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La prime de productivité de la digitalisation dans la construction mécanique

Les technologies numériques de nouvelle génération permettent aux fabricants d’optimiser leurs performances grâce à la hausse de la productivité, à l’amélioration de la planification et des prévisions, à l’augmentation de la compétitivité et de l’accessibilité financière.

TRIBUNE. La digitalisation croissante de l’environnement de la construction mécanique influence les tendances actuelles en matière de développement de machines-outils et d’automatisation industrielle.

Ces tendances sont de trois ordres : premièrement, les algorithmes d’apprentissage automatique intégrés dans le logiciel d’exploitation, qui aident les systèmes à se régler automatiquement et à affiner leurs paramètres afin d’augmenter la précision et l’efficacité[1] ; deuxièmement, la modularisation, qui permet aux constructeurs de machines-outils de séparer, relier ou combiner divers modules de production afin de créer une variété de produits sur mesure sur un même site ; et troisièmement, la fonctionnalité Supervisory Control and Data Acquisition (SCADA)[2], reposant sur des capteurs numériques, qui permet aux constructeurs de recueillir et d’archiver des données de production, d’exploiter ces informations pour faire des prévisions et d’améliorer le processus à distance.

Bien que la productivité fasse intervenir des éléments différents selon les secteurs et les pays, son accroissement (produire le même nombre de produits pour moins cher ou davantage de produits pour le même prix) a un effet positif clair et calculable sur les coûts et les marges. Cet effet, appelé prime de productivité de la numérisation, est le thème d’une étude[3] menée par Siemens auprès de 60 sociétés industrielles internationales, bureaux de conseil en gestion et experts universitaires dans 11 pays. Le modèle obtenu a permis d’estimer le montant de la prime de productivité de la numérisation dans différents secteurs. Cette prime potentielle, tous secteurs confondus, est estimée être comprise entre 6,3 % et 9,8 % du chiffre d’affaires annuel total du secteur d’ici 2025.

En outre, l’étude se penche spécifiquement sur les gains potentiels pour le secteur de la construction mécanique. L’application du modèle à ce secteur dans chacun des 11 pays étudiés a permis d’estimer le montant de la prime de productivité de la numérisation engendrée par l’investissement dans l’Industrie 4.0[4]. Les chiffres obtenus constituent une estimation des gains financiers potentiels résultant directement de l’accroissement de la productivité manufacturière lié à la transformation numérique. Dans ce secteur, il est estimé que la conversion aux technologies numériques pourrait engendrer une prime de productivité de la numérisation mondiale comprise entre 103,2 et 160,5 milliards de dollars.[5]

Grâce à la digitalisation, le développement et les tests des configurations des machines sont certainement devenus plus faciles, plus rapides et moins coûteux. Les machines sont développées dans un environnement virtuel, les diverses options et configurations sont testées et les résultats sont présentés au client avant la finalisation de la spécification physique et la construction. Les modules logiciels sont également testés dans le même environnement. Selon une source, cela peut éliminer jusqu’à 80 % du travail requis jusqu’alors pour développer les applications de commande des machines.[6]

Digitalisez vos usines

Mais s’il est vrai que la digitalisation favorise la pérennité financière, l’accès à une gamme de solutions financières  adaptées (le « Financement 4.0 ») est tout aussi essentiel pour permettre aux entreprises d’investir dans les technologies et les équipements automatisés de quatrième génération. Le Financement 4.0 couvre une variété de besoins, allant de l’acquisition d’une machine unique au financement d’une usine tout entière.

Cela a conduit au développement d’outils de financement qui permettent à une entreprise d’affecter tout ou partie de sa prime de productivité de la numérisation au financement des technologies et équipements numériques qui engendrent la prime en premier lieu. En termes simples, ces méthodes de financement cherchent à aligner le paiement des technologies de nouvelle génération sur le montant de la prime de productivité de la numérisation. Généralement, elles peuvent rendre l’acquisition des technologies numériques abordable et, potentiellement, neutre (ou positive) en termes de coûts pour le fabricant.

Les techniques spécialisées sont les suivantes :

  • Financement pay for outcomes – Ces montages associent les paiements aux gains commerciaux escomptés, ou « outcomes », tirés des technologies d’automatisation ou de digitalisation (économies d’énergie, par exemple).
  • Mise à niveau et mise à jour des technologies – Le montage peut aussi proposer des options de mise à niveau des technologies pendant la période de financement pour, par exemple, remplacer un ancien modèle par un modèle plus récent ou apporter des améliorations à la plateforme technologique.
  • Financement de transition – Ces montages diffèrent le paiement du nouveau système jusqu’au moment où il devient opérationnel, éliminant ainsi toute période de duplication des coûts pour le fabricant.
  • Financement de logiciel – Comme les sociétés de financement spécialisées ont une bonne compréhension des logiciels, ainsi que des avantages qu’ils vont probablement procurer dans la pratique, elles sont capables d’évaluer les risques associés et d’intégrer l’aspect logiciel dans le montage financier.

Pour identifier le montage financier le mieux adapté à la digitalisation d’un site de production, il convient d’élaborer une solution technologique complète. Que ce soit pour le financement de machines ou de logiciels, d’une chaîne de production ou d’une usine entière, la gamme de techniques de Financement 4.0 donne aux constructeurs de machines-outils les moyens d’accéder dans la pratique à la prime de productivité de la numérisation.

Thierry Fautré, président, Siemens Financial Services (France)

  • [1] Machine Building, Industrial automation trends – predictions for 2017
  • [2] Remote Magazine, SCADA Market is leading its Way for Robust Growth, 31 août 2017
  • [3] Siemens Financial Services, « La prime de productivité de la numérisation dans quatre secteurs », novembre 2017
  • [4] Le pourcentage médian de la prime a été appliqué au chiffre d’affaires annuel total du secteur de la construction mécanique dans des pays sélectionnés du monde entier (les données de chiffres d’affaires officielles sont tirées de sources tierces officielles).
  • [5] Chiffres moyens de la prime de productivité de la numérisation tirés de 60 entretiens avec des fabricants internationaux, bureaux de conseil en gestion et experts universitaires dans 11 pays (exprimés en pourcentage du chiffre d’affaires total).
  • [6] Automation Update, Overcoming machine building challenges in Industry 4.0, mai 2017
Publié dansEconomieIndustrieIndustrie financière