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« Le snacking est passé de la malbouffe à un art de vivre »

Rémy Lucas, directeur de l’agence Cate Marketing, décrypte les raisons de l’essor du snacking et anticipe l’arrivée de menus plus économiques sur ce marché.

Remy-Lucas-Cate-MarketingA l’occasion du salon Sandwich & Snack Show, le cabinet Cate Marketing, specialisé en marketing de la cuisine a identifié plusieurs tendances phares en matière de snacking : le snacking de l’essentiel, le snacking inspiré, le snacking réinventé et le snacking joyeux. Dans un entretien accordé à Business & Marchés, son directeur, Rémy Lucas, illustre ces concepts et anticipe les tendances de demain.

Comment avez-vous distingué les quatre tendances snacking mises en avant cette année ?

Nous avons procédé à un mélange de plusieurs études, en nous appuyant notamment sur notre panel de restaurateurs et d’enseignes, qui nous permet d’alimenter une base de données. Celle-ci permet de faire ressortir les concepts qui montent et ceux en perte de vitesse. Nous pouvons alors identifier des parfums, des saveurs, des formes de sandwich… Nous avons ainsi pu mettre en exergue l’essor des épices dans les desserts : le chocolat demeure le produit le plus utilisé sur cette famille de produits, mais l’usage du gingembre progresse. Les boissons chaudes épicées sont également en vogue.

« Les métiers de bouche sont légitimes sur le snacking »

Quels sont les points saillants des tendances de cette année ?

D’une part, le snacking de l’essentiel regroupe les restaurateurs qui ne changent pas leurs recettes, mais qui sélectionnent des ingrédients de grande qualité (biologiques, équitables, artisanaux…) Le corollaire de cela est que les professionnels qui sont le mieux placés pour répondre à cette tendance sont les indépendants et les commerçants de centre-ville qui, paradoxalement, y sont très peu présents à l’exception des boulangers. Les charcutiers ou les poissonniers ferment à l’heure du déjeuner. Or, ils ont toute légitimité pour proposer des sandwichs au jambon – comme le fait la boucherie parisienne Persillé avec ses burgers – ou des salades aux crevettes !

D’autre part, le snacking inspiré fait la part belle à l’originalité. La France n’est pas la championne du monde de la cuisine vite faite. Par conséquent, on se tourne naturellement vers d’autres cultures (en provenance d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie…) plus légitimes compte tenu de leurs habitudes de consommation. De plus, leurs propositions culinaires offrent aux consommateurs la possibilité de s’évader. Ces saveurs d’ailleurs permettent de renouveler le quotidien.

Enfin, le snacking joyeux permet d’oublier complètement le repas et de privilégier ce qui est régressif (les produits liquides et sucrés). Ce snacking d’impulsion, autrefois trusté par les barres chocolatées, devient vertueux avec des barres de céréales ou de légumes et des produits moins gras. Les produits sans gluten ou anti-oxydants s’inscrivent également dans cette tendance. Michel et Augustin ou Bagelstein, qui utilisent l’humour dans leur communication, ont contribué à développer cette façon de dédramatiser la consommation. Manger n’est pas une fatalité !

Quelles évolutions avez-vous constaté ces dernières années sur le marché ?

La multiplication de l’offre constitue le fait le plus impressionnant : le snacking est devenu un fait de société. Sa place a évolué, passant d’une « mauvaise habitude » à un univers à part entière dans la culture française. Même les chefs de cuisine se mettent au burger ! Il s’agit d’un véritable changement d’attitude, en passant de la malbouffe à une manière de vivre.

« Des formules à moins de 5 euros, le business de demain »

Comment envisagez-vous ce marché à l’avenir ?

Le business de demain se fera probablement sur des formules plus économiques : manger mieux de moins en moins cher, tel sera le nouveau créneau à investir. Il faut construire une offre intelligente à moins de 5 euros. Les féculents peuvent y contribuer : le pain, la pomme de terre… Le riz est encore très peu exploité. L’objectif sera de proposer des plats nourrissants avec un coût matière relativement accessible. L’extension de la largeur de la gamme permettra d’offrir des menus pour tous les budgets, avec certes des produits qualitatifs et valorisés – les burgers à 15 euros demeureront – mais également des formules moins chères, sous cette fameuse barre des 5 euros.

Photo : Chicken Burger par Shutterstock/Alexander Levitsky

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie