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Travail: l’open space sur le banc des accusés

La massification des open space, espaces de travail ouverts, rend le mal-être des salariés plus visible, incitant les entreprises à repenser leur politique.

Il a suffi d’un livre, L’open space m’a tuer, paru en octobre dernier, pour relancer le débat sur le bien-fondé de ces immenses plateaux qui font désormais partie intégrante des entreprises : ils représentent désormais 60 % des bureaux. Mais cette expansion, qui a pris moins de quinze ans, s’est effectuée au détriment du bien-être de nombre de salariés, qui se plaignent en premier lieu du bruit, de la mauvaise ventilation, du stress engendré et de la promiscuité. Un sondage réalisé en 2006 pour l’observatoire de la vie au travail Actineo faisait ressortir que seuls 21 % des salariés se déclarent tout à fait satisfaits de leur cadre de travail. Dans certains secteurs, le bruit est accepté car il fait partie intégrante du travail, mais il peut également devenir un élément perturbateur. Des solutions, comme des baffles acoustiques, existent mais leur coût est assez élevé.

Le fait de voir et d’être vus de tous est aussi un facteur de mal-être, aggravé par des déplacements incessants. L’emplacement des photocopieurs, des imprimantes et des fontaines dans des espaces centraux, l’orientation des écrans de manière différenciée selon les postes et la mise en place d’éléments (mobilier, parois opaques) intermédiaires permettent d’atténuer ces problèmes, qui ne peuvent totalement être effacés. Une des solutions préconisées est de placer les salariés en duos, parfois encadrés par des cloisons à mi-hauteur. La notion de travail en équipe perd toutefois de son sens dans cette organisation. C’est généralement la nature de la fonction et du travail qui déterminent ces aménagements, parfois nécessaires à une certaine confidentialité.

Un difficile équilibre entre communication et intimité

Conserver un aspect de « bulle » tout en facilitant la communication et en optimisant l’espace, tel est le défi auquel sont aujourd’hui confrontés les directeurs de l’immobilier et des ressources humaines. A l’origine, l’open space avait pour objet de servir aux échanges entre collaborateurs, de faire naître une volonté de travail en équipe – une aventure commune – et de pouvoir rendre possible un contrôle visuel de la zone de travail. Mais l’aspect financier a aussi joué un rôle déterminant dans le développement de ce nouveau type d’espaces : supprimer les cloisons et réaménager les bureaux sur des plateaux permet d’obtenir un gain de place de 30 % à 40 % (en termes de mètres carrés). Cette densification permet donc d’obtenir un meilleur rendement de l’espace, et donc de générer des économies. Afin de faire accepter ces changements, un éclairage repensé ou des locaux plus colorés ont notamment pu servir aux entreprises.

L’ère des plateaux totalement ouverts semble toutefois en passe d’être révolue. Le lien entre conditions de travail et bien-être fait aujourd’hui figure d’acquis, et une forme de prise de conscience s’instaure. Le débat principal porte sur le nombre de salariés pouvant être réunis au même endroit, afin d’éviter d’en parvenir aux extrêmes (des plateaux réunissant une centaine de salariés ou des espaces confinés). Les spécialistes du sujet ne délivrent pas de chiffres précis, mais recommandent au moins des espaces personnels de sept à huit mètres carrés, sur des plateaux regroupant des salariés d’un même service. Afin de pouvoir être flexibles, les espaces doivent proposer des prises électriques et de téléphone en nombre, des équipements qui permettent une personnalisation de l’environnement de travail.

Les directeurs des ressources humaines « considèrent aujourd’hui que la qualité des espaces de travail est une variable importante. Elle apaise le stress et les tensions liés à la pression des résultats. En période de crise, un effort sur l’aménagement des locaux peut être une sorte de compensation au gel des salaires », explique à Capital la présidente d’Actineo, Odile Duchenne. Même si l’organisation du travail exige une communication parfaite entre les équipes, des travaux peuvent donc être réalisés afin de maintenir un équilibre entre objectifs de l’entreprise et sphère personnelle du salarié. Des chartes de savoir-vivre, ou la réduction du volume des sonneries, font également figure d’éléments a priori évidents… mais dont l’efficacité a été prouvée.

Publié dansEconomieEntreprises