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Stress: une prise en compte encore difficile

Les initiatives en matière de prévention du stress et des risques psychosociaux se multiplient, mais les outils d’appréhension de ces problèmes restent limités.

Fin mars, plus d’un an après l’obligation faite aux entreprises de plus de 1.000 salariés de procéder à la négociation d’accords sur la prévention du stress, le bilan de cette action devrait être présenté devant le Conseil d’orientation des conditions de travail. Durant l’espace d’une journée, mi-février 2010, les firmes réticentes avaient fait l’objet d’une publication de leur nom au vu de tous, un moyen qui semble, après coup, avoir atteint l’objectif escompté. Parallèlement, notamment dans de grandes entreprises, les initiatives se multiplient.

« Le problème, c’est que l’on aborde le stress uniquement dans sa phase terminale. C’est le paradoxe français : on en parle beaucoup, mais on ne fait pas grand-chose contre ! », affirme le psychiatre Patrick Légeron au Point. Selon l’Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail, le stress serait responsable de plus de la moitié des arrêts de travail dans l’UE (2008).

Deux entreprises du secteur informatique viennent de déployer des plans d’action orientés sur la prévention des risques psychosociaux, un moyen de prévenir notamment le stress avant d’en subir les conséquences. Hewlett Packard décline un programme initié aux Etats-Unis l’an dernier, et développé dans l’Hexagone sous le nom de « Vivre mieux ». Les outils de communication interne semblent constituer le cœur du dispositif, avec notamment une batterie de courriels thématiques, parmi lesquels « En janvier, consultez vos massages », à titre d’exemple. Des conférences prolongent ce plan. La filiale française de Microsoft s’apprêterait quant à elle à instaurer un Observatoire de la santé, nouvelle brique de son dispositif inauguré lors de son déménagement au sein d’espaces de travail ouverts.

La généralisation des open-spaces semble avoir amplifié le problème aux yeux de nombreux experts, mais l’appréhension de celui-ci nécessite d’être plus globale (mode de management, charge de travail…). La relation entre les salariés et leur direction semble avoir été une des pistes insuffisamment explorées chez Renault, qui avait été affectée par plusieurs suicides sur son Technopole de Guyancourt. « Dans notre stratégie mondiale, nous avions oublié le rôle essentiel de la proximité. Un des points clés de la sortie de crise a été de raviver le dialogue social », confie à L’Express Bernard Ollivier, directeur de la transformation du groupe. Des règles sur l’organisation du travail ou des réunions avaient notamment été édictées par la suite.

La difficulté de disposer d’indicateurs adaptés est notamment incriminée par les professionnels des ressources humaines. Faut-il rattacher les chiffres de l’absentéisme aux risques psychosociaux pouvant potentiellement y être liés ? Faut-il développer des indicateurs d’ordre qualitatif ? La complexité du développement de tels outils constitue une partie du défi à relever par les entreprises dans l’instauration d’une politique de prévention. Les inspecteurs du travail affirment par ailleurs être confrontés de plus en plus fréquemment à ces problématiques, l’organisation du travail pouvant également avoir des conséquences sur la santé des salariés (la question des troubles musculo-squelettiques en témoigne, par exemple).

« Les restructurations permanentes entraînent une instabilité des organisations, au point que les DRH ont parfois du mal à m’expliquer leur fonctionnement », indique aux Échos un inspecteur des Hauts-de-Seine. Ces réorganisations quasi-permanentes dans certains groupes sont également à l’origine des difficultés éprouvées par certains salariés : il s’agit notamment d’une des explications ayant été avancées à propos de France Telecom, engagé dans un processus de rotation des effectifs. La crise a accentué ce phénomène, les suppressions ou délocalisations de postes se multipliant.

Si de nombreuses initiatives sont prises en matière de prévention du stress, le champ des actions possibles reste donc encore particulièrement large. Signe des temps, la mise en place de Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) devrait être obligatoire dans les collectivités territoriales de plus de 50 personnes.

Publié dansActualité sociale