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Photovoltaïque: de l’emballement à la consolidation

Les nouvelles conditions de rachat de l’électricité produite rebattent les cartes du secteur.

Faire en sorte que les nouveaux tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque « s’appliquent après et uniquement après la date de promulgation du décret ». L’amendement déposé par le député UMP Jean Dionis du Séjour n’a pas été adopté mais est révélateur de l’inquiétude suscitée par la baisse du prix de rachat, la revente « garantie » à EdF constituant le principal élément d’attractivité pour cette énergie.

Si la France est passée, en 2009, de la douzième à la septième place mondiale en matière de capacités de production d’électricité solaire, à 205 mégawatts, c’est notamment par le biais de la manne financière promise aux nouveaux équipés en panneaux solaires, en particulier sur les bâtiments agricoles, pour lequels des incitations plus fortes étaient en vigueur. Selon le Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, le soutien financier à la production d’énergie renouvelable a été multiplié par cinq en 2009, à hauteur de 500 millions d’euros.

Les installations solaires intégrées au bâti bénéficient toujours, depuis le 14 janvier, du tarif de rachat « le plus élevé au monde », à 58 centimes par kilowattheure, tandis que les propriétaires de bâtiments existants ont vu leur dîme fondre de 16%, à 50 centimes par kWh. La Commission de régulation de l’énergie avait préconisé en décembre dernier de pratiquer une telle baisse en regard de la chute des prix des panneaux solaires (en recul de 30% à 50% sur un an), mais également afin de limiter la spéculation autour de cette manne financière.

Vers une croissance « plus saine »

Suite à l’instauration de ce nouveau barème, le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers table sur une « croissance plus modérée et plus saine qui laissera moins de marge à la spéculation, et favorisera une meilleure répartition des centrales entre les régions ». Le relèvement des tarifs de rachat en 2006 a certes provoqué l’emballement généralisé de la filière (+ 275% de capacités installées en 2007 et + 138% en 2008), mais favorisé l’émergence d’une multitude de petits acteurs, à contre-courant d’une logique de consolidation… et de professionnalisation, le nouvel enjeu du secteur.

L’arrivée de grands groupes pourrait permettre à la France de combler le retard industriel pris en matière de fabrication et d’innovation, avec une intégration des différents métiers de la filière. Les incertitudes sur le financement des PME constituent par ailleurs un danger pour les acteurs du photovoltaïque qui, bien que jouissant d’une croissance exponentielle de leur chiffre d’affaires, doivent affronter de lourds investissements et évoluer dans un cadre juridique changeant.

Le photovoltaïque représentait en 2008 plus de 19% de la capacité de production électrique installée en Europe, derrière le gaz et l’éolien. En France, les effectifs, actuellement d’environ 4.500 personnes, pourraient grimper à 8.000 emplois d’ici à 2012. L’instauration de tarifs différenciés selon l’ensoleillement des fermes solaires pourrait toutefois appuyer le déséquilibre géographique dans le développement de cette source d’énergie.

Publié dansEconomiePolitique éco