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L’agriculture face aux évolutions du contexte sociétal

Le poids des normes environnementales, les difficultés à renouveler les effectifs et la forte demande en produits régionaux entourent l’activité des agriculteurs.

Même si la part des agriculteurs dans la population française a fondu ces dernières décennies, le Salon de l’agriculture, qui s’est ouvert ce samedi, constitue l’occasion, pour les candidats à l’élection présidentielle, d’adresser des gages et des preuves de sympathie à l’égard des professionnels d’un secteur qui demeure à l’économie. Les préoccupations économiques et sociales constituent le canevas de leur programme, et ont par ailleurs des conséquences sur l’activité des exploitants.

Les contraintes environnementales en ligne de mire

Après des débuts mouvementés, Nicolas Sarkozy a ainsi rectifié le tir dès l’an dernier, en freinant ses ambitions environnementales et en ménageant cette catégorie socioprofessionnelle. « Il y a trop de suspicions à l’endroit des agriculteurs. Ils ne sont pas les ennemis de l’environnement, de la nature », a-t-il indiqué dans un entretien publié ce vendredi par La France agricole. Cette prise de position intervient dans un contexte économique particulièrement difficile pour une partie de la profession, et tranche avec le désir de certains candidats d’engager une réorientation vers davantage de pratiques « durables ».

Ce débat sur les méthodes employées dans le cadre de leur métier irrite bon nombre d’exploitants, qui mettent en exergue les efforts faits ces dernières années pour tendre vers davantage d’exemplarité en matière écologique. « Je refuse une écologie punitive que je préfère remplacer par une écologie responsable et intelligente », expliquait ainsi, début février à La Dépêche du midi, le président de la FNSEA Xavier Beulin. La Voix du Nord rapporte les temps forts d’une réunion professionnelle s’étant récemment déroulée à Boulogne-sur-Mer, mettant en exergue un fort mécontentement contre l’accumulation de mesures environnementales.

Convaincre les jeunes de s’installer

Cette controverse – qui, au sein de la campagne pour l’élection présidentielle, transparaît peu – l’est donc essentiellement sous l’angle des conséquences économiques engendrées par ces contraintes.  La hausse des coûts de production ainsi que la sécheresse ont rendu l’année écoulée particulièrement éprouvante pour de nombreux professionnels, qui ont peu profité de la hausse de la plupart des produits agricoles, à l’exception notable des fruits et légumes.

Les agriculteurs sont en effet nombreux à éprouver d’importantes difficultés financières, pénalisant par ailleurs l’attractivité d’une profession qui a perdu, sur le plan de la main-d’œuvre agricole permanente, 26 % de ses effectifs ces dix dernières années. « Le coût moyen d’une installation en individuel s’élève à 125 400 €, contre 87 600 € en 2005 », rappellent pour leur part les Jeunes Agriculteurs. Seuls 19% des chefs d’exploitation ont moins de 35 ans.

Selon cette organisation, 15.000 personnes prennent toutefois la peine de s’informer auprès des « Points infos » distillés sur le territoire. L’essor d’Internet a par ailleurs permis de renforcer le contact avec les exploitations.

Dans l’Aveyron, organisations professionnelles et institutions travaillent de concert pour pallier aux départs et inciter les jeunes à rejoindre le département. Le président des Jeunes Agriculteurs du département témoigne, dans La Dépêche du Midi, du succès de cette action : son territoire est, « avec l’arrivée de 115 jeunes de moins de 40 ans en 2011, le premier département Français en terme d’installation ». Les rencontres organisées par les chambres consulaires constituent un des pivots de cette politique.

Une demande forte de produits du « terroir »

De telles actions sont également orientées en direction du grand public, la demande en produits territorialement identifiés étant particulièrement forte. Sous l’impulsion de quelques régions pionnières, les lieux de production ne se cachent plus, permettant une revalorisation de l’image des agriculteurs, acteurs de leurs territoires. Raison de plus pour ces derniers que d’appréhender ces évolutions. « Ils sont au début de la chaîne de valeur, ils en font partie, c’est important qu’ils comprennent les besoins », explique au quotidien canadien La Presse Johanne Labrecque, professeur à HEC Montréal.

Les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées viennent de lancer la marque Sud-Ouest France, qui s’ajoute à des labels implantés depuis de nombreuses années, comme Sud de France (Languedoc-Roussillon) ou Produit en Bretagne, qui continuent donc à faire des émules. « Nous voulons profiter de l’image forte du Sud-Ouest en termes de gastronomie, de qualité de vie et de sites touristiques », a indiqué Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées.

Ces marques ombrelles bénéficient à une poignée d’entreprises agricoles, de taille suffisamment importante pour entrer dans les cahiers des charges préalablement définies, mais permettent d’impulser une dynamique autour d’une région. Les initiatives locales, plus facilement accessibles aux petits exploitants, rebondissent sur cet engouement. L’essor du phénomène des « locavores », qui privilégient la consommation locale et les circuits courts, en témoigne. De quoi redonner de l’espoir à une profession en crise.

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