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Délocalisations : un enjeu très politique

A l’approche de la présidentielle, les délocalisations attisent les tensions.

Dans son dernier rapport sur l’état de l’économie mondiale, le Fonds monétaire international pointe une tendance particulièrement forte: 75% des 30 millions de nouveaux chômeurs, apparus consécutivement à la crise économique en cours depuis l’hiver 2007/2008, sont situés dans les pays « avancés ». Les prévisions pour 2011/2012 de l’institution dirigée par Christine Lagarde font état d’une situation particulièrement instable et particulièrement défavorable aux économies européennes et américaines, dont la capacité de résistance dans la crise fait l’objet d’un questionnement.

Si, pour les Etats-Unis, le FMI pointe les conséquences du chômage de longue durée sur l’employabilité des personnes concernées, il se veut en revanche plus offensif  à l’égard des pays de la zone euro. Il leur est préconisé « d’éliminer la rigidité du processus de fixation des salaires, qui a provoqué des pertes durables de compétitivité face à la faible croissance de la productivité ». Une proposition particulièrement difficile à appliquer pour des gouvernements en difficulté avec la crise des dettes souveraines, et qui peut se révéler particulièrement dangereuse électoralement !

L’institution prend toutefois soin de conseiller de réduire « l’écart croissant entre les travailleurs protégés et non-protégés, tout en préservant l’emploi des jeunes ». Cette nécessité de maintenir la compétitivité économique tout en s’attaquant à de nombreux problèmes économiques est au cœur des politiques actuellement en débat, et des thèmes amenés à être abordés, en France, dans le cadre de la prochaine élection présidentielle.

L’état de l’industrie en Lorraine, région fortement affectée ces dernières années, témoigne ainsi « une fois de plus la faillite de la politique industrielle du Président de la République et la nécessité de la réorienter vers une intervention plus efficace de l’État« , selon Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste. La sauvegarde de l’emploi constitue en effet un sujet à hauts risques pour l’exécutif.

A tâtons et à reculons

« L’outil de production industriel est en train de quitter le pays de manière consternante. Les délocalisations ne cessent de se multiplier. Le taux de chômage grimpe à vue d’œil », alerte, dans La Dépêche du Midi, un responsable de la CGT du Tarn-et-Garonne. Symbole de cette mobilisation particulièrement forte de la part de salariés, le rétropédalage d’Hewlett Packard, qui a récemment annulé deux délocalisations en France et au Royaume-Uni. Le groupe, qui a tenu in fine à rassurer sur la viabilité économique de ses sites isérois, s’est heurté à la protestation de salariés et de syndicats pointant notamment les faibles gains économiques pouvant être engrangés par l’entreprise. A Grenoble, la main d’œuvre ne représenterait que 2,6% du coût de la logistique.

Cet argument ne constitue toutefois pas un élément de poids dans le cas d’une évolution significative des ventes et des habitudes de consommation. L’automobile, au centre de la polémique ces dernières semaines à travers l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois  (selon L’Usine Nouvelle, 415 employés, la majorité en intérim, sur un total de 3.600, devraient la quitter d’ici à la fin de l’année), illustre une situation très particulière: non seulement le budget consacré à l’automobile se réduit dans l’Hexagone, mais les achats ne s’orientent pas sur les modèles y étant principalement fabriqués. Le poids des ventes de petits véhicules (57%, contre 42% il y a vingt ans) se répercute sur les choix des constructeurs, ces modèles étant peu générateurs de marge. A noter par ailleurs: la France produit trois fois moins de véhicules que son homologue allemand.

Dans le secteur du luxe, où le « Made in France » constitue un gage de qualité particulièrement apprécié, la question des coûts rattrape les créateurs et leurs entreprises. Soucieux d’élargir leur clientèle, Sonia Rykiel ou Marc Jacobs ont franchi le pas, en accolant une étiquette « Made in Italy » – un pays frontalier – ou « Made in China » à certains de leurs produits. « L’idée pour ces marques est d’avoir une structure de coût la plus basse possible pour avoir la marge brute la plus élevée, le coût du salaire  étant relativement élevé en France », explique au Parisien Chicuong Dang, analyste pour Richelieu Finance. Pour conserver la possibilité d’accoler le fameux label, il suffit de faire réaliser la dernière ouvraison ou transformation substantielle sur le territoire.

Dernier cheval de bataille pour de nombreux hommes politiques: la localisation du top management d’entreprises, les exemples de Schneider Electric et de PSA étant en ligne de mire. La première société citée vient ainsi de voir ses directeurs généraux en charge de la stratégie et des ressources humaines s’installer à Hong Kong, à l’instar de la famille de son président du directoire Jean-Pascal Tricoire (une décision privée). Grégoire Olivier, membre du directoire du constructeur automobile, a pour sa part rejoint Shanghai en 2010, s’appuyant sur son poste de direction de la région Asie.

Rester en France mais à quelles conditions, telle est la question qui devrait marquer les mois à venir.

Publié dansEntreprisesIndustrie