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«Pour se digitaliser, les grandes entreprises doivent repenser leur mode de réflexion»

A Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le cabinet de conseil en transformation digitale Reloaded vient d’inaugurer House of codesign, un tiers-lieu destiné à la réflexion, en groupe, sur ces sujets avec l’aide d’intervenants. L’occasion, pour son fondateur Eric Lemoine, de présenter la méthode qu’il préconise auprès de grands comptes.

Comment les entreprises entrevoient-elles la transformation digitale ?

Eric Lemoine — Reloaded accompagne les grands comptes sur les sujets de transformation digitale depuis deux ans et demi. Je travaille sur des sujets de transformation depuis 1993 (notamment chez Apple, dans la photo et la musique, deux secteurs d’activité qui ont été bousculés par la numérisation des contenus). J’ai ensuite dirigé plusieurs web agencies. Le digital n’est plus un sujet d’outil mais de culture d’entreprise. On voit la révolution qu’a amené le smartphone : si l’outil est bien fait, il n’y a pas besoin de mode d’emploi. Il faut déjà avoir envie de régler un problème avant de penser à l’outil.

De quelle manière proposez-vous aux entreprises de travailler sur ces sujets ?

On ne peut pas imposer des solutions en mode top-down (le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, par exemple). Nous avons recours au personnel des entreprises clientes, de tous horizons et à tous niveaux dans la structure, pour régler une problématique. Le porteur du projet nous demande de l’aider à régler un problème formulé en une seule phrase. Les codesigners doivent répondre par « why ? » (pourquoi on le fait), « what ? » (avec quoi on fait cela : on lance un prototype, qui a une importance majeure car il s’agit du médiateur du projet), « how ? » (comment on va se mettre en ordre de bataille). Les sessions vont de 10 à 20 personnes. Ainsi, le ministère de l’Education nationale souhaitait faciliter la gestion des quatre millions de conventions de stages, de la troisième au doctorat, faites à la main. Pendant quatre jours, nous avons réuni des gens du monde scolaire, universitaire, des professionnels tels que des DRH…

Pourquoi lancez-vous un lieu dédié ?

Jusqu’à présent, nous louions des lieux pour faire ces ateliers. Il nous fallait un outil de  travail, d’où l’idée de lancer House of codesign, pour nos clients, mais aussi pour d’autres acteurs (le lieu peut être réservé). Autour de l’agora, nous pouvons organiser des ateliers avant une restitution dans la pitch zone. On insère, dans nos programmes, des interventions d’experts. On ne veut pas faire de la formation ; nous souhaitons que nos clients comprennent les enjeux d’un sujet (l’UX design, par exemple), pour qu’ils aient les clefs afin de bien faire leur travail (passer de l’idée au prototype). Les grands comptes ont recours à nos services, et cela va se démocratiser dans les grosses ETI et les PME, qui ont les mêmes problèmes de transversalité, de créativité…

Quels éléments méritent, selon vous, d’être approfondis par les grandes entreprises ?

Le monde va beaucoup plus vite que les grandes entreprises. Le système pyramidal ne fonctionne plus dans un monde en réseau. Les technologies que l’on a chez soi peuvent être bien meilleures que celles que l’on a au bureau ! C’est la première fois dans l’histoire. Les entreprises parfois peur des outils collaboratifs (mise en réseau, cloud…). Or, en 1993, les développeurs d’Apple, à Palo Alto, devaient travailler un jour par semaine de chez eux. Sur d’autres métiers, comme les hotliners, il faut pouvoir les faire monter en compétences sur les missions véritablement humaines. Dans l’informatique, 20% des appels ont réellement besoin d’une intervention humaine. Cela peut se faire à équipe constante, car certains appels ont besoin de deux, trois, voire quatre fois plus de temps, par exemple.

Publié dansEconomieEntreprisesManagement