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Les fonds souverains à l'assaut du globe

Le 15 janvier dernier, Merrill Lynch obtenait 6,5 milliards de dollars auprès des fonds d’investissement koweitien et sud-coréen. La banque d’affaires est désormais contrôlée à 25% par des fonds souverains. Citigroup, en pleine tourmente suite à la crise financière, a quant à elle levé 12,5 milliards de dollars auprès de ce type d’investisseurs. Les Soveraign Wealth Funds (SWF) se sont imposés comme des acteurs incontournables de la sphère financière mondiale.

Source: Le Monde Les principaux SWF émanent du Moyen-Orient et de l’Asie
Etat Nom du fonds, montant et source des actifs
Emirats Arabes unis Abu Dhabi Investment Authority: 875 milliards de dollars d’actifs (origine: pétrole et/ou gaz)
Brunei Brunei Investment Authority: 330 milliards de dollars d’actifs (origine: réserves financières)
Arabie Saoudite Divers fonds, 300 milliards de dollars d’actifs (origine: pétrole et/ou gaz)
Koweit Kuwait Investment Authority: 250 milliards de dollars d’actifs (origine: pétrole et/ou gaz)
Norvège Government Pension Fund-Global: 322 milliards de dollars d’actifs (origine: pétrole)

Qu’ils soient de Dubaï, du Qatar, de Chine ou de Singapour, les « fonds souverains » ont profité de l’effet d’eclipse de la crise financière pour réaliser de spectaculaires prises de participation dans des structures aussi diverses que le distributeur britannique Sainsbury ou la Bourse de Londres, le London Stock Exchange (LSE), dont la Bourse de Dubaï et la Qatar Investment Autority (QIA) détiennent désormais la moitié. « Notre objectif premier est de construire une Bourse de dimension internationale et à forte croissance hors de Dubaï« , rappelait début septembre Essa Kazim, président de cette place financière. Et il s’en donne les moyens: la QIA, qui contrôle la Bourse de Dubaï, créee en 2000, gère déjà 40 milliards de dollars d’actifs, selon les données de DB Research. Le pétrole constitue la source des capitaux, comme à Abu Dhabi ou en Arabie Saoudite. Les Etats du Moyen-Orient ne sont pas les seuls à prendre des participations sur la scène internationale, comme le prouvent les exemples de la Norvège ou de la Russie, dont les pétrodollars sont là aussi à l’origine de ces investissements. Les réserves financières peuvent aussi être la source des SWF.

Un fonds d’investissement souverain est la propriété d’un Etat. L’objectif est de faire fructifier les excédents budgétaires à partir de prises de participations dans des entreprises du monde entier. Les SWF se caractérisent par le fait que les capitaux sont détenus par les Etats, ce qui laisse planer des interrogations quant à une éventuelle tentative d’exercer une influence politique dans des entreprises et structures étrangères, comme l’avait laissé entendre Angela Merkel cet été. le passé montre qu’ils ne se comportent pas en activistes politiques« , indique Nicolas Véron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel (L’Agefi hebdo).

Les pétrodollars ou les excédents commerciaux de certains pays leur permettent de pouvoir investir à l’étranger et ainsi de prendre part au jeu de l’économie mondiale. Investir, mais pour quoi faire? Le retour sur investissement semble bien plus important aux yeux des responsables des SWF que le contrôle de sociétés, les fonds étant notamment destinés au fonctionnement intérieur des Etats, tels les régimes de retraite. Le meilleur rendement est donc privilégié.

Des prises de participation spectaculaires en guise de vitrine

Les fonds d’investissement souverains ne sont pas inconnus des spécialistes de la finance. Après le premier choc pétrolier des années 1970, les pays producteurs ont constitué des entités et des fonds de pension destinés à placer cette nouvelle manne de « pétrodollars ». A l’aube des années 2000, c’est la zone asiatique du globe qui a, à son tour, pris part à ce système, croissance économique et flambée des matières premières aidant. Les Etats accumulent des réserves principalement en dollars, et souscrivent à des obligations. Aujourd’hui, la tentation est grande pour les SWF de s’aventurer sur les marchés actions, où les dividendes peuvent se faire plus appétissants. Quelques opérations symboliques assurent par ailleurs la notoriété de ces fonds: en 2006, la banque publique russe VTB prenait 5% du capital d’EADS, et au début de l’année 3,5% pour le fonds de Dubai. Plus tôt, en 2005, Abu Dhabi entrait au capital de Ferrari à hauteur de 5%.

Les fonds servent également à préparer l’après-pétrole pour un certain nombre d’entre eux, la raréfaction de l’or noir approchant de jour en jour.

La Caisse des dépôts comme « instrument de défense »

Nicolas Sarkozy a souhaité intervenir face à la montée en puissance des fonds souverains. “Des entreprises françaises sont attaquées par des fonds spéculatifs aggressifs et des fonds souverains sans logique économique“, a-t-il précédemment indiqué, ajoutant que la France se devait d’être “un Etat qui va les protéger et leur donner les moyens de se défendre“. La Caisse des dépôts et des consignations fait office de rempart. Elle est le premier ou deuxième actionnaires de 13 des 40 premières entreprises françaises, et a acheté en 2006 pour 3,1 milliards d’euros d’actions côtées.

Publié dansEconomieMarchés et finance