Aller au contenu

Le fordisme et le taylorisme sont-ils dépassés ?

Le travail peut être étudié sous deux angles, à savoir un angle économique et un angle sociologique. Le travail est en effet un facteur de production. Il est source de richesses, mais il a aussi un coût (le salaire).  Par ailleurs, le travail est une activité humaine qui occupe approximativement le tiers d’une journée. Lorsque l’entreprise recherche une combinaison de facteurs de production la plus efficace et la plus économique, elle ne peut pas négliger l’aspect humain du travail. Dans toute entreprise, il existe une organisation du travail, c’est-à-dire l’agencement des postes de travail afin d’aboutir à une productivité maximale; on appelle “division technique du travail” l’organisation des tâches dans l’entreprise. En France, l’organisation du travail a eu pour influence les principes de Taylor, puis de Ford. Les Trente Glorieuses ont été marquées par le taylorisme et le fordisme, des principes remis en cause par la suite et devant être remplacés. La recherche de Nouvelles Formes d’Organisation du travail (NFOT) y contribue.

Les avantages de la division du travail ont été montrés par l’économiste anglais Adam Smith (1723-1790) dans le cadre de l’exemple de la manufacture d’épingles, évoqué en 1776 dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations: “l’important travail de fabrication des épingles est divisé en dix-huit oérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes“. La division du travail correspond à une décomposition du processus de production en de multiples tâches partielles, cette décomposition ayant pour but une plus grande efficacité. Chaque ouvrier est spécialisé dans une tâche et devient plus performant que s’il devait effectuer plusieurs opérations (suppression des pertes de temps, etc).

Taylor a démarré comme ouvrier avant de parvenir à la tête d’une manufacture d’acier. Deux problèmes, la flânerie du personnel et le nombre important d’ouvriers qualifiés (qui reçoivent des salaires élevés) l’ont amené à bâtir les principe de l’organisation scientifique du travail. Il s’agit de trouver la méthode de production la plus efficace pour chaque ouvrier, “the one best way“. La division horiontale du travail est introduite: la parcellisation des tâches consiste en la décomposition de la production en opérations simples et de durée mesurable. Si on chronomètre chaque opération, il devient possible d’instaurer un système de salaire au rendement. L’ouvrier  le plus rapide et le plus efficace va être sélectionné, et ensuite on demande aux autres ouvriers de respecter des normes de gestes et des normes de temps.

Une hausse de la productivité et des profits découlent de cette course au rendement. Taylor a introduit un second principe, celui de la division verticale du travail. Le travail de conception est séparé du travail d’exécution. Des experts en organisation ouvrent au bureau des méthodes, et des ingénieurs travaillent au sein d’un bureau d’études. Les ouvriers spécialisés participent seulement à la chaîne de production. Cette division du travail en fonction des compétences a été résumée au sein de la formule “the right man in the right place“. Les principes d’Henry Ford (1863-1947) ont ajouté à l’OST le système de la chaîne de montage. L’emploi d’un convoyeur permet le transport des pièces à travailler d’un poste à l’autre, et la standardisation des pièces et des produits permet de réduire les coûts. Cepdendant, une politique de salaires élevés s’instaure, dans le but d’accroître la productivité et la demande s’adressant à l’entreprise. Le fordisme a permis l’emploi massif d’ouvriers non-qualifiés. Le passage en 1914 du salaire des ouvriers de 2,5 dollars à 5 dollars par jours, le five dollars day, a aussi pour objectif de limiter le turn-over.

La remise en cause de l’OST

La pénibilité du travail et la disqualification ont contribué à un ralentissement des gains de productivité. L’Ecole des relations humaines a émis des critiques envers l’organisation scientifique du travail. Il a été démontré par le biais d’enquêtes réalisées dans les années 1930 que la vision mécaniste de l’OST influait sur le moral des ouvriers, et par conséquence sur le rendement. L’expérience Hawthorne y a contribué. Cinq ouvrières, sélectionnées en raison de leurs affinités et se prêtant de plein gré aux expériences, furent isolées dans une pièce. Leur environnement de travail a été progressivement amélioré, et, en dépit de la réduction du temps de travail, leur rendement est apparu comme amélioré. Paradoxalement, le rendement continua de s’accroître une fois les ouvrières revenues à leur situation initiale. La considération dont ces ouvrières avaient été l’objet a été très important, beaucoup plus que le seul cadre de travail. L’Ecole des relations humaines considère qu’on ne parle pas d’une simple addition d’individus au travail, mais d’une entité dont le fonctionnement peut avoir des répercussions sur la production, notamment via de bonnes relations ou la communication.

 Les limites de la parcellisation du travail sont apparues au cours des années 1950-1960, notamment par le biais d’importants taux de turn-over (rotation des salariés dans l’entreprise durant une certaine période). L’absentéisme est aussi à prendre en compte: il correspond à toutes les absences des salariés à l’exception de celles liées aux congés légaux. Les ouvriers peuvent aussi s’adonner au “coulage” et au “freinage”, à savoir le gaspillage des matières premières et la fixation de cadences de production inférieures à celles fixées par le bureau des méthodes. Des aménagements ont été introduits dans certaines entreprises, parmi lesquels la rotation des postes, l’élargissement des tâches (regrouper plusieurs opérations d’exécutions afin que l’ouvrier réalise des ensembles ou des sous-ensembles complets), l’enrichisement du travail (ajout aux tâches habituelles de nouvelles activités plus interessantes pour le salarié) ou les groupes semi-autonomes (équipe de salariés ayant la responsabilité d’organiser leur temps et leur travail). Il n’y a cependant pas de remise en cause du fordisme ou du taylorisme. Les nouvelles conditions de la concurrence et les nouvelles attentes des consommateurs ont participé à l’assouplissement de ces doctrines, en raison de la concurrence de producteurs originaires de pays émergents ou bien encore d’une volonté de personnalisation des produits (la Ford T noire n’était plus adaptée).

Les conditions de travail se sont aujourd’hui améliorées, et un certain nombre de tâches parcellisées ont été supprimées, grâce à l’automatisation des processus de production et par le biais de l’utilisation des NTIC. Des ouvriers qualifiés ont été embauchés et formés dans l’industrie, notamment automobile.

Publié dansEconomieEntreprises