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Les ambitions de la Chine, révélatrices de la poussée des pays émergents

Introduction en Bourse d’ABC, croissance des villes, expansion économique en Afrique : la Chine illustre le dynamisme économique des pays émergents. A analyser avec précaution.

Après la crise, la reprise ? Oui, si l’on en croît les prévisions du FMI, qui mise essentiellement sur les pays émergents : +9,4% de PIB cette année en Inde, +10,5% en Chine… quand les Etats-Unis se contenteront de 3,3% et la France de 1,4%. Cette année, la croissance des pays émergents et en développement devrait s’afficher à 6,9% : un véritable affront fait aux pays avancés.

« La consommation va représenter une part croissante de la constitution du PIB pour la Chine, le Brésil et l’Inde dans les prochaines années », explique au Journal des Finances Alain Galène, de la Société Générale. Le marché intérieur permet donc à ces pays de rebondir de manière éclatante après une année 2009 particulièrement difficile. En Pologne, au Brésil ou bien encore en Turquie, la production industrielle a été, certains mois, en recul de plus de 15%. Un véritable choc pour des pays habitués à des périodes fastes depuis de nombreuses années, s’imposant comme de véritables usines mondiales.

Relance et « bad bank »

A l’instar des pays développés, des plans de relance ont permis de limiter la casse. D’un montant total de 4.000 milliards de yuans (environ 586 milliards de dollars), les mesures chinoises, qui devraient s’achever à la fin de l’année, ont notamment porté sur les infrastructures, dont les besoins progressent parallèlement au mouvement de migration des campagnes vers les villes. La cité portuaire de Chongqing illustre l’importance de ce moteur économique : un taux de croissance de 14,9% en 2009 (contre 8,7% pour l’ensemble du pays) et un taux d’urbanisation de 50% symbolisent l’essor d’une ville qui compte déjà 32 millions d’habitants – et ce n’est pas fini. Le secteur de la construction tire à lui seul, dans cette zone, l’essentiel de la croissance.

Malgré de bonnes performances en cette période de sortie de crise, les pays émergents demeurent fragiles. La solidité de leurs entreprises est régulièrement incriminée, la dépendance à une poignée de clients et une spécialisation trop restreinte freinant leurs capacités de développement. Les banques, soutiens de l’économie confrontées à des problèmes de liquidité, ont fait l’objet d’une attention particulière : une structure de défaisance leur a permis, en Chine, de nettoyer leur bilan. « 3 235,7 milliards de yuans d’actifs pourris ont été sortis des bilans des quatre grandes banques publiques par l’Etat pour les assainir », précise au Monde Xu Bei, économiste chez Natixis.

Une « bad bank » leur ouvrant de nouveaux horizons, telle l’introduction en Bourse d’Agricultural Bank of China, qui représente la plus importante opération boursière de l’Histoire. La troisième banque la plus importante du pays, confrontée à des difficultés de solvabilité il y a encore quelques années et au profil particulièrement délicat de sa cible – les habitants des zones rurales -, a réussi à mobiliser les investisseurs malgré une réputation en demi-teinte.

Les perspectives chinoises ne s’arrêtent toutefois pas aux seules frontières de l’Empire du Milieu : afin de toujours continuer à prospérer, les autorités tissent depuis plusieurs années de solides relations avec l’Afrique. La Chine, qui n’est plus autosuffisante en pétrole, a jeté son dévolu sur un continent riche en ressources naturelles et en main-d’œuvre. En 2007, les produits énergétiques représentaient 86,7% des importations chinoises émanant d’Afrique. Signe de son implication, elle a par ailleurs procédé à des annulations de dettes. Pour mieux jeter son dévolu sur le continent ?

Publié dansPolitique éco