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Groupements d'employeurs: le dispositif anti-crise ?

Afin de faciliter l’embauche de salariés et d’accroître leur attractivité, de nombreuses PME s’associent au sein de groupements d’employeurs.

Simples associations ou coopératives, les groupements d’employeurs disposent d’une souplesse juridique qui leur permet de s’ériger en statut anti-crise au sein de nombreuses entreprises françaises. Le nombre d’adhérents à l’Union des groupements d’employeurs de France, 10.000 entreprises, suffit à convaincre du succès de la formule, qui fait travailler près de 12.000 salariés selon l’organisation.

Ce dispositif, jusqu’alors l’apanage des plus petites PME, s’étend aujourd’hui à des firmes de taille plus importante et désireuses d’optimiser le temps libre de leurs salariés – faute de commandes -, en faisant profiter de leurs compétences d’autres entreprises. Au-delà du principe du temps partiel, les aspects juridiques et pratiques sont à-même de séduire des entreprises soucieuses de recruter les meilleurs talents avec un minimum de contraintes. Avec des salaires plus conséquents et la promesse de tâches diversifiées, les PME adhérentes à un groupement d’employeurs peuvent accroitre leur attractivité.

Le groupement d’employeurs peut recruter un ou plusieurs salariés et le(s) mettre à disposition de ses membres, en fonction de leurs besoins: les nouveaux embauchés relèvent donc de l’association ou de la coopérative et non des entreprises au sein desquelles ils sont amenés à travailler. Le groupement doit, selon le ministère du Travail, axer son recrutement sur des contrats à durée indéterminée, son but étant d’associer des employeurs qui, pris séparément, ne pourraient pas supporter la charge d’un emploi permanent. Les entités adhérentes prennent en charge les frais salariaux en proportion de l’utilisation de la main-d’œuvre.

Un panache de flexibilité et de sécurité

Toutefois, ce statut d’association ou de coopérative étant à même de décourager de nombreux candidats potentiels, de nombreux garde-fous ont progressivement été mis en place depuis l’instauration de la formule en 1985. En cas de défaillance de l’un des membres du groupement, ceux-ci sont solidairement responsables à l’égard des dettes contractées. Par ailleurs, le fait même de l’unicité du contrat de travail permet de simplifier les procédures: il ne s’agit en aucun cas d’un cumul d’emplois mais d’une mise à disposition du salarié. Côté employeurs, les entreprises tendent à externaliser le risque représenté par une embauche.

Signe du succès du dispositif, la proposition de loi pour faciliter le maintien et la création d’emplois, adoptée en première lecture à l’Assemblée le 9 juin dernier, prévoit la possibilité de recourir au prêt de main-d’oeuvre entre entreprises, une disposition directement inspirée du fonctionnement des groupements d’employeurs. Alternative à des licenciements, le prêt n’a pas pour objectif de fournir de nouvelles sources de revenus aux entreprises prêteuses, mais seulement d’alléger la masse salariale à un instant donné. Le pré carré des entreprises de travail temporaire ne semble donc pas menacé.

Cet instrument s’inscrit également dans les prémisses d’une politique de « flexisécurité », mélange de souplesse pour l’employeur et de protection pour le salarié. Le chômage a touché plus de 200 millions de personnes dans le monde en 2008, selon le Bureau international du Travail. Faciliter l’aménagement du temps de travail, davantage de flexibilité pour les employeurs ou renforcer la formation professionnelle: ces outils de lutte contre le chômage trouvent des réponses dans le système des groupements, néanmoins critiqué par de nombreux syndicats pour sa position entre salariat classique et intérim.

« En employant un salarié à temps partagé, le chef d’entreprise maîtrise ses dépenses, sans se couper des compétences pour préparer l’avenir », résume à Usinenouvelle.com Michel Barbaise, président d’un groupement d’employeurs.

Publié dansEconomie