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Le financement de l'innovation frappé par la crise

La stratégie de Lisbonne montre ses limites, et le capital-risque a ralenti le rythme de ses investissements: la crise a aggravé les difficultés de financement des sociétés innovantes.

Maintenir un certain tissu en matière d’innovation et de recherche-développement au sein de ses frontières, tel est l’objectif du ministre hongrois pour le Développement national et l’économie, Istvan Varga. « Je suis convaincu que cela représente un long chemin. Les investissements privés et publics dans les R&D sont essentiels pour aider l’économie à se stabiliser et à sortir de la crise. Le rôle des investisseurs en capital-risque et en « capital-amorçage » est essentiel dans ce processus », a-t-il récemment expliqué.

L’enjeu est crucial en période de crise : les troubles financiers et économiques ont pénalisé le financement de l’innovation, comme le souligne le dernier « tableau de bord » réalisé par l’INPI, l’INSEE et Bercy. Au second semestre 2008 – soit au plus fort des difficultés financières -, les effectifs dans le secteur ont perdu 10.800 emplois, tandis que le capital-investissement recule de 20 % par rapport à 2007. Seuls la santé (secteur toujours porteur quelque soit le contexte économique), les logiciels et les cleantechs (les technologies vertes, dont notre chronique Green business se fait l’écho) sont parvenus à engranger des quantités significatives de capitaux. L’environnement affiche la plus forte croissance parmi les secteurs receveurs de capitaux.

La stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000, semble être mise à mal par la crise. Ses résultats, peu reluisants, nécessitent selon de nombreux leaders politiques de s’atteler à une nouvelle vision prospective pour l’Union européenne, avec pour objectif d’entretenir un cercle vertueux pour l’économie. « C’est par l’innovation que l’Europe rattrapera son retard de croissance. L’Europe n’arrive pas à convertir la qualité de sa recherche en croissance », pointait du doigt en décembre dernier Nicolas Sarkozy, qui a mis en avant les initiatives françaises en la matière (crédit d’impôt, réforme du CNRS et développement du plateau de Saclay). 3 % du PIB des pays européens doivent, selon la stratégie de Lisbonne, être consacrés à la recherche d’ici 2010.

Le capital-risque comme soutien indispensable

Des pays comme la Suède tentent, à leur manière, d’enrayer les difficultés affectant le domaine de l’innovation en tablant sur le potentiel de produits et de technologies. Championne d’Europe pour les investissements en R&D, la Suède se distingue par un réseau entrepreneurial fort, des taxes abaissées et une législation assouplie. Des initiatives simples qui ont permis à cet Etat de compter des firmes aussi prestigieuses qu’Ericsson dans ses rangs. Le géant du mobile annonce son intention de se développer dans les pays émergents, avec une attention particulière portée aux BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine) : une initiative de plus qui va accroître l’influence du pays dans ce secteur !

Les aménagements législatifs ne constituent pas toutefois une réponse totalement complète aux problèmes de développement des firmes innovantes. « Avec le dispositif Tepa qui oriente une partie de l’ISF vers l’investissement, la défiscalisation, la France favorise l’investissement dans les entreprises innovantes. Mais cela ne peut suffire et le rôle des sociétés de capital-risque est essentiel, notamment dans cette période de crise », témoigne au Figaro Jean-Pierre Brulard, président du French Tech Tour 2009, un jury d’investisseurs qui s’est réuni début juillet à Paris. Les montants investis ont reculé de 40 % en Europe, 41 % en France et de 50 % aux Etats-Unis au cours du premier trimestre : les entreprises innovantes accusent le coup de la crise, malgré les intentions des investisseurs.

Dans ce contexte, un acteur français se détache du lot : Oséo. L’établissement public, dont l’un des métiers réside dans l’aide à l’innovation, est au cœur du plan de relance. En décembre 2008, les prêts bancaires pouvant bénéficier de la garantie d’Oséo ont été augmentés de 2 milliards d’euros. Un montant relativement faible au regard de l’enjeu représenté par l’innovation et la création d’entreprise, mais bienvenu en cette période économiquement difficile.

Publié dansEconomiePolitique éco