Après plusieurs années de croissance, le marché français du rhum ralentit. Face au recul des volumes, les producteurs et distributeurs adaptent leurs stratégies entre recherche d’accessibilité, valorisation des origines et nouvelles références présentées lors du Rhum Fest Paris, au printemps dernier.
Le marché français du rhum change de rythme. Lors du Rhum Fest Paris, en avril 2026, une conférence consacrée aux évolutions de la filière a réuni producteurs, distributeurs et professionnels du bar autour d’un constat commun : après plusieurs années de forte dynamique, le secteur doit désormais composer avec un environnement moins favorable.
Selon les données présentées par Mathieu Lange, historien spécialisé dans le rhum, les exportations de rhums en provenance des territoires ultramarins vers la France métropolitaine ont reculé de 8% entre 2019 et 2025. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large de baisse de la consommation d’alcool, tandis que les boissons sans alcool gagnent progressivement du terrain. Autres chiffres marquants : en 2025, les ventes de rhum dans l’Hexagone ont perdu 5,6% en un an, et 12,5% sur un an.
Audrey Bruisson, représentante des rhums Clément au sein du groupe Spiribam, souligne que les professionnels rencontrent davantage de difficultés pour installer de nouvelles références, notamment lorsque celles-ci atteignent des niveaux de prix élevés. Chez les cavistes, certaines bouteilles positionnées sur les segments premium peinent à trouver leur public, poussant les marques à rechercher un meilleur équilibre entre différenciation et accessibilité. Selon elle, l’enjeu repose désormais moins sur la multiplication des innovations que sur la capacité à proposer des produits lisibles et adaptés aux attentes actuelles. Le retour à des modes de consommation plus simples et la qualité gustative deviennent des arguments centraux.
Le prix devient un facteur d’arbitrage
Du côté des bars spécialisés, la demande pour les rhums de dégustation reste présente, mais dans un contexte de fréquentation plus faible des établissements CHR. Au 1802, à Paris, présenté comme le plus grand bar à rhum du monde, Paul-Antoine Herbet, l’un des managers, observe que l’intérêt des amateurs ne faiblit pas, mais que les comportements d’achat évoluent. Un seuil apparaît notamment autour de 100 euros 6la bouteille, niveau à partir duquel les ventes ralentissent fortement. Les références comprises entre 70 et 80 euros constituent déjà un achat réfléchi pour les clients intéressés par les éditions limitées.
Pour conserver une accessibilité tarifaire, le barman évoque l’évolution possible des formats, avec un passage du traditionnel flacon de 70cl vers des contenances de 50cl. Une manière de préserver l’intérêt pour les cuvées premium tout en réduisant le prix d’entrée. Sur les cocktails, la tendance aux créations moins alcoolisées ne constitue toutefois pas encore un moteur majeur de consommation pour le rhum.
Traçabilité et sourcing au cœur des attentes
Pour Olivier Dumont, directeur des opérations du producteur et distributeur de spiritueux Les Bienheureux, les consommateurs recherchent désormais davantage de transparence. L’origine du distillat, les matières premières utilisées et les méthodes de production deviennent des critères importants dans le choix d’une bouteille. Le défi concerne également les jeunes consommateurs. Sous la barre des 20 euros, l’objectif consiste à proposer des alternatives qualitatives aux marques généralistes, dans une logique de «boire moins mais mieux».
Jean-Marie Kerourin, directeur des ventes nationales du distributeur Premium Craft Spirits, distributeur notamment des rhums Saint-James, insiste de son côté sur la nécessité de créer davantage de passerelles entre les circuits de distribution. Il observe également une évolution des habitudes des jeunes générations, marquée par un recul des sorties nocturnes et des pratiques de consommation plus contrastées.
Les nouveautés : de nouveaux profils aromatiques
Les lancements dévoilés au Rhum Fest Paris illustrent les différentes stratégies adoptées par les marques : développement de nouvelles origines, diversification vers d’autres catégories de spiritueux, travail sur les vieillissements et recherche de nouveaux profils aromatiques.
IQ Spirits : Papa’s Pilar et lancement mondial de Ron Tepuy
Fondé par Tom Van Lambaart, anciennement chez Dugas, le distributeur IQ Spirits compte six marques de rhum à son portefeuille et poursuit sa diversification vers le whisky avec la distribution des marques Fontagard, Loch Lomond, Glen Scotia et WhistlePig.
Anthony Le Baron a présenté la gamme Papa’s Pilar, marque américaine élaborée en hommage au bateau de pêche Pilar d’Ernest Hemingway. Produite selon la méthode Solera, elle se décline autour de plusieurs profils.
Le Papa’s Pilar Blonde 42% constitue la référence historique de la gamme. Ce rhum à la robe beige claire est filtré au charbon. Le nez développe des notes de vanille et d’amande. En bouche, il présente une texture ronde, avec une dominante vanillée et une finale douce. La référence a notamment été pensée pour la réalisation de cocktails comme le Daiquiri.
Le Papa’s Pilar Dark 43%, présenté comme le best-seller de la marque, affiche une robe brun doré. Le profil aromatique est plus marqué par l’élevage, avec des notes de miel et de fruits confits compotés. La finition en fût de Porto apporte davantage de profondeur et de rondeur.
Le Papa’s Pilar Rye Whisky Barrel Finished vise les amateurs de whisky grâce à un travail spécifique sur les contenants. Cette référence bénéficie d’affinages en fûts d’Oloroso, de Bourbon et de Porto, qui développent des notes boisées et épicées.
IQ Spirits assure également le lancement mondial de Ron Tepuy, marque originaire du Venezuela conçue par les créateurs de Diplomático. Le nom fait référence aux tepuyes, formations rocheuses emblématiques du pays.
Le Ron Tepuy Destino 40% est un assemblage de rhums vieillis jusqu’à 8 ans en fûts de chêne américain ex-Bourbon, complété par une finition en fûts de Xérès Amontillado. Le nez révèle des notes douces de fruits confits. En bouche, le profil évolue vers des notes herbacées et poivrées, accompagnées de touches de noix grillées. La marque l’imagine notamment comme une base pour un cocktail old fashioned.
Le Ron Tepuy Monumento 40% rassemble des rhums vieillis jusqu’à 12 ans en fûts ex-Bourbon, suivis d’un triple vieillissement en fûts d’Amontillado, d’Oloroso et de Pedro Ximénez (PX). Plus complexe, il développe un profil boisé et légèrement fumé, avec des notes de prune, de noisette, de pomme de pin et de chocolat noir.
Stade’s Rum : valoriser les méthodes de distillation

Lancée par Maison Ferrand (cognac Ferrand, rhums Planteray, gin Citadelle, Canerock) et distribuée par La Maison du Whisky, la marque Stade’s Rum s’appuie sur la West Indies Rum Company, basée à la Barbade et fondée en 1893 par George Stade. Selon Adrien Bureau, brand ambassador, chaque référence met en avant une typologie d’alambic particulière et une expression spécifique du rhum.
Le Stade’s Rum Vulcan Two Taps 50,5% est un rhum de mélasse sans sucre ajouté, élaboré à partir d’une distillation en twin pot still traditionnel et en colonne. Il affiche un taux d’esters de 50g par litre d’alcool pur. Le profil aromatique se distingue par une approche sèche et tendue. Le nez développe des notes de banane, tandis que la bouche évolue vers la pomme cuite et les épices.
Le Stade’s Rum Old Gregg 46% repose sur un assemblage composé à 50% de mélasse et à 50% de pur jus de canne. Cette construction lui apporte un profil différent, plus rond et frais, avec des notes fruitées et compotées.
Major Philippe : les expressions mauriciennes d’Omnicane Ethanol Production
Disponible à l’Île Maurice depuis septembre 2025 et distribuée en France métropolitaine par Rhum Attitude, la marque Major Philippe est portée par Omnicane Ethanol Production, entreprise centenaire active dans les secteurs du sucre, de l’énergie, de l’alcool neutre et du rhum.
Le Major Philippe Britannia 50% est un rhum blanc pur jus de canne. Le nez s’exprime sur des notes fraîches de canne. En bouche, il développe une certaine sucrosité avec de la matière et de la mâche, accompagnées d’un profil mentholé qui apporte de la fraîcheur.
Le Major Philippe Mon Trésor 40% est également élaboré à partir de pur jus de canne. Après un vieillissement de huit mois en fût de chêne, il présente une expression plus ronde, avec une influence boisée venant compléter les caractéristiques végétales du rhum blanc.
Le Major Philippe Hilo Brocus 35% appartient à la catégorie des boissons spiritueuses aromatisées (spiced spirit drink). Cette référence associe vanille, cannelle et pamplemousse. Le profil aromatique est dominé par les agrumes et la bergamote, avec une présence épicée liée aux ingrédients utilisés.
A-Frenchy : des sélections travaillées autour du vieillissement
Installé à Bordeaux depuis quatre ans, A-Frenchy développe une activité d’importation et de distribution de spiritueux. L’entreprise réalise elle-même la réduction et la macération de certaines références.
Le Caracas Club 8 ans 40% repose sur une base de rhum provenant du domaine Santa Teresa. Le liquide est vieilli en fûts de chêne américain neutres avant réduction. Le nez développe des notes de badiane, d’anis et d’orange. En bouche, les épices prennent davantage de place, avec une finale chaleureuse.
Le Rhum Dos Mares – Tortuga Verde 40% s’appuie sur un distillat provenant du Tennessee, de type Bourbon ou Jack Daniel’s, distillé en 2013 puis embouteillé en 2025. Le passage en fût apporte une bouche ronde, prolongée par une finale épicée liée au bois d’origine.
Rhum Clément : 25 ans de Canne Bleue

Au sein du portefeuille Spiribam, la maison martiniquaise Rhum Clément poursuit son travail autour du rhum agricole. Le Rhum Clément Canne Bleue 2025 50% célèbre les 25 ans de la gamme. Ce rhum blanc agricole de Martinique présente un profil végétal et floral. Le nez développe des notes de fleurs blanches et apparaît plus doux que les éditions précédentes. En bouche, il conserve l’identité agricole de la canne fraîche avec une expression plus souple.
Des nouveautés chez HSE
Distribuée par Dugas, la maison HSE (Habitation Saint-Étienne), en AOC Martinique, a présenté plusieurs références. Le HSE Brume Dorée Chêne Français 11 ans 49,5% est un rhum brut de fût ayant bénéficié d’une chauffe spécifique du bois avec injection de vapeur destinée à resserrer le grain du chêne. Le nez est marqué par le bois. En bouche, il développe des notes de fruits à coque, de noix et de pain grillé. Le HSE Brume Dorée Chêne Américain 11 ans 46% repose sur un vieillissement de 11 ans en fût de chêne américain. Son profil est plus rond, avec des notes vanillées au nez et des arômes grillés en bouche.
Le HSE XO à la Française 45% résulte d’un assemblage des millésimes 2007 et 2013. Le millésime 2007 a bénéficié d’un vieillissement en fûts issus de la forêt des Vosges, tandis que le millésime 2013 a été élevé dans des fûts provenant des forêts de Montpensier et de Chantilly. La distillerie sélectionne ainsi plusieurs origines de chênes métropolitains afin de travailler l’influence des bois français sur le profil aromatique de la cuvée.
Botran : un vieillissement Solera entre 8 et 20 ans
La marque guatémaltèque Botran présente la cuvée Botran Roaju 40%, un assemblage construit selon le système Solera. Cette méthode repose sur l’assemblage progressif de rhums d’âges différents afin de conserver une continuité dans le profil aromatique. La cuvée associe des rhums âgés de 8 à 20 ans ayant traversé cinq types de fûts différents : fûts de Bourbon, fûts de Bourbon re-toastés, fûts de Sherry Oloroso, fûts de Sherry Pedro Ximénez (PX) et fûts de Porto Tawny.
Le Botran Roaju 40% se distingue par une robe rouge liée au travail d’élevage et développe un profil marqué par les notes oxydatives caractéristiques des vieillissements en fûts de sherry. L’influence des différents contenants apporte une palette aromatique complexe, entre profondeur boisée et notes issues des élevages successifs.
Ti’Ced : de nouvelles références pour les amateurs de rhums arrangés
La marque de rhums arrangés Ti’Ced, distribuée par Dugas, enrichit son catalogue avec deux nouvelles références. Le Ti’Ced Épices Douces 32%, intégré à la gamme Les Classiques, propose un profil aromatique chaleureux. Le nez développe des notes poivrées, tandis que la bouche évolue vers la vanille, accompagnée de touches fruitées et d’une présence de coco. Le Ti’Ced Ananas Fruit du Dragon joue davantage sur l’expression fruitée. L’ananas domine le nez, tandis que la bouche associe la douceur du fruit à une dimension plus épicée, avec une finale marquée par le poivre.
Maca : des finishs en fûts de Xérès pour les dix ans de la marque

Créée par Mickaël Landart, la marque Maca poursuit son développement avec deux nouvelles références bénéficiant d’un affinage spécifique. Chaque cuvée est éditée à 1000 exemplaires. Le Maca Oloroso Cask Finish 40% bénéficie d’un passage en fût d’Oloroso. Le nez développe un profil rappelant le cola, avant une bouche davantage influencée par le sherry, avec des notes caractéristiques de cet élevage.
Le Maca PX Finish 40% repose sur un affinage en fût de Pedro Ximénez. Plus rond, il présente un nez marqué par l’orange, puis une attaque en bouche plus nette sur les agrumes. Une Maca Cuvée 10e anniversaire complète ces nouveautés.
Saint-James : renforcer les gammes accessibles

La distillerie martiniquaise Saint-James poursuit le développement de ses références destinées aux différents circuits de distribution, notamment la grande distribution et le segment des arrangés. Le Saint-James Rhum Vieux Agricole 40% est destiné à la grande distribution. Vieilli en fûts de chêne, il présente une attaque franche, avec un profil boisé et chaleureux. La dégustation évolue vers des notes de bois et de vanille, avec une finale courte.
Saint-James Arrangé Coco Passion 35%, commercialisé depuis février 2026, intègre des morceaux de fruits. Le fruit de la passion domine la palette aromatique, accompagné par des notes d’agrumes. La noix de coco reste plus discrète et intervient davantage en complément pour apporter de la rondeur.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
