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Start-up: NoFilter mise sur les jus de fruits et légumes déclassés

NoFilter lance six jus de fruits et légumes issus de l’agriculture française, à partir de produits déclassés. La start-up s’engage sur un fonctionnement transparent.

Pomme-gingembre, pomme-citron-persil, tomates, tomate-poivron-piment, carotte-citron et carotte-citron-curcuma, telles sont les six premières recettes de NoFilter. Cette start-up parisienne propose des jus de fruits et légumes issus de produits déclassés et rend publique sa structure de coûts (57 centimes pour les agriculteurs et transformateurs, 26 centimes de pack, 11 centimes de transport et 38 centimes de marge sur un prix de vente de 1,32 euro hors taxes aux distributeurs). Son fondateur, Marin Mulliez, 28 ans, nous en dit plus.

Pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Marin Mulliez ─ Je suis diplômé du master Grande Ecole de l’ESCP Paris. Pendant mon année de césure, je suis parti travailler un an à San Francisco, dans une entreprise très engagée. C’est là-bas que j’ai découvert le monde fascinant de l’alimentation responsable. J’y suis retourné en CDI à la fin de mes études en 2015 et j’y suis resté une année supplémentaire. Mon rôle était responsable du développement des nouveaux produits à base de chair de coco. En effet, lorsque je suis arrivé, nous ne commercialisions que de l’eau de coco. Nous achetions la plante et ne la valorisions qu’à 20% ! J’ai donc passé un an à mettre sur le marché un yaourt fait à partir de la chair de coco. J’ai démissionné fin 2016 pour des raisons liées au management. Rentré en France, j’ai voulu valoriser l’expérience que j’avais acquise aux Etats-Unis.

Pourquoi avez-vous choisi de lancer des jus à base de fruits & légumes déclassés ?

NoFilter valorise les écarts de tri des agriculteurs français, ces fruits et légumes mis de côté́ pour leur apparence. NoFilter accompagne aussi ses producteurs partenaires dans leur conversion vers une agriculture raisonnée ou biologique. Une branche de ma famille travaille la terre et c’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers les agriculteurs. J’ai été choqué par le niveau des pertes alimentaires aux champs, par les difficultés auxquelles ils font face au quotidien. Or, ils sont à la source de notre alimentation et ne sont pas valorisés tels qu’ils le devraient.

Comment avez-vous mis en place des filières d’approvisionnement dédiées ?

NoFilter est une marque engagée auprès des agriculteurs français. Le premier pas est donc d’aller à la rencontre des agriculteurs, afin de définir leurs besoins et les problématiques auxquelles ils font face. Pendant deux ans, j’ai donc fait un petit tour de France, afin de comprendre la réalité du terrain. C’est finalement en Touraine que j’ai posé mes valises suite à une rencontre incroyable avec Bastien Debruyn, avec qui nous travaillons sur la transformation de nos fruits et légumes en jus. Afin de limiter notre empreinte environnementale, nous avons identifié des producteurs de tomate, de pomme et de carotte à proximité de l’atelier. Tous sont à moins de 200 km de Tours et nous travaillons ensemble pour trouver les meilleures solutions de valorisation à leurs écarts de tri ou à leurs surplus, tout en les soutenant dans leur transition écologique.

« Nos agriculteurs sont engagés sur le long terme »

D’autres partenariats sont-ils prévus ?

Depuis nos débuts, nous avons signé des conventions de partenariat avec une vingtaine d’agriculteurs dans les Pays de la Loire et en région Centre. Nous sommes en cours de signature avec l’AOP Tomates de France, ce qui nous permettrait à terme de nous engager sur l’ensemble du territoire français. Je voulais aussi sortir d’une relation classique de client-fournisseur. J’ai donc un parti pris fort : nos agriculteurs sont nos partenaires sur le long terme, ce qui nous permet d’avoir une bonne visibilité sur les volumes de fruits et légumes à valoriser, de réfléchir aux prix les plus justes pour leur garantir une vie décente et de mettre en place des modes de production de plus en plus raisonnés comme l’agriculture bio.

De quelle manière avez-vous élaboré les différentes recettes ?

Afin de répondre aux problématiques des agriculteurs français, j’ai tout d’abord identifié des fruits et légumes dont les volumes gaspillés tous les ans étaient élevés. J’ai donc construit mes recettes autour de trois ingrédients phares : la pomme, la tomate et la carotte. Après de nombreuses dégustations avec des professionnels et surtout avec nos consommateurs, nous avons validé nos six recettes. Enfin, NoFilter s’engage à préserver la diversité des variétés avec certains conservatoires en France. Nos recettes sont amenées à changer au cours des saisons, en fonction des volumes d’invendus disponibles chez les agriculteurs, mais aussi en fonction des variétés.

Vous promouvez la transparence dans le secteur : comment appliquerez-vous cette idée ?

Après avoir identifié les problématiques spécifiques à l’industrie agro-alimentaire, après avoir vu de mes propres yeux ce qui se passait à la source, chez les agriculteurs, je me suis rendu compte que nous faisions face à une boîte noire. La réalité du gaspillage alimentaire n’est pas belle à voir. La situation de la plupart des agriculteurs est difficile. Nous souhaitons donc rendre toutes nos actions publiques et cela commence par notre structure de coûts, qui permet aux gens de se rendre compte de ce qu’ils achètent. Nous sommes sans filtre, nous n’avons pas peur de dire les choses et nous comptons sur l’optimisme et la volonté du plus grand nombre pour faire changer les choses durablement.

Publié dansEconomieEntreprises