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Production d’énergie : un débat électrique

La réduction de la part du nucléaire dans la production française d’électricité se heurte au manque de développement d’autres sources.

Promise par François Hollande durant la campagne présidentielle et remise au goût du jour par les récents incidents y étant survenus, la fermeture de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne du parc nucléaire français, se précise. Le site, qui aura quarante ans à la fin du quinquennat – et qui serait le seul concerné par un tel traitement sur une période de cinq ans à compter de sa fermeture – constitue une épine dans le pied du président, qui s’est engagé à entreprendre cette opération, qui fera office de test en vue de futures échéances, le ministre du Redressement productif ayant affirmé que le nucléaire constitue une « filière d’avenir », au grand dam des ministres Verts du gouvernement.

En temps de crise, les thématiques de la « souveraineté énergétique » et de l’emploi font recette. La réduction du poids de la part de l’énergie nucléaire de 75% à 50% doit s’effectuer, selon la ministre de l’Ecologie et de l’Energie Delphine Batho, en cessant de détruire des emplois, a-t-elle expliqué au Journal du Dimanche. Les politiques de subventionnement de certaines filières puis d’allers-retours ont été préjudiciables au développement de certaines énergies renouvelables, à l’instar du photovoltaïque, dont l’élan a été stoppé net suite à un moratoire lancé fin 2010. Coûteuses, incertaines et soumises – paradoxalement – à de nombreux écueils liés à la protection de l’environnement, la recherche et le développement de nouvelles sources d’énergie s’avèrent particulièrement délicates.

L’exemple du gaz de schiste, énergie dont la France se refuse à exploiter, est symptomatique de ces réticences, ainsi, à des échelles plus locales, que les freins mis aux projets éoliens. « Marier les technologies numériques et énergétiques » pourrait être une solution davantage consensuelle et pertinente, selon la ministre, qui fait ainsi référence aux smart grids. Ces réseaux dits « intelligents » permettront de gagner en souplesse dans la distribution et la consommation d’électricité, en effectuant des arbitrages par centre de production et en fournissant davantage de renseignements aux particuliers et aux professionnels. Le nouveau compteur Linky en constitue une première étape, certaines entités prenant le taureau par les cornes, comme à Lyon.

Quelque soit son origine, l’électricité est soumise à des variations de consommation, l’enjeu étant d’optimiser cette dernière. Parallèlement à ce développement technologique, un projet de refonte de la tarification a récemment été amorcé par le gouvernement, son application concrète n’étant pas encore soumis à une échéance précise (l’année 2014 est évoquée). Un système de bonus/malus en constituera la base, trois niveaux de tarifs du gaz, de l’électricité et de chaleur étant prédéfinis. Celui-ci soulève la problématique, récurrente, de l’isolation des logements, un des risques mis en exergue consistant à pénaliser des ménages ne pouvant prendre de leur propre chef la décision d’entreprendre des travaux, ou n’ayant pas les capacités financières nécessaires. Le fioul et l’eau pourraient ensuite être concernés.

Vers une organisation décentralisée ?

Dans ce contexte, l’organisation de la production et de la distribution d’électricité fait débat. La libéralisation du marché de l’énergie, initiée en 2007 suite à une directive européenne, n’a pas fait d’étincelles, à la différence de celui des télécoms. La possibilité offerte aux consommateurs de liberté de choix de leur fournisseur a initialement été freinée par l’impossibilité, dans un premier temps, de retour en arrière. Les efforts mercatiques des acteurs n’ont par ailleurs pas porté leurs fruits, l’incertitude sur les prix pratiqués par les nouveaux opérateurs étant patente. Premier lancé sur le marché par le biais de celui des professionnels, Poweo a dû se résoudre à fusionner avec son principal concurrent Direct énergie, lui aussi déficitaire, après avoir traversé des turbulences capitalistiques.

Le poids d’EDF est notamment mis en avant par certaines collectivités, qui souhaitent s’emparer du débat en cours pour tenter de devenir, du moins partiellement, énergétiquement indépendantes. L’obligation de revente de l’électricité produite constitue le principal frein au développement de projets locaux, malgré quelques initiatives heureuses. L’Assemblée des Communautés de France, qui promeut l’intercommunalité, souhaite que celles-ci puissent se prévaloir de cette compétence au moyen de la création de régies.

Faute d’avancées significatives en matière d’évolution du mix énergétique, les énergies fossiles pourraient tirer, du moins durant une période donnée, leur épingle du jeu. Le Monde évoque ce mardi le scénario – « peu probable » – d’une réouverture d’une partie des mines françaises. Il n’est pas forcément question d’exploiter le charbon, polluant mais présentant des vertus économiques potentiellement séduisantes, mais de valoriser un patrimoine de métaux pouvant servir de composants au développement de l’industrie électronique. Un autre dossier qui pourrait, dans les prochains mois, faire débat

Publié dansEnvironnement-SantéPolitique écoSociété