beaucoup en ce moment de voir ce secteur à l’arrêt », confie le dirigeant.

A propos de l'auteur
Journaliste à L'Usine Nouvelle, j'édite Business & Marchés à titre personnel depuis 2007.
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