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Réforme territoriale : François Hollande en terrain miné

François Hollande doit convaincre de l’intérêt de la réforme territoriale, malgré une adhésion de principe à celle-ci.

La réforme territoriale serait-elle en train de se transformer en piège pour François Hollande ? Le président de la République, qui comptait répondre aux volontés régulièrement exprimées par les Français d’économies et d’une meilleure efficacité de l’action des collectivités, fait face à un accueil particulièrement mitigé de la nouvelle carte des régions présentée le 3 juin dernier.

Celle-ci, qui traduit un passage de 22 à 14 régions en les fusionnant en bloc sans redistribution territoriale a fait l’objet, dès sa publication, de nombreuses critiques notamment relatives à sa conception… Le chiffre définitif de régions a été annoncé en milieu de soirée, après l’envoi d’une tribune à plusieurs rédactions de la presse quotidienne régionale ne mentionnant pas ce nouveau compte tant attendu. La carte devrait encore évoluer, avec un possible rattachement du Limousin à l’Aquitaine.

Le chef de l’Etat souhaite « transformer pour plusieurs décennies l’architecture territoriale de la République ». « Notre organisation territoriale a vieilli et les strates se sont accumulées », a-t-il précisé. Son constat rejoint celui exprimé par les Français dans une étude publiée fin 2013 par l’Ifop : pour 54 % des sondés, la fusion de régions devait viser en premier lieu une réduction des coûts de fonctionnement, suivi, pour 31 % des sondés, d’une meilleure efficacité des moyens ayant pour trait le développement de l’économie et de l’emploi.

L’idée de pouvoirs locaux plus importants face à l’Etat ne semblait pas, en revanche, séduire les panélistes… Pour autant, les régions nouvellement regroupées « disposeront de moyens financiers propres et dynamiques ». De quoi leur garantir une (certaine) autonomie, notamment en matière d’économie et d’emploi.

Identités régionales, clivages politiques

Si les objectifs de la réforme semblent partagés, son application telle que prévue brise en revanche le consensus tant espéré par l’exécutif. 54 % des Français expriment leur désapprobation quant à la nouvelle carte territoriale. La fronde des « Bonnets rouges » bretons contre l’écotaxe, à l’automne dernier, a ainsi mis en lumière le fort attachement de nombreux habitants à leur région et – surtout – à leur identité régionale.

Le sort de la Bretagne a ainsi fait l’objet de multiples tractations, y compris entre les ministres. La région est, in fine, restée inchangée. La grande région Centre/Limousin/Poitou-Charentes n’a en revanche suscité, lors de sa présentation,guère d’enthousiasme. D’après l’Ifop, 84 % des Charentais-maritimes et 73 % des Charentais se sont ainsi prononcés en faveur d’un rattachement de leur région à l’Aquitaine.

Les clivages politiques jouent également un rôle non-négligeable dans ce brusque retournement de situation. 73 % de l’électorat socialiste interrogé par l’institut de sondage soutient la nouvelle carte, contre 37 % des électeurs du Front National et 35 % de ceux de l’UMP. Parmi les partisans déclarés de ces deux derniers partis, la proportion de personnes exprimant leur adhésion à la réforme a chuté de manière drastique sitôt la nouvelle organisation territoriale connue. « Tout se passe donc comme si l’électorat de droite était passé en quelques mois d’une adhésion de principe […] à la désapprobation du projet gouvernemental, motivée par son anti-hollandisme viscéral », explique le directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprises de l’Ifop, Jérôme Fourquet, dans une note.

Par rapport à la mise en œuvre de la réforme, 58 % des Français souhaitent que celle-ci fasse l’objet d’un référendum. Cette hypothèse, qui n’est pas du tout d’actualité, pourrait se révéler être une tribune pour ou contre la politique gouvernementale au sens large. Dans l’actualité récente, en avril 2013, la consultation sur la fusion territoriale alsacienne (les deux départements et la région) a été un échec patent pour ses instigateurs, avec un rejet massif… quand bien même l’idée d’un regroupement des collectivités est régulièrement plébiscitée dans les enquêtes d’opinion. L’illisibilité de l’avis des principaux partis politiques y a notamment été marquante.

Pour récolter les fruits de « sa » réforme, François Hollande devra convaincre qu’il ne s’agit pas d’une réorganisation guidée par des objectifs politiques, mais bien tournés vers l’intérêt de l’Etat. Il lui reste encore du chemin à parcourir…

Publié dansActualité socialeSociété