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Crise de la zone euro : le récit d’une folle semaine

Le poids des agences de notation et les difficultés européennes à s’accorder caractérisent les points saillants de l’actualité politico-financière.

Mis sous pression par les agences de notation, les Etats membres de l’Union européenne et de la zone euro ont traversé, à l’instar des banques et du gouvernement français, une fin de semaine particulièrement mouvementée. La crise, qui trouve ses sources dans l’endettement excessif de pays parmi lesquels la Grèce ou l’Italie, touche désormais, à des degrés différents, pas moins de 27 Etats, pour des raisons structurelles, conjoncturelles, financières ou externes.

Décryptage en cinq points des faits marquants de la semaine écoulée.

1 – Un nouveau traité de discipline budgétaire. « Refondation ». Le terme, lâché par l’agence Reuters, exprime l’importance de l’accord trouvé ce vendredi à l’issue d’un Conseil européen qui aura duré plus de neuf heures. Les dix-sept de la zone euro ont convenu de renforcer leur discipline budgétaire, un traité intergouvernemental devant, d’ici au mois de mars, être ratifié.

Cette phase s’annonce pour le moins difficile : certains souhaitent consulter leur Parlement ou refusent le changement de traité, à l’instar du Royaume-Uni. Les pays non-membres de la zone euro peuvent en effet prendre part à ce nouveau processus – six d’entre eux sont sur les starting-blocks. Une « règle d’or » devant maintenir à certaines conditions le déficit structurel annuel (donc décorrélé des effets de la conjoncture) sous le seuil de 0,5% du PIB devra être instaurée, tandis que des sanctions automatiques pénaliseront les pays dont les déficits dépasseront la barre des 3% de leur PIB.

2 – Le comportement des agences de notation en question. Il ne se passe plus un jour sans qu’une agence de notation ne fasse entendre sa petite musique. L’Autorité des marchés financiers a annoncé en début de semaine avoir ouvert une enquête sur l’élaboration des notes distribuées par ces établissements, ainsi qu’une réflexion sur les sanctions possibles envers ces derniers. Le commissaire européen Michel Barnier s’est cassé les dents, fin novembre, sur un projet visant à interdire la notation des pays financièrement assistés.

Les critiques envers Moody’s, Fitch et consorts ont redoublé de vigueur lundi soir, lorsque Standard and Poor’s (S&P), la plus médiatique d’entre elles, a annoncé avoir placé sous perspective négative, c’est-à-dire s’être arrogé la possibilité de dégrader leur note dans les trois mois, quinze pays de la zone euro. « Il y a une crise du management qui génère de l’incertitude, laquelle s’est amplifiée au cours du dernier mois », s’est justifié Moritz Krämer, responsable de la notation des Etats. Les résultats du sommet européen de ces dernières heures n’ont pas, par conséquent, été intégrés à cette décision, d’où l’incompréhension exprimée par de nombreux leaders européens.

3 – Les banquiers et les assureurs sous pression. S&P a indiqué ce vendredi son intention d’abaisser la note de la dette de quinze assureurs européens, parmi lesquels Generali, Aviva, Allianz ou Axa. Ce communiqué est intervenu quelques heures après la confirmation par son concurrent Moody’s de l’abaissement des notes de crédit de trois établissements bancaires français, Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole. La probabilité d’un recours à l’Etat de la part de ces banques s’avère « très probable » selon l’agence, qui s’inscrit dans la lignée du placement, lundi dernier, par S&P, des principales banques européennes sous surveillance négative.

C’est par ailleurs dans ce contexte particulier que l’Autorité bancaire européenne a communiqué ce jeudi sur son estimation du besoin de recapitalisation des soixante-dix plus grandes banques européennes : il s’élève à 115 milliards d’euros.

4 – Les collectivités territoriales dans le collimateur des agences. La note de la dette de la région Ile-de-France et de la Ville de Paris sont dans le viseur de S&P, qui s’est également penchée sur d’autres collectivités européennes. « Si la note de la France est dégradée, les régions seront aussi concernées. Donc, nous aurions des difficultés pour emprunter, et le taux des emprunts seraient plus élevés », s’est alarmé au micro d’Europe 1 Jean-Jack Queyranne, président socialiste de la région Rhône-Alpes.

Un élément majeur a alourdi, cette semaine, le climat ambiant. Selon le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les prêts toxiques accordés aux collectivités locales, l’encours contracté s’élève à 18 milliards d’euros, a rapporté Le Parisien, dévoilant des chiffres en avant-première. 1.800 « petites communes » sont, selon le quotidien, enserrées dans ce mécanisme.

5 – Des enjeux éminemment politiques. Si le Royaume-Uni s’est illustré par son refus de prendre part à l’accord trouvé ce vendredi, la France s’en est pour sa part réjoui, cette étape devant illustrer son implication dans la résolution de la crise. La menace que font planer les agences de notation sur le pays est en effet au cœur des échéances électorales à venir, les élections présidentielles et législatives approchant à grands pas.

Le risque d’une hausse des taux d’intérêt, pénalisant l’emprunt et l’investissement, pèse sur le gouvernement, qui s’empresse d’envoyer des signaux positifs en direction des acteurs financiers tout en excluant un troisième plan de rigueur.

« Si Paris perd, seul, sa note d’ici à l’élection, l’opposition pourra légitimement prouver que la politique de Nicolas Sarkozy n’a pas marché », explique à France Télévisions Elie Cohen, économiste au CNRS. Les entreprises rattachées à l’Etat pourraient également voir la note de leur dette abaissée dans la foulée. La relative bonne tenue économique des Etats-Unis malgré la dégradation de sa note en août dernier par S&P tend néanmoins à prouver qu’un scénario très catastrophiste n’est pas forcément d’actualité.

Les décisions finales des agences de notation sur les placements sous perspective négative décrétés par leurs soins, ainsi que la suite des négociations au niveau européen constituent deux grands types de rendez-vous à suivre, pour appréhender l’état économique et financier futur de la zone euro et, plus largement, de l’Union européenne.

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