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L’industrie face aux hausses des matières premières

La flambée des cours des matières premières contraint les entrepreneurs à devoir procéder à des arbitrages. Hausses de tarifs, réorganisation de la production, intégration verticale: la créativité fait office de maître-mot face à un mouvement plus facile à contempler qu’à maîtriser.

143,67 dollars le baril de brut à New York, un record induit par des inquiétudes quant aux perspectives de disponibilité de pétrole et à la suite de tensions géopolitiques; les cours du maïs attisés par d’importantes inondations aux Etats-Unis, la tonne d’acier estimée à 770 dollars en septembre par Arcelor Mittal, les mouvements spéculatifs qui ne cessent de ganer du terrain: autant de paramètres qui pèsent sur l’industrie, premier secteur concerné par la hausse des prix d’un large panel de matières premières.

Le secteur manufacturier fait partie des plus pénalisés. A défaut de pouvoir compter sur une intégration verticale (les éléments nécessaires au processus de production sont réunis au sein de la même entité), les entrepreneurs doivent faire le jeu des synergies, compresser leurs marges ou procéder à des augmentations de tarifs. Non content de réutiliser des éléments déjà présents sur d’anciens modèles chez Dacia (Logan), Renault devrait se résoudre à accroître ses prix de vente à court terme, a annoncé son président Carlos Ghosn. Vallourec, le leader mondial des tubes sans soudure en acier, a certes accru son bénéfice l’an passé, mais aussi lancé un plan de réduction des coûts d’un montant de 200 millions d’euros destiné à mettre « prioritairement l’accent sur : le taux d’utilisation des outils, les gains de consommation de matière et les économies d’énergie ».

En pleine envolée des cours de l’acier, Arcelor Mittal a indiqué vouloir accroître ses tarifs de 60 % auprès de ses clients automobiles. « Nos hausses de coûts correspondent à cette proportion. Et nous cherchons des étapes progressives en vue d’adapter les prix pour éviter une augmentation importante et douloureuse l’an prochain. Le déséquilibre entre l’offre et la demande est durable. C’est pourquoi le prix de vente d’une tonne d’acier sur le marché au comptant a doublé en un an, passant de 600 à 1.200 euros », a expliqué à un magazine allemand Jean-Luc Maurange, vice-président de la division automobile.

Les transporteurs sont aussi concernés par la hausse des prix des produits raffinés, au premier rang desquels le carburant. « Nos actions sont très réussies notamment dans la région parisienne. Nous sommes obligés de monter en puissance, cela fait plus de six mois que nous avons fait toutes les actions possibles d’information au niveau du gouvernement », a annoncé ce lundi sur Europe 1 le président de la Fédération nationale des transports routiers Patrick Vermot-Desroches, engagé dans un mouvement d’action destiné à interpeller le gouvernement. Les compagnies aériennes jouent pour leur part la carte de la surcharge carburant ( « La moitié de cette augmentation sera supprimée dès que le cours du baril se stabilisera durablement au-dessous de 120 $ », assure toutefois Air France) et de plans de réorganisation des vols.

Les secteurs manufacturiers et du transport ne sont pas les seuls à souffrir. L’industrie agroalimentaire n’est pas non plus épargnée. Fragilisés par l’envolée de denrées essentielles telles que le beurre, le blé ou même le cacao, les industriels sont contraints d’augmenter leurs tarifs, une décision difficile à prendre dans un contexte difficile pour le pouvoir d’achat des ménages. « Nous n’allons tout de même pas faire des gâteaux bretons à la margarine ! », indiquait l’an dernier à Rue89 Mickaël Le Jossec, président de l’entreprise bretonne Pâtisseries gourmandes. Depuis, la situation n’a cessé d’empirer. Profiter de la vague santé pour réduire la consistance des barres chocolatées (Mars), changer la composition des recettes, procéder à des acquisitions… Toutes les solutions sont bonnes pour faire face à ces hausses de coûts, généralisées et affectant la plupart des intermédiaires.

Dans ce contexte, les entrepreneurs devront sans doute apprendre à exister avec un pétrole cher et les atermoiements des marchés. Une conversion à marche forcée qui ne fera pas que des heureux, les consommateurs figurant au premier rang, mais de surcroît nécessaire dans un univers profondément globalisé.

Publié dansEconomie

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