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Crise: les difficultés s'aggravent pour les entreprises

L’assèchement du crédit interbancaire montre ses premières conséquences sur l’économie réelle: les entreprises peinent à trouver les fonds nécessaires à leur développement.

« Au-delà du secteur financier, le Conseil européen souligne sa détermination à prendre les mesures nécessaires pour soutenir la croissance et l’emploi« , expliquait mercredi soir la présidence française de l’Union Européenne dans un communiqué commun aux 27 Etats-membres. Il y a de quoi devoir s’activer, tant au niveau européen que national: la crise en cours depuis un an et demi affecte désormais les entreprises, ne se limitant plus à la sphère financière. La contagion tant redoutée à l’économie réelle prend forme.

Les difficultés du système bancaire, particulièrement médiatisées depuis un mois, sont à l’origine de cette propagation. Les banques étant plongées dans une crise de confiance, elles se prêtent moins entre elles, d’où le resserrement des conditions de crédit. Les mesures adoptées dimanche soir par l’Eurogroupe afin de dégripper les mécanismes mettront du temps à montrer leurs premiers effets, et n’empêcheront pas par ailleurs une récession aux Etats-Unis et une stagnation de la croissance en Europe, deux facteurs qui affectent eux aussi les entreprises. Les problèmes autour du crédit interbancaire qui persistent, les crédits aux clients qui se raréfient, la consommation qui montre des signes de faiblesse: le cocktail s’avère infernal pour les firmes, au premier rang desquelles les PME.

Les dirigeants s’inquiètent de cet enchaînement et tirent la sonnette d’alarme. Selon le commissaire européen aux Affaires économiques Joacquin Almunia, « doit commencer à songer comment mieux organiser toute l’économie, car nous commençons à souffrir aussi sur l’économie réelle, dans le secteur non financier de notre économie, et nous devons nous occuper de ces problèmes, de la croissance, de l’emploi et du bien-être des citoyens« . Le Premier ministre français François Fillon a pour sa part évoqué sur RTL une « panne de croissance« , amplifiée par les incertitudes économiques outre-Atlantique. « Si l’Amérique rentre en récession, c’est évidemment une très, très, très mauvaise nouvelle pour nous parce que ça veut dire que l’ensemble des pays développés vont connaître une année 2009 très, très difficile« , a-t-il estimé.

Des secteurs pénalisés par la crise

Dans ce contexte difficile, de nombreux projets sont remis en cause par les firmes, inquiètes de cette dégradation de la conjoncture. Dernière entreprise en date concernée, EDF: l’électricien français a annoncé avoir renoncé à lancer une contre-OPA sur l’américain Constellation Energy. « Compte tenu de la situation des marchés et en particulier des conditions difficiles de marché du crédit aux entreprises, EDF constate […] que les conditions ne sont pas réunies à ce stade pour présenter une nouvelle offre« , a expliqué la direction. Dans le secteur aéronautique, Airbus a pour sa part gelé ses cadences de production au niveau actuel. Plus largement, ce sont tous les acteurs de la branche qui sont pénalisés, entre recul du trafic cargo et passagers. De plus, malgré sa récente baisse, le prix du pétrole reste encore élevé pour les compagnies.

La flambée des prix des produits raffinés affecte par ailleurs le secteur automobile: en septembre, les ventes de voitures neuves ont reculé de 8,2 %. La raréfaction du crédit et les difficultés autour du pouvoir d’achat ont fini d’achever un marché déjà en difficulté. Les ventes de véhicules neufs sont revenues à leur niveau de 1998 ! En France, Ford fermera pendant six semaines son usine en Aquitaine, tandis que Renault réduira ses capacités de prodiction à Mulhouse. Le site de Sandouville serait lui aussi menacé, déjà touché par les méventes de la Laguna. En Espagne, 1.680 salariés se retrouveront dans les prochaines semaines au chômage, licenciés par Nissan. Près de 5.000 travailleurs seront par ailleurs mis à pied temporairement par Seat.

C’est donc l’industrie au sens large qui fait les frais de ces difficultés initialement financières, comme l’atteste le placement sous procédure de sauvegarde du numéro un français du meuble Cauval Industries, propriétaire des marques Mondial Kit et Dunlopillo. « C’est une illustration directe de la crise financière, a expliqué mercredi un porte-parole du groupe. Les établissements de crédit coupent les lignes de crédit sans qu’on sache vraiment pourquoi« , a indiqué un porte-partole du groupe selon L’Expansion. Les dettes du groupes seront gelées pendant six mois, en dépit d’un chiffre d’affaires en hausse de 55 % en 2007. Cauval met en cause « modification du comportement des banquiers traditionnels et des assureurs crédit, qui ne peuvent plus, ou ne veulent plus, assurer leur rôle« .

Au-delà de ces exemples, les défaillances d’entreprise ont grimpé dans l’Hexagone de 21 % sur un an entre janvier et juin, plombées par les secteurs de la construction et de l’immobilier. Une branche pourrait cependant mieux s’en tirer que les autres: le tourisme. Malgré un comportement moins dépensier des consommateurs, le stress généré par la crise devrait inciter les Occidentaux à « décompresser« , estime le ministre du Tourisme indonésien, qui se montre délibérément « optimiste« .

Publié dansEconomieEntreprises