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“On peut produire de bons vins en travaillant mieux avec la nature”

En Gironde, le Château Dubraud (Blaye Côtes de Bordeaux) fait valoir les atouts de l’agroforesterie. Son directeur, Alain Vidal, présente la démarche.

A Saint-Christoly-de-Blaye (Gironde), sur l’appellation Blaye Côtes de Bordeaux, le Château Dubraud a lancé en 2018 une cuvée sans sulfites, reconduite en 2019. « Analysé par la faculté de Bordeaux, ce vin n’a aucune déviation, ni sur le facteur de l’oxydation, ni sur la dégradation biologique. On dose l’oxygène avec du gaz carbonique et de l’azote. Pour les micro-organismes, il faut prendre quelques précautions. Le vin se conserve au moins cinq ans », se félicite Alain Vidal, directeur issu de Bordeaux Sciences Agro et précédemment dans la communication. Depuis son rachat en 1998, le domaine, passé de 18 à 30 hectares, met en avant ses efforts environnementaux. Une dizaine de vins sont produits. La démarche est couronnée par un beau succès (quatorze médailles obtenues en 2018 et 150.000 cols produits par an).

Pourquoi vous êtes-vous investi sur la question environnementale ?

Nous avons été sensibilisés dès le départ à l’environnement. Nous étions en agriculture raisonnée, avant d’être certifiés Haute valeur environnementale 3 (le niveau le plus élevé). Nous nous sommes intéressés à l’agroforesterie, qui émerge grâce à un pool de chercheurs indépendants de haut niveau.

Quelle est votre approche de l’agroforesterie ?

Avec l’agroforesterie, la manière de se protéger est totalement différente de ce qu’on nous a enseigné avant : jusqu’à présent, il fallait agir contre les maladies. On déployait des énergies colossales pour lutter « contre ». Or, la culture de l’agroforesterie est de travailler avec la nature. Le modèle productiviste – je suis ingénieur agri – est mort. Les taux de matière organique ont été divisés par six en quarante ans (6% après la guerre, 1% aujourd’hui), la pollution, les coûts de production (cette agriculture est chère)… sont autant de signaux. L’agriculture productiviste nous a permis d’être autonomes, de manger, mais ce n’est plus la solution.

«L’arbre joue un rôle essentiel dans la démarche»

Comment travaille-t-on concrètement en lien avec la nature ?

Dans la nature, il n’y a pas de sols nus, pas de labour, pas d’engrais chimiques. Par contre, la science est assez développée pour percevoir les bons principes de la forêt pour les intégrer à la viticulture. C’est l’avenir. Cela se manifeste par des actions simples : les couverts végétaux (depuis cinq ans, on sème de l’herbe dans les vignes). Cela apporte du carbone, la base de la matière organique. Les feuilles de vigne et les ferments ne sont pas suffisants pour réalimenter le sol en matière organique, ce qui est la priorité numéro un. Deuxièmement, on arrête le glyphosate. La difficulté est que l’herbe pousse partout : sous les pieds de vigne (le cavaillon), c’est très difficile à juguler. On y travaille dans la profession – nous n’avons pas encore trouvé la bonne solution. Troisièmement, on a arrêté de labourer.

Quelles autres actions ont été mises en œuvre ?

Le pilier de l’agroforesterie, c’est l’arbre : on en plante dans les vignes. On va les trogner à 2,50 ou à 2,80 mètres et on va récupérer le bois raméal fragmenté. L’arbre permet de drainer l’eau, participe à la climatisation de la parcelle. L’évaporation de l’eau refroidit l’atmosphère. Au bout des racines de l’arbre, il y a des mycorhizes, des filaments de champignons, un réseau qui relie les végétaux entre eux – « l’Internet de la nature ». Les arbres s’échangent des éléments nutritifs, c’est fabuleux.

Quel message portez-vous en la matière ?

Il faut réduire aujourd’hui les intrants extérieurs, même si on n’a jamais fait d’aussi bons vins. La France a l’agriculture la plus saine et la plus propre, faut-il rappeler toutefois ; nous sommes très fortement contrôlés. Il faut nous laisser le temps de faire la transition – dans l’agriculture, on ne vit pas à la vitesse du smartphone.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Publié dansEnvironnement-SantéSociété