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« Les bureaux deviennent un catalyseur du travail collaboratif »

Focus sur le rôle joué par l’aménagement des bureaux en matière de travail collaboratif.

Flore Saulnier / Jones Lang LasalleUne étude menée par le conseil en immobilier d’entreprise JLL (ex-Jones Lang LaSalle) met en exergue le rôle joué par l’aménagement des lieux de travail dans le développement des échanges entre collaborateurs. Flore Pradère-Saulnier, responsable de la recherche entreprises au sein du département Etudes & Recherche de JLL, répond aux questions de Business & Marchés.

Business & Marchés – Comment les entreprises peuvent-elles s’emparer de l’immobilier pour favoriser le travail collaboratif ?

Flore Pradère-Saunier – Notre étude révèle que l’immobilier devient un catalyseur du travail collaboratif, à condition de savamment doser trois ingrédients essentiels : la proximité, l’intimité et la « permissivité ».

La proximité d’abord, qui permet d’instaurer une logique d’horizontalité et de communauté de valeurs, en faisant tomber les barrières managériales. Cela passe par un environnement de travail favorisant le brassage et la socialisation, par exemple au travers de lieux de vie et de rencontres informelles, d’une ambiance « comme à la maison » ou de services proposés sur le lieu de travail.

L’intimité ensuite, qui correspond à la liberté offerte à chacun de choisir les lieux, les moments et les partenaires de son travail. Cela passe par un environnement de travail offrant une intimité visuelle et sonore, des outils technologiques rendant possible le travail nomade, et une palette de lieux de vie et de travail mis à la disposition des collaborateurs.

Enfin, les bureaux doivent garantir une certaine « permissivité », afin de rendre possible, voire d’inciter les collaborateurs à interagir de façon informelle et spontanée. Il s’agit de faire évoluer la culture organisationnelle vers un environnement de travail favorisant l’interaction et la co-création. Celui-ci doit offrir une variété d’espaces collaboratifs, jouer sur les atmosphères, voire réserver au sein de l’entreprise des espaces ouverts à ses partenaires et à ses clients, dans une logique d’innovation ouverte et d’écosystème.

« La performance d’une entreprise ne peut se résumer à la juxtaposition de contributions individuelles »

B&M – Développer le travail collaboratif dans les bureaux, n’est-ce pas contradictoire avec les tendances que sont le télétravail et le desk-sharing ?

F.P.-S. : Dans une société de plus en plus immatérielle, où les échanges sont de plus en plus virtuels, il est plus que jamais nécessaire de créer les conditions nécessaires au travail collaboratif. Si les outils tels que le télétravail et le desk-sharing sont indéniablement des leviers au service de l’efficacité individuelle et de la rationalisation des mètres carrés, force est de constater que la performance d’une entreprise ne peut se résumer à la juxtaposition de contributions individuelles, aussi performantes soient-elles. Bien au contraire, les entreprises les plus performantes aujourd’hui sont celles qui savent tirer profit de leur capital social (les relations que les individus tissent entre eux), aux côtés de leur capital humain (les compétences individuelles des collaborateurs).

B&M – Quelles sont les grandes tendances qui ressortent des témoignages que vous avez recueilli ?

F.P.-S. : Les entreprises interrogées dans le cadre de notre étude sont formelles : un environnement de travail bien pensé est un puissant incubateur du travail collaboratif. Il peut trouver son expression dans différentes formes : un « éco-campus » de l’innovation pour faire face à un environnement hyper-compétitif dans le cas d’Orange, la flexibilité des espaces et de l’organisation du travail pour une circulation de l’information chez Renault, le travail « coopératif » sur le campus du Crédit Agricole, ou encore les nouvelles conceptions du travail, de la création et des rapports humains dans les espaces de coworking. Autant d’exemples qui montrent que, aux côtés des outils managériaux, l’espace a un rôle considérable à jouer.

« Les bureaux ont le pouvoir de façonner les usages »

B&M – Quels enseignements en tirez-vous ?

F.P.-S. : D’une part,  l’espace est avant tout une affaire de proximité spatiale. En choisissant de positionner certains collaborateurs auprès d’autres, l’agencement des bureaux est en mesure d’orienter et de favoriser certaines logiques d’interaction et de socialisation. En facilitant ces dynamiques, l’espace est en mesure d’instaurer un climat propice à la proximité et à la confiance – deux ingrédients indispensables à l’établissement de relations de collaboration.

Ensuite, par-delà les questions de proximité spatiale, les bureaux ont, au travers de leur architecture intérieure, le pouvoir de façonner les usages. Par le biais de leurs espaces et de leur disposition dans le bâtiment, par l’intermédiaire de leurs couloirs, leurs salles de réunions, leurs ouvertures, leurs matériaux, les connections qu’ils établissent entre les différents étages et plateaux, la quantité et l’efficacité de leurs ascenseurs… les bureaux influent clairement sur les dynamiques d’interaction. Enfin, l’espace constitue un inestimable creuset de partage de connaissances et d’innovation.

B&M – Comment, en tant que conseil en immobilier d’entreprise, pouvez-vous accompagner cette démarche ?

F.P.-S. : Si de plus en plus d’entreprises cherchent à mettre en place des modes de travail collaboratifs, nous constatons que la mise en place de ces derniers est loin d’être évidente. En transformant la façon de créer de la valeur, le travail collaboratif modifie en effet profondément les modes relationnels, se heurtant à de nombreuses barrières : panne de confiance, priorité donnée aux performances individuelles au détriment des objectifs communs, réticence à partager l’information, logique de silos, etc.

En tant que conseil immobilier, notre rôle est d’aider nos clients à prendre conscience que leurs bureaux, maniés avec adresse, ont le pouvoir d’apporter des solutions à ces problématiques organisationnelles. A condition de savoir justement doser proximité, intimité et « permissivité », ils peuvent faire tomber les barrières, favoriser les échanges, stimuler l’innovation… Car si le travail individuel peut se déporter dans une multitude de lieux, le travail collaboratif est par nature un mode d’interaction pour lequel les bureaux d’une entreprise peuvent se distinguer. Ils sont le centre névralgique de l’organisation, l’endroit où la culture d’entreprise se fabrique et se transforme.

Publié dansEconomieEntreprisesManagement