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Sortie de crise: les salariés entre résignation et contestation

Mis à jour le 15 mars 2011

Les salariés font part de demandes fortes sur les salaires, et abordent la sortie de crise résolument pessimistes. Faute d’opportunités professionnelles, ils aspirent à une meilleure considération au sein de leur entreprise.

Inquiets pour leur emploi, les salariés n’en demeurent pas moins exigeants à l’égard de leur employeur. Différentes enquêtes, parues ces dernières semaines, mettent en exergue l’importance accordée à la politique sociale des entreprises, ainsi que la volonté d’une meilleure prise en considération de la part de leurs supérieurs.

Selon une enquête Ipsos/Logica réalisée pour Les Echos, 76% des salariés sondés souhaitent, comme premier outil de motivation, une augmentation de salaire, 35% d’entre eux estimant par ailleurs les rémunérations actuelles des dirigeants de leur entreprise comme « excessives ». La crise a mis en évidence le caractère sensible des rémunérations, dont le poids tend à se renforcer dans les demandes émanant des employés. 75% des salariés interrogés se déclarent prêts à travailler plus afin d’accroître leur salaire : les mesures attenantes de la loi TEPA, votée à l’été 2007 peu après l’élection de Nicolas Sarkozy, ne semblent pas avoir pleinement réussi, la dégradation du contexte économique entrant notamment en jeu.

Alors que le président de la Banque centrale européenne a pourfendu le principe d’une indexation des salaires sur l’inflation, telle que pratiquée en Belgique, « Au risque de décevoir Monsieur Trichet, il faut, en cette période de reprise et de guerre des talents, augmenter les salaires des meilleurs éléments », explique Olivier Gélis, directeur général de la filiale française du cabinet de recrutement Robert Half International. Il s’exprimait récemment dans un entretien accordé à Net-PME. L’amélioration des performances économiques des entreprises doit donc constituer, pour le manager, un moyen d’accroître la rémunération et la motivation des salariés les plus impliqués.

Identifier et motiver les meilleurs éléments

La question de la motivation, indépendamment des critères financiers, reste en effet très importante aux yeux des salariés. La crise économique avait accentué la démotivation des troupes, comme le constatait il y a deux ans le premier Baromètre de l’absentéisme, tandis que sa dernière édition fait part d’un léger mieux dans l’assiduité des travailleurs. 80% des salariés, qu’ils relèvent du secteur privé ou du secteur public, se déclarent « plutôt » ou « très » intéressés par leurs fonctions, la prise de risques constituant un facteur de motivation toujours important. Quatre salariés du privé sur dix sont toutefois convaincus qu’ils devront pointer au chômage dans les prochaines années (Altédia/Ipsos). Un chiffre important qui reflète la peur des conséquences d’un climat économique toujours morose.

La mobilité professionnelle est particulièrement impactée par ce ressentiment. « Même s’ils se disent insatisfaits, les salariés d’aujourd’hui ne sont pas prêts à changer d’employeur. Ils préfèrent renforcer leurs compétences en s’appuyant sur les formations », indique au Figaro Armelle Carminati-Rabasse, directrice générale Capital humain et diversité chez Accenture.

Même si l’insuffisance des rémunérations et l’absence de possibilités d’évolution affectent les troupes, la difficulté éprouvée à retrouver un emploi à des conditions égales ou meilleures freine les transferts d’une entreprise à l’autre. Seuls le middle et le top management semblent réellement identifier des opportunités en cette sortie de crise. Cette situation peut représenter un avantage, pour les entreprises, d’identifier et de faire progresser leurs meilleurs potentiels dans une période où ils ne « butinent » guère.

Chez Zappos, un site américain de vente de chaussures, il a été décidé d’octroyer « des promotions plus rapprochées : tous les six mois, au lieu des dix-huit mois habituels. Au final, le résultat est le même en termes de formation, certification et salaire, mais les employés sont plus heureux car ils perçoivent beaucoup mieux les progrès réalisés », témoigne son fondateur Tony Hsieh dans L’Entreprise. Un mode de management – réaliste sur le plan financier et efficace en termes de motivation – résolument adapté à la crise ?

Publié dansActualité sociale