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Distribution : vers une logistique plus verte

La grande distribution et les transporteurs travaillent de concert à une réduction de leur impact environnemental, pressés par le renforcement des contraintes réglementaires.

En France, 80% des marchandises transitent par la route. Ce chiffre, fourni par la Fédération nationale du transport routier, illustre l’ampleur du défi que tentent de relever, non sans mal, de nombreuses entreprises du secteur logistique : concilier performance économique et respect de l’environnement, tout en s’attaquant à la problématique du « dernier kilomètre », à savoir l’acheminement des colis jusqu’à leur lieu final d’arrivée.

Selon le groupe Casino, les livraisons représentent le troisième poste d’émissions de gaz à effet de serre dans la grande distribution, la clientèle et la génération de froid s’arrogeant les deux premières places. C’est en Ile-de-France, un des territoires les plus concernés par la question de la pollution et de l’engorgement urbain, que le distributeur tente d’innover en la matière.

Sa filiale Franprix, dont l’entrepôt principal est basé à Chennevières-sur-Marne, à 20 kilomètres de Paris, va limiter, à partir de juillet, certains convois routiers à quelques minutes, au port de Bonneuil, à partir duquel partiront des barges en direction de la capitale. Ce périple multimodal vise à réduire de 480.000 kilomètres par an le parcours de ses camions, soit 37% de tonnes de CO2 en moins. La partie la plus complexe de l’opération a consisté à trouver un entrepôt idéalement situé ainsi qu’un transporteur (Norbert Dentressangle en l’occurrence) pouvant prendre in fine le relais… avec des véhicules aux dernières normes environnementales.

Devancer l’action des pouvoirs publics

« Le niveau d’exigence s’accroît en permanence de la part des pouvoirs publics », témoigne dans le magazine LSA Hervé Daudin, en charge des activités marchandises et flux chez Casino. Le groupe stéphanois assure tester tous les scénarios possibles, en fonction des zones desservies. Chez Monoprix, depuis plus de quatre ans, des marchandises entrent dans Paris par train, puis sont acheminées en magasin par des camions silencieux. Il est en effet nécessaire, pour les distributeurs, de ménager toutes les parties… à commencer par les riverains des magasins, qui sont parmi les premiers à se manifester en cas de nuisances.

Les fournisseurs se plient également à cette volonté. Le groupe logistique Stef-TFE, spécialisé dans la gestion de la chaine du froid, et la filiale française de Ferrero viennent de lancer l’expérimentation d’un transport combiné mer/route entre Grand-Quevilly, près de Rouen, et l’agglomération parisienne. Ce sont 260 camions qui quitteront, sur une année, le bitume. La réussite du dispositif est conditionnée aux containers réfrigérés proposés par le prestataire du géant de l’agroalimentaire.

Pour passer d’un stade d’expérimentations locales à un déploiement plus conséquent de ces mesures, un arsenal réglementaire se renforce de manière continue. Zones d’actions prioritaires pour l’air, écotaxe poids lourds… : les dispositifs se multiplient. A travers le Grenelle de l’environnement, la France a fait figure de pionnier, poussant les autres pays européens à faire de même.

Frédéric Maille, directeur marketing de DHL France, confirme cette tendance aux Echos : « L’Europe a été le marché de lancement mais, depuis 2011, le déploiement est mondial », indique-t-il. Lancée en 2008, l’offre GoGreen consiste en un calcul des émissions de gaz à effet de serre représentées par les déplacements de sa flotte, et double cette évaluation d’une compensation.

En permettant aux entreprises de s’acheter une image plus verte sans qu’elles s’engagent pour autant dans des actions complexes à mettre en place, le transporteur redore lui aussi son blason et anticipe les nouvelles mutations de son marché.

Publié dansEntreprisesEnvironnement-SantéServices