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« Un makerspace, ce ne sont pas seulement des machines, mais aussi des compétences! »

Pionnier du mouvement « maker », ICI Montreuil revendique d’associer des machines et des savoir-faire au même endroit avec un espace de coworking doté de résidents créatifs.

Avec 1700m² de surface, ICI Montreuil constitue le plus grand makerspace de France. Ouvert à Montreuil (Seine-Saint-Denis) il y a deux ans et demi par Nicolas Bard et sa femme, qui souhaitaient “un lieu pour permettre aux entrepreneurs de la création de lancer leur activité, de la développer, de se former et d’avoir accès à un écosystème”, il réunit un espace de coworking ainsi que 45 machines et 14 ateliers et espaces de travail.

“Ce que l’on a constaté, et qui s’est amplifié depuis, c’est que le monde de l’innovation n’est obnubilé que par le numérique. En France, nous sommes les champions du monde des métiers du luxe, nous avons les meilleures écoles de design… Il faut relancer le made in France par les makers”, explique Nicolas Bard. Il répond aux questions de Business & Marchés.

Nicolas Bard
Nicolas Bard, cofondateur d’ICI Montreuil

Quel regard portez-vous sur le parcours d’ICI Montreuil depuis son ouverture ?

Nous existons depuis deux ans et demi et nous avons été rentables au bout de dix mois: ça ne court pas les rues! Nous avons 165 résidents (des abonnés mensuels), 350 utilisateurs, et 15 grandes entreprises en portefeuille (Renault, SNCF, Ubisoft, Holcim…) A ce jour, nous avons 3 activités principales, à commencer par la prestation de services (location de machines, accompagnement à l’innovation sous forme d’ateliers ou de brainstormings…) en s’appuyant sur les 62 savoir-faire de nos résidents que nous rétribuons pour imaginer de nouveaux concepts. Nous fabriquons également des prototypes et nous faisons du team-building dans un cadre original et concret.

Comment vous distinguez-vous dans l’univers des fablab et de la sphère “maker” ?

Disposer d’autant de savoir-faire au même endroit nous rend uniques. Nos ateliers sont pourvus de nombreuses machines (bois, métal, etc.) qui attirent les créateurs. De nombreux fablabs disposent également de nombreux équipements, mais sans les savoir-faire: on vous donne seulement le mode d’emploi, sans garantie d’arriver à un résultat final probant. Avec des compétences et des machines, nous valorisons ces deux moyens et nous souhaitons établir un lien entre nos deux activités. 90% de nos abonnés en coworking exercent dans les métiers créatifs (designers, architectes…) Nous avons également en résidence des entrepreneurs des métiers graphiques et du web, ainsi que des start-up telles que Zelip, qui propose de commander des meubles fabriqués sur-mesure en France.

L’usage des tiers-lieux tend à se développer. Comment participez-vous à ce mouvement ?

Nous sommes effectivement dans la famille des tiers-lieux où des entrepreneurs partagent des locaux. Toutefois, nous n’appartenons pas à la famille des lieux qui ne proposent que des espaces de travail partagés. Notre objectif est de créer un écosystème et de faire en sorte que nos résidents s’entraident et puissent développer leur activité. A Montreuil, nous fonctionnons en réseau avec une pépinière de start-up à 200 mètres, une brasserie artisanale, etc. Notre travail est d’aider nos résidents à booster leur business, pas seulement de les héberger.

De quelle manière envisagez-vous le devenir des tiers-lieux ?

Il y aura de plus en plus de lieux. Cependant, nombre d’espaces existants fonctionnent en silos: les espaces sont dédiés à un seul usage et se ressemblent. Je suis convaincu que des lieux “aimants” hybrides réunissant comme nous le faisons des activités de coworking et de fablab vont se développer en province afin de développer conjointement du business local et de l’entraide. Il est plus simple pour les marques et les collectivités de se référer à des lieux uniques et de les soutenir, avec des entrepreneurs réunis au même endroit. Nous ne sommes pas tous axés vers le digital, pas tous artisans… Ce mélange entre plusieurs activités ressemble beaucoup plus au fonctionnement de notre économie.

L'espace de coworking d'Ici Montreuil.
L’espace de coworking d’Ici Montreuil.

On assiste également à l’essor du “do it yourself”. Comment peut-on expliquer ce retour en force de la conception d’objets “par soi-même” ?

Ce n’est pas un retour en force, cela a toujours été le cas! La France est le pays qui compte le plus grand nombre de bricoleurs. La nouveauté, c’est que les outils numériques (imprimantes 3D, outils de découpe laser, etc.) rendent plus accessibles la conception d’objets. De plus en plus de Français se lancent dans des métiers liés à la fabrication et les fournisseurs de matériels “do it yourself” ne connaissent pas la crise. Aujourd’hui, le numérique aide à remplacer une poignée ou une partie d’un grille-pain… encore faut-il en avoir les compétences! Toute la population ne se mettra pas à faire par soi-même car il faut maîtriser les outils. Un logiciel de modélisation ne se prend pas en main en une demi-journée.

Nous mettons en place petit à petit des formations grand public, à l’instar de la Maker Box qui sera prochainement lancée par le magazine Usbek & Rica. Pour 59 euros, une relieuse d’art accompagnera les participants dans la création de leur carnet de notes. Vous pourrez aussi, dans une gamme de prix plus élevée, repartir avec votre chaise dont le code est ouvert, par exemple. Cette ouverture au grand public, c’est nouveau.

Un atelier grand public

Samedi 13 juin après-midi, ICI Montreuil ouvrira ses portes à l’occasion de la Clinique des objets. Les meubles, sacs, vêtements, bijoux ou bien encore chaussures apportés par les visiteurs seront diagnostiqués par des experts, et pourront être réparés ou restaurés en collaboration avec les professionnels présents, ou en les confiant après établissement d’un devis.

Photos : Julien Dominguez

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie