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Poussée des inquiétudes sur les salaires

Différents sondages mettent en exergue l’inquiétude croissante qui se développe à propos de l’évolution des salaires et des rémunérations.

Après avoir rassemblé 126.000 fiches de paie de salariés de 6.000 PME, le cabinet spécialisé Expectra a rendu public la semaine dernière une liste des fonctions dont le salaire moyen est amené à sensiblement croître cette année. Alors que l’on pensait voir toute perspective d’augmentation réduite à néant avec la crise, certains métiers contredisent cette pensée. C’est le cas des infographistes, dont le travail de mise en forme de l’information s’avère particulièrement recherché: les cadres peuvent espérer voir leur salaire augmenter de 7,1 %. Le salaire à l’embauche d’un développeur, dans le secteur informatique, s’envole de 6 %. Les techniciens de maintenance peuvent pour leur part tabler sur une hausse de 5,9 % de leur revenu.

Ces fonctions tranchent avec les métiers qui avaient été plébiscités l’an dernier, au plus fort de la crise financière et économique. « En 2008, les familles de fonction les mieux loties ont été le marketing, le commercial, les finances et les achats. Car en période de tension économique, ce sont celles qui apportent le plus de contribution au développement des entreprises », expliquait récemment au Figaro Christophe Germain, du cabinet Mercer. Dans la grande consommation, les niveaux de rémunération restent globalement en ligne avec la moyenne, tandis que dans les spécialistes en recherche et développement bénéficient de leur position stratégique, la différenciation par l’innovation devenant un acte de développement majeur des entreprises.

Ce panorama à la tonalité positive ne doit cependant pas occulter les tensions autour des salaires nées à la faveur de la crise, avec en première ligne les ressentiments exprimés sur certaines fonctions. Ainsi, selon les résultats d’une enquête menée par l’association Ingénieurs et scientifiques de France, un ingénieur sur dix aurait vu ses revenus reculer avec la crise, ce chiffre incluant les situations de chômage partiel et la dépréciation d’actifs. 32 % des ingénieurs seraient aujourd’hui en poste dans une entreprise qui pratique un gèle des salaires ou une politique d’augmentations sélective.

Le secteur informatique apparaît lui aussi touché par les conséquences de la crise. Un sondage, mené par l’Agence nationale pour l’emploi des cadres, fait ressortir que 60 % des cadres informaticiens estiment que les difficultés économiques actuelles se répercuteront sur leur rémunération, contre une moyenne de 51 % sur l’ensemble des fonctions. « On constate que la surenchère dans la montée des salaires à l’embauche est terminée. Aujourd’hui, les sociétés de services en ingénierie informatique intéressées par un profil joueront davantage sur la part variable du salaire que sur celle du salaire fixe », confirme au Journal du Net Dominique Galet, du cabinet de recrutement Michael Page.

Cette inquiétude quasi-généralisée sur l’évolution des rémunérations est amplifiée par la médiatisation de cas d’entreprises pratiquant des baisses de salaires ou gelant de manière massive ces derniers, à l’échelle d’un groupe. Elément essentiel du contrat de travail, le salaire ne peut être unilatéralement modifié par l’employeur, le Code du travail encadrant ces pratiques. La totalité des grandes entreprises américaines – un cas qui peut également s’étendre à l’Europe dans des proportions légèrement moindres – incluent dans un grand nombre de contrats des parts variables, véritables marges de manoeuvre légales et sans risque apparent pour l’entreprise.

Le cas de la compagnie British Airways, qui a incité ses salariés à travailler gratuitement pendant certaines périodes afin de l’aider à traverser un contexte difficile, ne peut que renforcer les craintes existantes.

Publié dansEconomieEntreprises