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“En période de crise, l’apprentissage permet de conserver son autonomie”, insiste le CFA du Cnam

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Etudiant - Classe - Apprentissage

Situé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le CFA du Conservatoire national des arts et métiers propose des spécialités tertiaires (banque-finance, marketing et management, comptabilité-gestion) et techniques (électronique, développeur, métrologie, mégadonnées…) jusqu’au niveau master. Dans un contexte inédit de crise, l’établissement d’enseignement compte garder le cap et rassurer les apprentis ainsi que les entreprises. Sa directrice, Anne Bonnefoy, décrypte les enjeux de la rentrée.

Quels sont les apports du plan de relance pour l’apprentissage ?

Sur le plan financier, l’aide à l’embauche d’apprentis pour les entreprises a permis de maintenir un taux de contrats de travail assez fort et de soulever les inquiétudes. Les différentes aides des opérateurs de compétences (Opco) à destination des centres de formation d’apprentis (CFA) permettent la mise en place de modalités d’accompagnement pour les apprentis. Notamment l’aide de 500 euros mensuelle par apprenti sans contrat, qui vise à les accompagner à la recherche de contrats. Également, pour lutter contre la fracture numérique et favoriser l’équipement pour tous, une aide de 500 euros est versée par les OPCO aux CFA pour l’achat d’ordinateurs aux apprentis en difficulté.

La crise vient renforcer les difficultés financières éventuelles des jeunes.

Les moyens déployés sont un signal fort du gouvernement, de l’enjeu que représente l’employabilité des jeunes et une volonté de sécurisation des parcours. Du point de vue des acteurs socio-économiques, c’est également une note d’espoir pour que les entreprises accompagnent tous les jeunes à rebâtir le futur. Il vaut mieux être en formation et notamment en apprentissage aujourd’hui, que jeune diplômé en recherche d’emploi. La crise sociale à venir va voir naître des drames familiaux avec dans une même famille, des parents licenciés et des jeunes diplômés en recherche de leur premier emploi. Les actifs de 45 à 55 ans sont les salariés les plus touchés et les parents de jeunes diplômés… le maintien de l’apprentissage apparaît dans ce contexte familial comme également une source de revenu ou une charge en moins à assumer par le foyer.

De quelle manière se déroulent les embauches actuellement ?

L’annonce du plan de relance a boosté les embauches qui ont démarré avec un décalage d’un à deux mois. Mais les entreprises restent prudentes et priorisent davantage. Des grands groupes ont maintenu leurs engagements sur le nombre d’apprentis pour les années à venir, notamment dans le secteur de l’assurance.  Mais dans certains secteurs, les recrutements sont gelés pour cette rentrée. Les secteurs comme le tourisme, la restauration, l’hôtellerie, le commerce aéroportuaire sont ceux qui sont le plus en souffrance et qui ont freiné leur contrat d’apprentissage. Heureusement, un décret prolonge le délai pour les jeunes pour décrocher un contrat, ils ont six mois au lieu de trois. Cela va permettre de les préparer davantage et que les entreprises y voient plus clair dans les prochains mois.

“Motiver les apprentis quand il n’y avait plus de pratique a été un vrai défi”

Comment avez-vous assuré la continuité de l’offre de formation durant le confinement ?

Au CFA du Cnam, la formation ouverte et/ou à distance (Foad) est très développée. Nous sommes passés, en quinze jours, de 0% de FOAD à presque 90 %. Les enseignants ont repensé leur pratique et leur cours accompagnés des ingénieurs pédagogiques, qui ont assuré la logistique, et la formation sur ces nouveaux outils numériques. Cela pose également la question de l’efficience de cet apprentissage surtout dans un contexte d’urgence, des modalités d’évaluation, de l’accès au numérique pour les apprentis et de son articulation avec les périodes en entreprise. Pendant le confinement, 50% des apprentis étaient en télétravail et 50% en chômage partiel. Quand la pédagogie est liée à la pratique en entreprises comme elle l’est dans l’apprentissage, comment motiver l’apprenti quand il n’y a plus de pratique ?

Quel travail reste-t-il à faire pour revaloriser l’image de l’apprentissage ?

Ces dernières années, l’image de l’apprentissage a été valorisée par son accès à des diplômes de l’enseignement supérieur notamment grâce aux diplômes d’ingénieur. Aujourd’hui elle répond à des besoins plus pragmatiques, d’un apprentissage académique qui convient à un type d’étudiants davantage attirés par la mise en pratique du savoir. Elle est une source de revenus qui permet à l’apprenti de s’émanciper, et de ce fait, accélérer son autonomie. Il faut continuer de valoriser l’apprentissage dans le supérieur en mettant en avant la valeur ajoutée d’un cursus en apprentissage. Ce travail se fait en insistant sur la qualité du diplôme obtenu, qui est exactement le même que celui obtenu dans un cursus classique. Bien qu’il soit parfois plus difficile de l’obtenir en apprentissage, car l’étudiant bénéficie de deux fois moins de temps que les étudiants en formation initiale traditionnelle. Mais également en insistant sur l’expérience professionnelle (versus un stage) significative, reconnue et appréciée par le monde professionnel.

Photo : StockSnap de Pixabay

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A propos de l'auteur
Journaliste dans la presse professionnelle, j'édite Business & Marchés à titre personnel depuis 2007.
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