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L'emploi des cadres en berne

Les cadres accusent le coup dans un contexte économique difficile. Le nombre d’offres d’emploi à leur destination s’effondre. Les jeunes diplômés figurent parmi les plus touchés.

Il s’agit ici de la chute la plus brutale jamais enregistrée. En tablant sur une baisse de 27 % des embauches pour cette année, l’Agence nationale pour l’emploi des cadres (Apec) confirme que la détérioration du climat économique s’étend à toutes les catégories de la population, comme lors de la récession qui avait affecté la France entre 1992 et 1993. Aujourd’hui, la baisse du nombre d’embauches prévues atteint le double de cette période ! Le nombre d’offres d’emplois diffusées a pour sa part chuté de 31 % au cours des premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2008.

Dans ce contexte, les techniques de recherche d’emploi doivent évoluer, les recruteurs devenant plus exigeants sur la qualité des candidatures reçues. « Il vaut mieux cibler les entreprises ou le métier vers lesquels on veut aller. La technique consistant à inonder les entreprises de CV est une stratégie perdante », explique au Monde le président de l’Apec, Eric Verhaeghe. De nombreuses firmes tiennent à jour des CVthèques au sein desquelles les profils les plus pertinents seront classés, une manière de se tenir prêt pour la sortie de crise. Toutefois, nombre de PME, faute de temps ou de moyens, n’entreprennent pas un tel travail de classement.

Certains secteurs, tels que l’informatique, subissent davantage les conséquences de la crise que les autres. Le reflux du nombre d’offres destinées aux cadres s’élève dans ce domaine à 37,4 % entre janvier et 2009, un retournement de situation brutal puisque la hausse de ce même nombre d’offres était de 31,4 % par an en moyenne depuis 2004. En étendant le champ de vision à toute la branche, près de 5 % des informaticiens sont actuellement à la recherche d’un emploi, sans compter les jeunes fraîchement diplômés et qui peinent à s’insérer dans la vie active. Le nombre de chômeurs dans la profession croit deux fois plus vite que la population totale des demandeurs d’emploi.

Vers davantage d’expérience

Les jeunes diplômés (au minimum licenciés et dotés d’un an d’expérience) sont particulièrement touchés. La chute des recrutements les concernant pourrait atteindre 45 % cette année selon l’Apec, qui va lancer un programme spécifique destiné à ces publics pour les accompagner dans leurs démarches. La moitié des entreprises cherchant à recruter un cadre exigent de dix à vingt ans d’expérience, contre seulement 20 % d’entre elles il y a un an: au-delà des diplômes, ce sont avant tout des compétences qui sont recherchées, et une solide connaissance du secteur.

Dans ce contexte, les cadres deviennent « plus préoccupés par les risques de chômage, tout en étant confiants en leurs capacités à saisir les opportunités professionnelles et en gardant une vision dynamique du marché de l’emploi », constate Gabriel Artero, ancien président de l’Agence pour l’emploi des cadres, dans un entretien accordé au Journal du Net. L’intérim apparaît comme une solution pour le moins pratique en cette période de crise: la variété des missions susceptibles d’être proposées et le nombre de contacts qui peuvent en déboucher constituent des éléments qui rendent attractifs cette forme d’emploi. Une étude réalisée par l’Observatoire du travail temporaire fait ressortir que 61 % des cadres interrogés en ont une vision « positive ».

Les prévisions établies par la Commission européenne concluant, au moins jusqu’à fin 2010, à un recul du nombre de cadres en poste partant à la retraite, un facteur à prendre en compte avec la détérioration du climat économique, l’emploi des cadres ne risque pas de connaître une embellie de sitôt…

  • Prochaine chronique Ressources humaines le 17 juillet
Publié dansEconomie