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Recherche et développement: la nécessité d'une politique ambitieuse

La stratégie nationale de recherche et d’innovation soutenue par Valérie Pécresse constitue une initiative forte mais encore insuffisante pour répondre aux carences de la France en matière d’innovation.

En présentant, début juillet, les premières conclusions des groupes de travail dédiés à l’élaboration d’une stratégie nationale pour la recherche et l’innovation (SNRI), Valérie Pécresse a sans doute contribué à faire progresser le dossier des moyens mis en œuvre pour stimuler la R&D en France. 600 personnalités, constituées en groupes de travail, ont planché durant huit mois dans le cadre d’un exercice de prospective scientifique inédit.

Trois axes prioritaires émergent des travaux : santé, bien-être, alimentation et biotechnologies d’une part, urgence environnementale et écotechnologies d’autre part, et enfin information, communication et nanotechnologies. Ces domaines de recherche doivent faire l’objet d’une politique spécifique dans le but de contribuer à leur développement, autant dans les entités de recherche publiques qu’au sein des entreprises.

Renforcer les moyens dédiés à la recherche fondamentale, améliorer la sécurité et la maîtrise des risques, garantir l’implication des sciences humaines et sociales dans tous les domaines et dans une logique d’interdisciplinarité, renforcer l’écosystème de l’innovation et prendre en compte la dimension internationale de la recherche : les priorités affichées se veulent concrètes et consensuelles. En matière de santé, l’alimentation et l’agriculture font office de priorité, l’évolution du climat, la biodiversité, internet et les nanotechnologies l’étant en matière environnementale, informationnelle et scientifique.

La place peu enviable de la France

Cette esquisse d’une véritable politique de l’innovation tombe, pour le gouvernement, à point nommé : alors que les annonces de licenciements se multiplient, la recherche et développement apparaît comme une arme de développement économique, avec des centres dédiés capables d’interagir à l’échelle mondiale. Renforcer l’attractivité de la France en matière de recherche et développement apparaît comme une nécessité : selon une étude récemment publiée, la France n’est que le dixième Etat le plus innovant de l’Union Européenne. Les dépenses internes en R&D par rapport au PIB pointent au septième rang (1,31 % du PIB) dans l’UE, légèrement en-dessus de la moyenne européenne (1,31 %), mais bien en-deçà de celles de la Suède, en tête du classement.

La faible part consacrée à l’innovation dans le plan de relance constitue également un signal d’alarme du désintérêt porté, ces derniers mois, par l’Etat envers un secteur stratégique en période de crise : à l’aspect économique se cumule celui des connaissances scientifiques, de la renommée du pays dans les divers classements internationaux, et de l’importance du dépôt de brevets. Selon l’OCDE, la part consacrée à la recherche-développement dans le plan de relance français serait 28 fois moindre que celle des Etats-Unis et 22 fois inférieure à celle de l’Allemagne ! La crise a pourtant mis en exergue un besoin fort d’innovation, passant de la nécessité de maintenir des capacités industrielles à la volonté de dénicher les nouvelles firmes internationales et créatrices d’emploi de demain, avec des produits compétitifs.

La nécessaire restructuration du réseau de pôles de compétitivité doit aussi favoriser l’émergence d’une prise de conscience dans ce domaine. Lancés à la hâte il y a trois ans, ces 71 entités de recherche territoriales alliant universités, laboratoires de recherche et entreprises font l’objet d’une active réflexion au ministère de l’Industrie : dix pôles dédiés aux écotechnologies seront crées, mais douze pôles apparaissent « en sursis » selon l’expression même du Premier ministre François Fillon. Leurs performances font l’objet d’un audit régulier. Une telle illisibilité de l’offre de pôles peut-elle nuire à leur rayonnement ? La question est posée.

Pour Valérie Pécresse, « toute recherche a bien pour vocation à être valorisée ». Une ambition à laquelle la stratégie nationale de recherche et d’innovation semble une ébauche de réponse aboutie, mais qui passera également par des initiatives fortes, concrètes et lisibles afin de toucher un maximum de décideurs, bien au-delà des communautés scientifiques et politiques.

Publié dansEnvironnement-SantéSociété