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Quelle politique pour redresser l’emploi des séniors ?

Mis à jour le 17 février 2011

Alors que les résultats du dernier plan séniors sont dévoilés, l’étude d’exemples étrangers et la perspective de la réforme des retraites incitent à une politique plus pragmatique, basée sur l’adéquation entre compétences et besoins.

38, 9% en France, 45,6% en moyenne dans l’Union européenne : le taux d’emploi des séniors (de 55 à 64 ans) fait figure de priorité à l’heure où s’ouvre le chantier d’une nouvelle réforme des retraites, qui devrait voir le jour dans les prochains mois. « Le coeur du débat doit être de lier la réforme des retraites avec l’emploi des seniors, sinon il sera difficile d’avancer », estime Martine Durand, économiste à l’OCDE. L’enjeu consiste notamment à concilier intérêt financier pour les salariés comme pour les entreprises, ainsi qu’à trouver un corollaire à l’allongement, programmé, du nombre d’années de cotisation et de l’âge légal de départ à la retraite.

Cherchez l’erreur : « Ce taux aurait dû baisser ces dernières années sous l’effet de l’accroissement du nombre de seniors de 60-64 ans. Or, il a augmenté de 37 % en 2003 à 38,9 % en 2009 », indiquait récemment au Monde Serge Volkoff, directeur de recherche au Centre d’études de l’emploi. Afin de conjurer le sort – ou de tenter d’améliorer la situation – la loi de financement de la Sécurité sociale prévoyait dès 2009 un plan d’action dont les premiers résultats commencent à être connus.

Les entreprises d’au moins 50 salariés devaient conclure un accord triennal sur l’emploi des séniors jusqu’au 30 janvier, les structures de 50 à 300 salariés étant soit couvertes par un accord de branche ou soit contraintes de parvenir à un accord avant la fin mars. Pénalité encourue : une pénalité équivalente à 1% de leur masse salariale.

Depuis septembre, plus de 26.000 plans d’actions ou accords auraient été conclus dans les petites et moyennes entreprises (moins de 500 salariés), tandis que 78 accords de branche auraient été signés dans ce cadre. La plupart des dépôts de dossiers ont eu lieu en janvier ou février. Selon le cabinet BearingPoint, 75% des mesures choisies par les firmes parmi celles proposées par le ministère du Travail concernent la formation et l’aménagement des fins des carrière.

Figuraient par ailleurs le recrutement de salariés âgés, l’anticipation de l’évolution des carrières professionnelles, l’amé­lioration des conditions de travail et la prévention des situations de pénibilité, l’amé­nagement des fins de carrière et de la transition entre activité et retraite ou la transmission des savoirs et des compétences et le développement du tutorat, selon les intitulés officiels.

Formation et valorisation des compétences

Toutefois, au-delà de ces accords, l’enjeu consiste à provoquer une prise de conscience durable parmi les chefs d’entreprise. Au-delà de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, c’est la place même des séniors sur les postes de travail qui est en question. La question de la pénibilité reste au cœur du débat – notamment dans des secteurs tels que l’industrie -, tout comme celle des fonctions pouvant être occupées. L’expérience acquise par ces salariés constitue un atout souvent négligé par les entreprises.

Les exemples étrangers permettent d’appréhender la situation de manière différente. En Finlande, le taux d’emploi des séniors est passé de 34% à 50% en l’espace de dix ans, preuve qu’un redressement significatif est possible. Un plan gouvernemental a fait office de déclencheur, le taux de chômage peu enviable de 9% étant également en ligne de mire. Au fil des années, les compétences ont été mises en exergue par le biais de campagnes, parmi lesquelles « L’expérience est une richesse nationale ». Par la suite, le droit à la formation a été renforcé, permettant une adaptation aux mutations économiques.

Pour rapprocher séniors et employeurs, le Pôle Emploi de Toulouse a mis en place une initiative originale consistant en un « club » de services : outils informatiques et séances de coaching sont déployés spécialement pour cette population particulière. La dispense de recherche d’emploi, qui concerne les chômeurs âgés de plus de 59 ans, étant vouée à une disparition progressive, la mise en place d’actions spécifiques s’impose. Les cadres constituent aujourd’hui le public le plus assidu aux services proposés à Toulouse.

Des secteurs en manque de bras, parmi lesquels le télémarketing, s’intéressent par ailleurs à cette main-d’œuvre disponible et soucieuse de se réinsérer professionnellement au plus vite. « L’enjeu était de sortir de l’idée du « petit boulot » pour aller vers un vrai métier, ce qui impliquait de ne pas se concentrer sur une population d’étudiants », explique à L’Express Philippe de Gibon, directeur général de ConversMarketing, basée à Nice. Une politique de contrats plus souples serait engagée. Avec une idée plus profonde : le lien entre salariés et clients, vieillissement de la population oblige…

Publié dansPolitique éco