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Stress au travail: vers une prise de conscience collective ?

De récents travaux relancent le débat sur les conditions de travail et les risques psychosociaux qu’elles engendrent.

De 1,9 à 3 milliards d’euros: tel était le coût du stress en France, selon l’Institut national de recherche et de sécurité et Arts et Métiers ParisTech. L’enquête, menée à partir d’études épidémiologiques sur une population active de 27,8 millions de personnes et de données macroéconomiques, inclut, dans cette estimation, les dépenses liées à l’absentéisme, aux décès prématurés et aux cessations d’activité.

La somme, si conséquente soit-elle, n’est qu’une estimation a minima selon les auteurs, pour qui « les chiffres réels sont vraisemblablement bien supérieurs ». Le fait de délivrer un chiffre du coût engendré par la « situation de travail tendue », seul élément ici pris en compte associant forte pression et absence d’autonomie au travail, apparaît comme un révélateur pour le moins marquant de la situation en cours au sein de nombreuses entreprises, du fait de son caractère tangible.

L’accroissement de cette somme, de 15% en l’espace de cinq ans, agit comme un marqueur de tensions délivrant de précieux éléments sur la dégradation des conditions de travail telles qu’elles sont généralement perçues. Réponse de l’organisme afin de s’adapter à un environnement donné, le stress a récemment fait l’objet d’un plan national, mis en place par le ministre du Travail Xavier Darcos en réponse aux suicides s’étant notamment déroulés chez France Telecom, suscitant une prise de conscience de la part de la classe politique.

Plan national, rapport: des initiatives à suivre

Les entreprises de plus de 1.000 salariés doivent engager des négociations avec les partenaires sociaux sur le stress au travail avant le 1er février 2010, date à laquelle un bilan sera présenté au Conseil d’orientation sur les conditions de travail (COCT). Crée en 2008, le COCT a pour objectif de préciser les éléments devant être mesurés pour apprécier le niveau des risques psychosociaux. Des actions « d’information, des outils de diagnostic et des indicateurs d’action » sont par ailleurs prévues pour les petites et moyennes entreprises, à un rythme cette fois-ci indéterminé.

Un rapport rendu par la commission de réflexion sur les conditions de travail, co-présidée par Jean-François Copé et Pierre Méhaignerie et rendu public mi-décembre, permet notamment de définir les facteurs devant être pris en compte au sein des différents dispositifs mis en place. Travailler mieux passe, selon les auteurs, par quatre objectifs prioritaires: rétablir le dialogue au sein du monde du travail (« réhumaniser » les conditions d’activité, renforcer les Comités d’hygiène et de sécurité), accroître les actions de formation, notamment des managers, promouvoir les comportements vertueux et mieux organiser les services de santé dans les entreprises.

De nombreux experts mettent également en cause, en termes de conditions de travail, la généralisation des espaces ouverts (open-spaces). 60% des salariés français travaillent aujourd’hui dans de tels bureaux, une proportion qui ne cesse de s’accroître au gré des déménagements et des réimplantations nécessités par les gains de place et la mise en commun des compétences. De douze mètres carrés en moyenne, la taille des espaces de travail par salarié tend à se réduire, jusqu’à quatre dans les cas les plus extrêmes, selon Les Echos.

Epuisement, peur, souffrance, tensions: les termes les plus cités au sein de ce débat incitent à la plus grande prudence de la part des entreprises. Carrefour vient ainsi d’engager une démarche de prévention des risques psychosociaux, motivée par dix-neuf suicides entre 2007 et 2009. Une situation pour le moins inquiétante qui pourrait jouer sur les conditions d’application du projet de réorganisation en cours dans la firme.

Publié dansActualité socialeSociété