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Réouverture : “il faudrait arriver à se passer de bières industrielles”, estime Quentin Blum (DBI)

3 min. de lecture
Quentin Blum (DBI) - Le Frigo

Mercredi 19 mai, les bars peuvent rouvrir en terrasse. Une échéance préparée par DBI (Distributeur des brasseurs indépendants), qui s’est fortement développé chez les cavistes ces derniers mois. Avec l’objectif de faire essaimer la bière craft.

“La plupart des brasseurs sont prêts pour la réouverture, et certains qui ont bien fonctionné comme Piggy Brewing Company ou Hoppy Road n’auront pas forcément les capacités de suivre immédiatement la demande”, observe Quentin Blum. Fondateur de DBI (Distributeur des brasseurs indépendants), intermédiaire entre les producteurs de bière craft et les revendeurs, disposant d’un entrepôt à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et d’un showroom parisien (Le Frigo), il fait reprendre ses équipes en vue de la réouverture progressive des bars. L’entreprise, créée en 2013, compte 19 personnes.

“Les commandes ont déjà commencé à reprendre doucement en province; et les délais par rapport aux livraisons seront toujours plus restreints à Paris”, observait, le 7 mai dernier, le chef d’entreprise, quelques jours après l’annonce de la réouverture possible des terrasses le 19 mai. Pour limiter la prise de risque, ses clients se focalisent notamment sur les bières houblonnées (l’un des points forts du portefeuille de DBI) et simples d’accès, faisant la part belle aux IPA, pale ale, lagers ou blanches. Les multiples ouvertures de bars à bières (à Paris, un deuxième bar IBU dans le quartier d’Oberkampf cette semaine ou Gush Bar cet automne sous réserve, par exemple) illustrent le dynamisme du segment craft, qui a commencé par essaimer au moyen des caves.

Les cavistes en demande de renouvellement fréquent

Un réseau que l’équipe de DBI peut remercier. Durant cette deuxième période de fermeture des cafés-hôtels-restaurants, quelques bars ont continué à passer des commandes (pour la vente de bouteilles ou à emporter), tandis que les caves traditionnelles ont fortement été développées, en direct ou via La Maison du Whisky, avec qui collabore DBI depuis l’automne dernier. “Beaucoup de cavistes viennent nous demander conseil, voire souhaitent que l’on prépare une sélection de bières”. Ces derniers mois, les ventes ont été portées par la prépondérance grandissante du format 75cl, plus adapté à une consommation à plusieurs personnes à domicile. La dimension “locale” de certaines brasseries reste importante, mais il ne s’agit pas du seul critère d’achat par les cavistes.

“Il faudrait que l’on arrive à se passer de bières industrielles, mais les consommateurs doivent idéalement avoir eu le “choc” de bières plus expressives avant de revenir à ses styles plus classiques”, estime Quentin Blum. Les cavistes recherchent des IPA un peu plus fortes que celles proposées dans les bars, tirant vers les 7% ou 8%, ainsi que des brassins éphémères. La Citra Galactique (6,5%) de la Brasserie du Grand Paris (Seine-Saint-Denis) constitue toutefois la meilleure vente de DBI.

Parmi les succès du moment figurent les New England India Pale Ale (NEIPA), “qui ne sont pas très amères, permettant aux gens d’y retourner par facilité”. L’une des NEIPA DDH (en double dry hopping) de la brasserie Popihn (Yonne), à base de houblons Azacca, Cryo et HBC 472, s’inscrit dans cette tendance.

Des collaborations entre brasseurs et vignerons

Autre tendance constatée, le développement des collaborations entre brasseurs et vignerons – par exemple, la brasserie Hespebay (Val d’Oise) a élaboré sa Saison sur marc (6%) à partir de plusieurs levures, dont une issue du marc de raisins cultivés dans la ville de Groslay. Une passerelle très réussie entre les univers de la bière et du vin, avec une texture résolument minérale. L’ale rustique volcanique de la Brasserie de la Goutte d’Or (Paris), baptisée BIM, est fermentée avec des levures indigènes de gamay. affinée en tonneaux de vin rouge et macérée à l’aide d’une petite quantité de raisin. Deux autres références, Petit grain et Mercure, sont aussi disponibles.

Récemment, DBI a accueilli dans son portefeuille les bières de Spore. Cette brasserie située dans l’Eure a notamment été créée par des anciens brasseurs de Deck & Donohue et de la Brasserie de la Goutte d’Or. “Leurs bières sont faciles à boire en pintes, et ne cherchent pas à être très geek”, décrit Quentin Blum. La société coopérative vient de démarrer la production d’une bière pour deux autres Scop, dont le bar parisien Le Supercoin. La brasserie québécoise Maltstrom, spécialisée dans la basse fermentation (avec des India Pale Lagers) et la brasserie Galibot, située en Moselle et opérant sur le même créneau, ont aussi enrichi le catalogue.

Avec la reprise, la situation devrait se détendre sur le marché de la canette, confronté à des difficultés d’approvisionnement, estime Quentin Blum. Un conditionnement de plus en plus apprécié des brasseurs. En termes de belle progression des ventes, il met pour sa part l’accent sur la “Grosse cartouche de houblon”, six bières (en pack) qui ne transigent pas avec ce célèbre ingrédient. Sensations garanties.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

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A propos de l'auteur
Journaliste dans la presse professionnelle, j'édite Business & Marchés à titre personnel depuis 2007.
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