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L'immobilier neuf à la traine

La remontée des taux constitue le coup de semonce pour un marché déjà affecté par de piètres performances concernant l’immobilier neuf. Les professionnels s’alarment.

« Le ralentissement depuis le début de l’année est palpable. Le marché se restructure. Les accédants sont moins indulgents et les vendeurs moins gourmands. Le nombre de transactions recule et les rétractations se multiplient. Dans le neuf, le retournement est encore plus flagrant. Les stocks de logements sont au plus haut », explique à L’Expansion Ari Bitton, directeur général d’AB Courtage financements immobiliers.

Alors que Jean-Claude Trichet doit annoncer une hausse du principal taux directeur de la BCE cet après-midi, les professionnels de l’immobilier dépriment. Le début de spirale inflationniste auquel la zone euro assiste doit certes être contenu, mais la remontée des taux pousse à la baisse des prix. En avril, les taux des crédits à 20 ans ont culminé à 5% pour la première fois depuis 2003. Le coût du crédit se renchérit. Les difficultés se sont accentuées pour les accédants depuis la mise en exergue de la crise financière depuis l’été dernier, les problèmes trouvant leur source dans les crédits hypothécaires à risque. Au-delà de ce phénomène, on assiste à une vague généralisée de renforcement des conditions d’octroi de crédits. Depuis le plus haut, en novembre 2006, la production de crédits immobliers s’est contractée de 9,5%, à en croire le courtier Empruntis.

Le renchérissement des prix du pétrole rentre en compte

L’immobilier neuf est particulièrement touché par la crise. Au premier trimestre, les ventes de logements neufs ont baissé de 27,9% sur un an. Elles se sont élevées à 26.700 unités. Le stock de logements neufs est au plus haut, et les ventes reculent sur dix-huit des vingt-deux régions de France. Signe des temps, le promoteur immobilier Kaufman&Broad a récemment annoncé qu’il gelait ou annulait 15 des 115 programmes prévus. Pour réveiller l’appétit, 260 logements décôtés de 8 % à 12 % ont été mis en vente sur le site Venteprivee.

Les constructions loin des centres-villes sont également boudées. « Nos clients parcourent, en moyenne, 70 kilomètres pour aller et venir à leur travail, leur budget essence est passé, en quelques semaines, de 100 à 125 euros par mois et par voiture », indique au Monde Alain Tur, PDG d’un promoteur lyonnais. Les terrains disponibles les plus vastes se situant en périphérie ou en zone rurale (pour des lotissements par exemple), les acquéreurs potentiels ne sont guère séduits. Les mises en chantier de logements ont chuté entre février et avril de 18,8%, tandis que le nombre de permis de construire a lui aussi diminué (-16,3 %).

« Les acheteurs n’hésitent plus désormais à faire aux vendeurs des offres inférieures de 10% par rapport au prix demandé. De fait, les délais de vente ont commencé à rallonger », ont lancé les fondateurs de Laforêt dans un communiqué. Ils ont du souci à se faire: le nombre d’agences immobilières, qui a doublé en une décennie, commence à décroître.

Publié dansEconomiePolitique éco