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L'administration tente de se moderniser… en s'inspirant du privé

En s’inspirant des méthodes du secteur privé, l’administration tend vers davantage de souplesse, d’économies et d’efficacité.

Inefficace, coûteuse, difficile à réformer : les critiques contre l’administration et les pouvoirs publics sont légion, et pas seulement en France. Jusqu’alors, la solution mise en œuvre par les différents gouvernements a été de s’attaquer aux effectifs, la mesure la plus spectaculaire ayant été annoncé lors de l’entrée en fonction de l’équipe Sarkozy : le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux se poursuit depuis maintenant deux ans, une mesure aux visées principalement économiques. Les salaires et retraites des fonctionnaires représentent 43% des dépenses de l’Etat. Quant à la remontée de l’information et à la prise d’initiative, elles s’avèrent délicates par le nombre d’échelons. Mais, depuis plusieurs années, un vaste mouvement de réforme est enclenché.

La conduite de la Réforme générale des politiques publiques (RGPP), initiée en 2007, témoigne de ce changement amorcé au sein de l’administration. Selon le ministre du Budget et des Comptes publics Eric Woerth, sur les 374 mesures de modernisation décidées depuis deux ans, 95 % sont en cours de mises en œuvre : un résultat que n’importe quel chef d’entreprise souhaiterait atteindre dans un délai aussi court ! Un deuxième rapport s’apprête à paraître. « En décembre, nous avions des critères de lancement : y a-t-il un calendrier et des responsables ? Cette fois, nous regardons comment les projets avancent concrètement, en attribuant des feux verts, orange ou rouges », a expliqué le ministre dans le cadre de l’audition de ses collègues. Pas moins de 75 % des décisions correspondent au calendrier initial.

Nouvelles implantations et services regroupés

Le regroupement de services et la redéfinition des implantations constituent les principaux éléments de la RGPP. Depuis un an, les Impôts et le Trésor public ne font plus qu’un, au sein de la Direction générale des finances publiques : l’objectif est notamment de faciliter la coopération et le traitement des dossiers. Le contribuable pourra prochainement juger de ce changement en découvrant 150 guichets fiscaux uniques à destination des particuliers. Du côté de la Justice, c’est une nouvelle carte qui est en cours d’application, avec pour point d’orgue la réforme des implantations des tribunaux de grande instance, en 2010. Mais une levée de boucliers de la part d’élus locaux de tous bords a accompagné cette réforme. 385 millions d’euros seront par ailleurs nécessaires seulement pour l’immobilier.

La mutualisation de services, une solution préférée à l’externalisation (délégation de service public,..) fait son chemin dans l’administration. En Belgique et aux Pays-Bas, à des degrés différents selon les organisations de véritables centres de services partagés ont fait leur apparition, avec des services communs fonctionnant pour le compte de plusieurs administrations. L’informatique, la gestion du personnel et les finances sont les premiers postes qui ont servi de base à ce modèle : les fonctionnaires dédiés à cette tâche ne dépendent plus d’une administration donnée, mais travaillent pour plusieurs services dans leur domaine de compétence respectif. La mise en place de telles structures, même si elle est guidée par des critères économiques, peut contribuer à des objectifs opérationnels : en Belgique, un secrétariat s’occupe simultanément des polices fédérales (l’Etat) et locales.

Sur le plan du recrutement, l’idée d’une réforme des concours administratifs plane depuis longtemps, avec l’objectif de préférer la notion de compétences à celle de connaissances. Principalement fondés sur la culture générale, ils en viennent même à repousser leur cible : on a vu des doctorants se présenter au concours d’agent d’accueil du Sénat ! Sur ce point, les méthodes du secteur privé sont en vogue : en Australie, la moitié des critères de recrutement et d’avancement des hauts fonctionnaires sont constitués par les qualités en matière de management. En Suède, depuis 1965, une agence est dédiée à la mobilité des fonctionnaires, permettant la construction de carrières. Il s’agit également d’adapter les effectifs à la demande.

En plaçant l’administré et l’efficience au cœur de leurs préoccupations, les pouvoirs publics s’adaptent et tentent de changer l’image de l’administration, en tendant vers plus de flexibilité.

Publié dansActualité socialeSociété