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Recherche et développement: quid des délocalisations ?

Les motivations des firmes pour délocaliser leur politique d’innovation ne sont plus seulement d’origine financière. L’Inde mène une offensive particulièrement marquée en matière d’informatique.

L’Inde, futur champion mondial de la R&D ? Les investissements en recherche et développement sur le sol indien progressent de 23% par an, une performance remarquable dans un contexte de restriction des coûts, crise oblige. Le nombre de centres dédiés à l’innovation a triplé en l’espace de dix ans dans le pays, selon le cabinet de conseil indien Zinnov. Une étude menée par Booz&Co met en exergue le rôle des entreprises spécialisées en technologies de l’information dans ce développement: elles consacrent en moyenne 11,4% de leur chiffre d’affaires à la R&D, talonnant la pharmacie (12%).

De récents projets confortent le leadership progressivement pris par l’Inde en matière d’innovation dans le secteur IT. Des fonctions liées à l’informatique interne d’Airbus viennent ainsi d’être confiées à Mahindra Satyam, si l’on en croit l’Economic Times of India. La signature du contrat triannuel, d’un montant de 20 millions de dollars, trouve notamment sa source dans la faiblesse du dollar, un élément particulièrement fort dans les décisions des entreprises actuellement. Dans un tout autre secteur, ce sont également les effets de change qui motivent la décision prise par Daimler de transférer la production de la Mercedes Classe C de l’Allemagne aux Etats-Unis.

Les taux de croissance enregistrés au sein des pays émergents expliquent aussi le basculement des centres de recherche vers l’Inde ou la Chine: ces Etats constituant les marchés de demain, il devient plus cohérent de transférer des étapes de la production près des lieux de vente… avec des coûts de main d’oeuvre bien moindres qu’en Europe ou en Amérique du Nord. En délocalisant en Chine sa R&D, ST Microelectronics comptait ainsi accroître la pénétration de ce marché. Cet exemple tiré de l’industrie des semi-conducteurs reste toutefois à tempérer: en matière d’usinage et de sortie des produits finis, les réacheminer vers leur lieu de vente peut s’avérer plus coûteux, d’où l’émergence d’un phénomène de relocalisation.

Développement de compétences

Ces mouvements démontrent les faiblesses du crédit d’impôt recherche, pourtant attractif si l’on en juge les modalités: l’Etat accorde aux entreprises un crédit d’impôt allant de 30% à 50% (la première année) des dépenses de R&D effectuées en France, dans la limite de 100 millions d’euros investis (5% au-delà).

Un rapport déposé en juillet dernier par le député UMP Gilles Carrez remet en doute les récents efforts consentis en la matière: « le coût du crédit d’impôt est directement lié aux évolutions législatives du dispositif », était-t-il expliqué. Plus surprenant, « c’est le secteur des services qui (…) représente près des deux tiers des créances, en particulier les entreprises de services bancaires et d’assurance ». En clair, le CIR peine à toucher sa cible et à pousser l’innovation dans l’Hexagone.

Les objectifs financiers, même s’ils demeurent essentiels dans la décision des entreprises à délocaliser leur recherche, ne sont plus primordiaux. La recherche de compétences ou de savoirs-faire spécifiques est également en train de prendre de l’ampleur, développement de ces marchés et élévation du niveau d’éducation obligent. La puissance de China Mobile, premier opérateur mondial en nombre d’abonnés, permet ainsi à IBM d’affirmer son expertise en matière d’analyse du trafic téléphonique. Le niveau d’excellence atteint par les mathématiciens indiens a conduit General Electric a inaugurer, il y a dix ans, un centre basé à Bangalore en charge des algorithmes pour ses produits les plus complexes. Même Tefal s’y est mis concernant la cuisson du riz…

Dans ce contexte, difficile pour les économies occidentales de retenir leurs firmes. Les gouvernements ne baissent cependant pas les bras, comme le montrent les dernières annonces en France: réorganisation du tissu de pôles de compétitivité, provision de sommes notamment destinées au numérique, soutien aux entreprises de taille intermédiaire. La renaissance d’une véritable politique d’innovation et tournée vers l’industrie ?

Rendez-vous le 4 janvier. Joyeuses fêtes !

Publié dansEconomieEntreprises