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Enalean réinvente le business model du logiciel libre

En proposant à ses utilisateurs de s’abonner à des capacités de développement, l’éditeur de logiciels savoyard Enalean a crée un nouveau business model autour du logiciel libre.

« Si le client ne paye pas, je gagne de l’argent. Si le client paye, il gagne de l’argent. » CEO et co-fondateur de l’éditeur de logiciels savoyard Enalean, crée en 2011, Laurent Charles se plait à présenter le business model de son entreprise, « unique au monde », et qui permet à la start-up d’avoir toujours été bénéficiaire. Le produit phare d’Enalean est Tuleap, une suite logicielle de gestion du cycle de vie des applications proposée en open-source. Interview.

Pourriez-vous nous présenter l’activité d’Enalean?

Nous sommes éditeurs de logiciels. L’ingénierie logicielle peut être définie comme l’usine de production du logiciel, en fournissant l’outillage pour fabriquer ce logiciel sous contrôle. Lorsque Ford et Taylor se sont mis à fabriquer des automobiles plus vite, ils ont réinventé la chaîne de production. Le logiciel est pour sa part encore artisanal. L’enjeu, c’est de passer de 10 à 1000 personnes sur le travail d’un logiciel. Ce travail d’industrialisation est essentiel, car le logiciel constitue, aujourd’hui, le cœur de la valeur de nombreuses entreprises : il faut, par exemple, la différence entre deux téléphones à 30 euros et à 800 euros, ou entre deux appareils photo numériques, par exemple. Il permet, de plus, de générer de la marge. Le logiciel a donc une fonction stratégique : sans lui, on peut mourir.

Pourquoi avez-vous fait le choix de l’open-source?

Aujourd’hui, en ingénierie logicielle, toutes les innovations sont libres. Les communautés d’informaticiens inventent des outils logiciels pour leurs besoins et les rendent libres car c’est plus efficace. Un des exemples les plus connus est Gerrit, un outil de développement proposé par Google. La communauté le rend le plus stable et le plus puissant possible. Notre conviction profonde est que nous assistons à une vague du logiciel libre, à l’exception du desktop où il n’est pas parvenu à trouver sa place.

Quels sont les enjeux de l’open-source dans l’univers du logiciel?

Il y a une progression manifeste du logiciel libre dans tous les domaines (serveurs de type Apache, système d’exploitation Linux, etc.), même si le paradoxe est que la suite bureautique Open Office n’a pas trouvé sa place ! Qui sait que les technologies de nos voitures ou celles qui servent à router nos e-mails sont libres ? Par ailleurs, environ 70% des logiciels développés dans le monde ne sont plus sur ordinateur, mais sont embarqués, débarqués ou cachés dans de multiples devices, dans les objets connectés… 2 informaticiens sur 3 conçoivent des logiciels qui sont dans les objets !

Quels impacts ce choix a-t-il en termes de développement ?

Notre produit Tuleap est 100% libre et open-source. Il repose sur la notion de coût marginal zéro, qui concernent les acteurs des produits dématérialisés. Après le premier produit, ils font de la copie de fichiers. Le coût de fabrication du premier exemplaire du logiciel a des implications financières, mais plus par la suite. En tant qu’éditeurs de logiciels, nos clients nous aident à faire mûrir notre produit, ils le diffusent viralement et nous permettent d’être client partout, sans commerciaux. Nos clients font même de la recherche et développement pour nous ! Nous disposons d’une infrastructure de gestion pour gérer cela.

Maintenant, nos clients ont des enjeux de stabilité, de support et d’évolution : pour y répondre, ils peuvent s’abonner. Cela s’appelle « l’open road map » : nos clients s’abonnent à de la capacité de R&D pour faire évoluer le produit, sans personnalisation : les efforts sont mutualisés. Des entreprises peuvent par ailleurs décider de s’abonner en commun à nos services, pour aller plus vite. Toutefois, on ne force personne à s’abonner !

Comment le choix de l’open source vous distingue-t-il par rapport aux autres acteurs du logiciel ?

Nous sommes les seuls au monde à avoir ce modèle économique très spécifique qui consiste à cofinancer et préfinancer un logiciel. En 2011, nous avons trouvé un client qui nous a permis de lancer l’entreprise, par abonnement. En année 2, nous avons cherché d’autres clients et nous avons fait évoluer ce modèle. Toutes nos offres sont, de plus, packagées. Enalean compte aujourd’hui 19 personnes, 10 hommes et 9 femmes, ce qui est plutôt rare dans le monde du logiciel ! Le partage de la valeur du logiciel libre demeurera, de plus, toujours au cœur de nos offres : il s’agit d’une conviction profonde.

Photo : Vector programers desktop par Shutterstock/TCmadephoto

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie