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Comment investir dans les dernières technologies, génératrices de gains de productivité ?

Thierry Fautré, président de la division Financial Services de Siemens France (SFS), met en avant les possibilités offertes par les nouvelles technologies face à la crise qui frappe l’industrie.

Thierry Fautre
Thierry Fautré

TRIBUNE. Malgré des chiffres encourageants au mois de septembre indiquant une croissance de la production industrielle nationale (+0,6%) et du secteur manufacturier (+0,2% au troisième trimestre), force est de constater l’atonie de l’activité industrielle française[1]. Si l’on ajoute à cela des exigences plus fortes de la part des banques en matière de prêts, il n’est guère surprenant de constater une baisse des demandes de crédit des PME, notamment pour l’investissement.

C’est ce qui ressort du dernier baromètre de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME), 35% des chefs d’entreprise interrogés avouant se restreindre dans leurs demandes de financement auprès des banques en raison des difficultés rencontrées dans l’obtention de crédits[2]. Ce manque de dynamisme est observable dans les investissements réalisés par les PME qui consistent majoritairement dans le renouvellement partiel et au compte-gouttes des capacités de production existantes. Ces investissements ne seraient, de fait, pas suffisamment productifs pour améliorer la rentabilité des entreprises à moyen terme[3].

De la nécessité d’investir dans des équipements hautement spécialisés

La production du secteur manufacturier est en effet fortement liée à l’utilisation d’équipements et de machines hautement spécialisés nécessaires à l’usinage de composants de haute précision. L’investissement dans de tels équipements est donc vital en ce qu’il conditionne non seulement le degré de compétitivité, mais aussi le contrôle des coûts et la productivité des entreprises manufacturières. Ce point a notamment été soulevé par le président du Groupe des Fédérations Industrielles dans un discours donné à l’occasion du Mondial de l’automobile. Ce dernier a ainsi insisté sur la nécessité de faire redémarrer l’investissement industriel en France, et ce dans les plus brefs délais, pour profiter des intentions d’investir en hausse auprès des industriels, alors que l’obsolescence de l’outil industriel français s’est accélérée, notamment par rapport à l’Allemagne[4].

L’indice de compétitivité français s’inscrit à 124 contre 121 Outre-Rhin, les entreprises industrielles françaises ayant perdu tout avantage compétitif par rapport aux entreprises allemandes qu’elles devançaient en 2004[5]. Leur force réside pourtant dans leur haut degré de spécialisation et de savoir-faire qui, seul, peut leur permettre de rester compétitives face aux prix pratiqués par les pays à faible coût de main d’œuvre. Ce n’est donc qu’en dynamisant leur politique d’investissement et en modernisant leurs parcs d’équipement existants que les entreprises manufacturières françaises peuvent espérer conserver leur avantage concurrentiel.

Il est par conséquent impératif que ces dernières se dotent d’équipements de dernière génération pour être en mesure de saisir les opportunités qui se présentent à elles comme, par exemple, la mise en œuvre de solutions innovantes pour limiter l’impact du transport aérien sur l’environnement ou la promotion des énergies alternatives au sein de l’industrie automobile.

Ces perspectives de profit devraient stimuler davantage l’investissement en 2015 comme le montre la dernière enquête de l’INSEE menée auprès des chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière. Ces derniers prévoient ainsi une stabilité de leurs investissements, un peu plus de la moitié d’entre eux soutenant le renouvellement et la modernisation des équipements (53%)[6].

Dans un contexte généralisé de hausse des prix des énergies, l’investissement dans des équipements à haute efficacité énergétique revêt une importance particulière. En effet, les prix moyens de l’électricité dans le secteur industriel ont augmenté de 6,5% au mois de septembre[7], hausse qui se traduit par une perte de compétitivité pour les entreprises, notamment pour les entreprises électro-intensives des secteurs de la sidérurgie, de la chimie ou du papier-carton.

Investir, oui mais comment ?

Face au resserrement du crédit et à la morosité du climat économique actuel, les entreprises manufacturières en général et les PME en particulier ont besoin de solutions de financement efficaces pour les aider à financer l’acquisition ou le renouvellement de leurs équipements. Il n’est donc guère surprenant que les solutions de financement alternatives, telles que la location et le crédit-bail, gagnent en popularité. Selon une récente étude de la Banque Centrale Européenne, 17,5% des PME opérant dans le secteur manufacturier ont ainsi eu recours au financement locatif au cours des six derniers mois[8]. Une tendance que confirme la dernière enquête de SFS[9], 76% des fabricants interrogés[10] ayant constaté une hausse de la demande de leurs clients pour des solutions de financement alternatives au cours des deux dernières années.

Celles-ci permettent aux entreprises d’acquérir des équipements productifs de dernière génération sans avoir à immobiliser leurs précieux capitaux dès lors disponibles pour d’autres besoins courants. En permettant de répartir sur plusieurs exercices les dépenses liées au nouvel investissement, la location ou le crédit-bail évite également d’impacter lourdement la trésorerie de l’entreprise en démarrage du projet. De plus et dans le cas d’équipements à haute efficacité énergétique, les économies d’énergie substantielles réalisées une fois les technologies opérationnelles amortissent bien souvent tout ou partie du montant des remboursements.

Caractérisée avant tout par un haut degré de sophistication, l’industrie manufacturière française compte pour environ 10% du PIB et occupe de ce fait une place importante dans l’économie nationale. Pour défendre leur position tant à l’échelle nationale qu’internationale, les entreprises du secteur doivent afficher leur volonté d’investir dans des technologies novatrices génératrices de gains de productivité d’une manière qui soit pérenne sur le plan financier.

93% des fabricants interrogés dans le cadre de l’étude de SFS sont ainsi convaincus que l’intérêt de leurs clients pour des solutions de financement alternatives est appelé à croître au cours des deux prochaines années. La proportion des ventes d’équipements industriels réalisées en financement devrait quant à elle augmenter de 5,1% par an Europe sur la même période, reflétant la nécessité d’investir à mesure que la confiance dans l’économie retourne à la normale.

Thierry Fautré, président de la division Financial Services de Siemens France

[1] INSEE, En septembre 2014, la production manufacturière augmente (+0,6%), septembre 2014.
[2] Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises, 22ème édition du baromètre sur le financement et l’accès au crédit des PME, octobre 2014.
[3] Les Echos.fr, Situation des PME et perspectives de croissance en France, 9 mai 2014.
[4] L’Express.fr, L’industrie appelle le gouvernement à « déclencher » les investissements productifs, 14 octobre 2014.
[5] Le Figaro.fr, La France perd en compétitivité depuis dix ans, 5 mai 2014.
[6] INSEE, Les chefs d’entreprise de l’industrie prévoient une légère baisse de l’investissement en 2015 après une stabilité en 2014, octobre 2014.
[7] INSEE, En septembre 2014, les prix de production de l’industrie se redressent, septembre 2014.
[8] Banque Centrale Européenne, The Survey on the Access to Finance of Small and Medium-Sized Enterprises (SAFE), 12 novembre 2014.
[9] Division Financial Services de Siemens, Financing the Future, novembre 2014.
[10] Enquête menée auprès des 40 principaux fabricants mondiaux d’équipements et de machines industriels.

Photo : Industrial Laser cutting processing manufacture technology par Shutterstock/Dmitry Kalinovsky

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie