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Les pays émergents rattrapés par la crise

Pays émergents en question (2). « Les pays émergents sont touchés de plein fouet par la crise et on se demande maintenant quel moteur pourra faire redémarrer la croissance mondiale« , indique au Figaro Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM. « La crise frappe actuellement de nombreux pays émergents. Certains d’entre eux sont confrontés à des problèmes de balance des paiements. On est prêt à soutenir ces économies et on est en discussion avec certains de ces pays émergents« , soulignait récemment le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn.

Ces déclarations alarmistes attestent de l’implication des pays émergents au sein de l’économie mondiale. Toutefois, la fragilité de ces Etats constitue une variable non-négligeable dans la façon où ils subissent ses difficultés. La Chine, malgré sa propension aux échanges, semblait moins vulnérable à la crise. « La Chine est restée insensible à la crise financière grâce à son compte de capital relativement fermé. Ce qui me semble plus inquiétant, c’est qu’elle n’est pas du tout à l’abri des turbulences de l’économie réelle« , explique à L’Expansion Françoise Nicolas, économite à l’Institut français des relations internationales. Et pourtant, pour la première fois depuis plusieurs années, la croissance est passée sous la barre des 10 % au troisième trimestre. Selon un rapport de l’Association des entreprises à capitaux étrangers de Dongguan, cité par Le Point, 9.000 des 45.000 usines installées dans la région de Canton pourraient fermer d’ici la fin de l’année.

Nationalisation, interventionnisme

L’Amérique Latine, qui renouait timidement avec la croissance ces derniers mois, est elle aussi touchée par la crise. L’Argentine vient ainsi d’annoncer la nationalisation de son système privé de retraite par capitalisation. « Nous adoptons cette décision dans un contexte international où les principaux pays du G8 et d’autres mettent en oeuvre une politique de protection des banques. Nous, nous protégeons nos retraités et nos travailleurs« , s’est justifiée la présidente Christina Kirchner. Au Brésil, la chute du real, le ralentissement de la demande extérieure et le fort recul des matières premières menacent de faire trébucher la croissance l’an prochain, qui pourrait être réduite de moitié, aux alentours de 3 %.

Quant à la Russie, dont nous évoquions il y a quelques semaines les difficultés, elle doit faire face à des tensions monétaires: le rouble est tiré à la hausse, mais le ministre des Finances a évoqué l’hypothèse d’une spéculation sur une baisse de la devise. Face au dollar, le rouble connait un rapide affaissement, qui a contraint les autorités à prendre un arsenal de mesures, notamment sur les marchés financiers. La dégringolade de l’indice phare de la Bourse moscovite a aussi entraîné la fermeture de la place financière a de multiples reprises.

La rapidité des interventions étatiques et leur efficacité seront donc éprouvées lors de cette crise. « Certains pays émergents risquent de se retrouver en défaut de paiement« , met d’ores et déjà en garde Véronique Riches-Flores, économiste à la Société générale.

Publié dansEconomieMarchés et finance