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Gouvernance : une féminisation difficile

La féminisation des conseils d’administration avance à pas comptés, entre obligations et prises d’initiatives.

En annonçant vouloir atteindre une proportion de 20% de femmes à des postes de senior-management en 2013, Renault prend non seulement le chemin d’autres entreprises qui ont misé sur un rééquilibrage au sein de leur gouvernance, mais entend se positionner comme une entreprise responsable en la matière, dans un univers très masculin.

Les postes commerciaux ainsi que ceux consacrés à l’ingénierie sont également concernés par le plan de la firme au losange, qui compte depuis peu trois femmes à des postes clefs (les affaires publiques, le cabinet du président et la communication).

Cet exemple, tiré du Women’s Forum qui s’est tenu la semaine dernière à Deauville, illustre l’évolution en cours au sein de nombreux groupes qui font désormais de la parité non seulement une priorité, mais également un moyen de s’affirmer comme des sociétés soucieuses de disposer d’un autre regard au sein de leurs équipes de direction. Faute d’un véritable mouvement de fond, une loi a, l’an dernier, imposé un quota de femmes dans les conseils d’administration français.

Soutenu par Jean-François Copé et la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, elle a pour objectif de parvenir à 40% de femmes dans ces instances d’ici à 2017, contre 20% aujourd’hui. Cette dernière se félicite notamment de l’inscription de ce chiffre dans le code de bonne gouvernance du Medef. Il n’est toutefois pas facile d’impulser une tendance par le biais du recrutement, selon les observations, décrites dans Le Figaro, de Claire de Montaigu, du cabinet Leaders Trust : « il n’y a pas assez de candidates. Dans la plupart des grands groupes, elles ne représentent que 10 % des cadres dirigeants », témoigne-t-elle.

Les conseils d’administration français se placent aujourd’hui au niveau observé en Finlande. Ce rattrapage n’empêche pas la constatation d’un écart flagrant avec deux autres pays nordiques : en Suède, on y dénombre 27% de femmes, un chiffre qui grimpe à 41% en Norvège.

Des évolutions organisationnelles et managériales

Véronique Morali, présidente du Women’s Forum, met toutefois en exergue un potentiel frein, qui fait l’objet de fréquentes occurrences, à la féminisation du management et de la gouvernance des firmes. « Les femmes sont davantage préoccupées par l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. L’éducation des enfants leur est encore largement dévolue », indique-t-elle dans L’Express.Diverses actions peuvent, dans ce cadre, être mises en place, telles que l’instauration de bornes horaires pour le déroulement des réunions ou de communautés de bonnes pratiques.

Au-delà des initiatives patronales, une bonne dose de volonté entre également dans le jeu. « Les femmes demandent souvent si on les croit vraiment à la hauteur des responsabilités qu’on leur propose », explique à Liberation Delphine Ernotte, directrice exécutive d’Orange France. De nombreux clubs et networks sont nés, diffusant au sein des entreprises points de vue et réflexions sur le sujet. Parmi les plus actifs, le réseau HEC au féminin, qui a vu le jour il y a dix ans, compte plus de 12.000 membres. La fondation Elle ou le programme Women and Leadership abritent également ces échanges.

Une récente étude pourrait convaincre les dernières firmes les plus récalcitrantes. Selon une enquête menée par des chercheuses des universités de Virginie, d’Arizona, de Géorgie et du Texas, pendant les périodes de récession, de « fortes relations » apparaissent entre le dynamisme financier des entreprises et l’importance de la féminisation de leur direction. Les femmes auraient notamment moins tendance à prendre de risques. Une arme anti-crise ?

Publié dansEntreprisesManagementSociété