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« Utiliser les leviers technologiques pour réduire le chômage »

Marko Vujasinovic, président du site d’offres d’emploi MeteoJob, encourage l’utilisation des nouvelles technologies afin de contribuer à résorber le chômage.

Marko-VujasinovicTRIBUNE. « L’emploi est l’un des plus importants enjeux de société en France et dans le monde : il constitue naturellement la priorité des politiques. Des moyens considérables, financiers comme humains, sont alloués à la réduction du chômage et à la création de premiers emplois. Malgré ces efforts, le chômage reste très élevé. L’absence de croissance représente certes une difficulté majeure Toutefois, en l’absence d’une transformation profonde de notre pays, la croissance des années à venir, voisine de 1%, sera insuffisante pour résorber le chômage.

Dans le même temps, chaque année, plus de 400.000 emplois ne sont pas pourvus en France. Plus de 500.000 jeunes démarrent leur vie professionnelle avec des contrats précaires, incohérents avec leur formation initiale. Parmi les emplois non pourvus, on trouve notamment de nombreux postes de cadres mais pas uniquement : des postes de commerciaux, cuisiniers, aides-soignants, techniciens spécialisés, agents d’entretien…, entre autres.

Dans ce contexte, il apparaît absolument stratégique pour notre pays d’améliorer l’efficience du marché de l’emploi, et en particulier l’adéquation des formations avec le marché du travail, l’efficacité de la mise en relation entre offres d’emploi et candidats, ainsi qu’ne plus grande transparence du marché de l’emploi.

Or, les moyens alloués à ces missions paraissent aujourd’hui archaïques. Pourquoi les emplois de demain ne sont-ils pas plus mis en avant auprès des jeunes ? Pourquoi les formations ne sont-elles pas drastiquement calibrées en fonction du marché du travail ? Pourquoi les filières en pénurie ne sont-elles pas davantage mises en valeur ?

Il me semble que les initiatives sont très insuffisantes au regard des enjeux.  La technologie, qui devrait jouer un rôle-clé pour y répondre, est peu performante sinon obsolète, chez les opérateurs publics comme les opérateurs privés : avec moins de 1,5% de ses dépenses consacrés aux systèmes d’information, contre jusqu’à 9% dans les services financiers, l’industrie de l’emploi apparaît comme le « parent pauvre » de l’industrie des services.

Révolutionner l’emploi grâce à la technologie

Le monde a changé. L’arrivée d’Internet amène deux ruptures majeures pour le marché de l’emploi. D’une part, la mise en relation s’effectue de plus en plus via Internet : cette première rupture, bien identifiée, est déjà très avancée. D’autre part, l’arrivée d’Internet a contribué à numériser en masse l’information relative au marché de l’emploi : les offres, les CV (et donc les parcours professionnels), les formations, les souhaits d’emploi. Cette numérisation, qui représente un potentiel considérable, est encore très peu exploitée.

Technologies de matching, moteurs de recommandation, moteurs sémantiques, big data, crowd sourcing et micro-réseaux vont jouer un rôle déterminant dans la transformation de l’ensemble des processus liés à l’emploi. Ils apporteront aux pouvoirs publics des informations stratégiques pour piloter de manière beaucoup plus efficiente ce marché, qui est en définitive complexe car il ne constitue pas un marché unique mais un agrégat de multiples « micro-marchés ».

Acteurs quotidiens de cette transformation, les principaux sites d’emploi en France ont, quant à eux,  un vrai rôle à jouer : faire progresser le marché de l’emploi, faciliter les reconversions, mettre en adéquation le marché de la formation avec le marché de l’emploi. Tous les jours, ils peuvent identifier de nouvelles informations stratégiques sur le marché de l’emploi. Ces innovations proviendront de l’écosystème des start-ups et PME innovantes, comme la plupart des innovations dans la technologie et particulièrement sur Internet.

Réduire d’au moins 100.000 le nombre d’emplois non pourvus en France

Les gains apportés par la technologie au marché de l’emploi seront considérables dans les cinq prochaines années. Nous évaluons à 25% la réduction du nombre d’emplois non pourvus en France, soit au moins 100.000 postes. Nous évaluons à deux semaines la réduction de la durée moyenne de placement d’un demandeur d’emploi ; et à au moins six mois, la réduction de la durée pour un jeune avant de trouver un premier emploi stable. Et ce, sans compter les gains considérables d’une meilleure orientation des jeunes vers les formations connectées au marché du travail !

Il est temps de comprendre que la technologie, parallèlement à l’économie, sera cruciale pour optimiser le marché de l’emploi. »

Marko Vujasinovic (MeteoJob)

Publié dansEconomiePolitique éco