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Quelle stratégie pour la France face à la mondialisation ?

Publication remarquée au niveau européen et dont la qualité a été soulignée par José Manuel Barroso, un document publié par le Centre pour les relations transatlantiques (un consortium américain) analyse les points forts et les points faibles de la stratégie française dans le processus de mondialisation.

« La France joue relativement bien le jeu de la mondialisation. Elle a considérablement bénéficié de l’expansion du commerce mondial, des investissements et des capitaux, mais a bénéficié de façon inégale des flux des personnes et des idées. La France possède des forces internes importantes et les moyens de tirer profit de la mondialisation. Mais le changement s’avère difficile pour une société habituée à compter sur l’État pour fournir des emplois, redistribuer les revenus, protéger contre les importations indésirables, promouvoir les secteurs industriels prestigieux, et mettre en avant la grandeur nationale »

En résumant ainsi la situation, Daniel Hamilton, Directeur Exécutif du Consortium Américain sur les Etudes de l’Union européenne et Joseph P.Quinlan, professeur à l’Université de New York, mettent l’accent sur la dynamique actuelle française: une volonté de s’intégrer dans cette vague mondiale, des moyens pour y parvenir, mais une propension à se rattacher à l’Etat toujours très forte. Ce point de vue prête évidemment à polémique; aux Etats-Unis, où l’aspect libéral apparaît comme plus poussé que dans l’Hexagone, il est plus facilement accepté. Le poids du fonctionnariat et l’importance des organismes sociaux semblent ralentir l’immersion de la France dans la mondialisation, selon les auteurs. Une politique libérale, oui, mais point trop n’en faut, pourrait-t-on dire.

Commerce international : une situation à double tranchant

« Contrairement à l’Allemagne, où les exportations nettes ont accru le PIB réel au cours des quelques dernières années, la balance commerciale de la France s’est détériorée. La force de l’euro a posé un défi aux exportateurs français mais, en général, les entreprises françaises ont été moins disposées à se restructurer en fonction de l’évolution de la demande mondiale que leurs homologues allemandes. Par conséquent, le coût unitaire de main-d’oeuvre a augmenté en France au cours des quelques dernières années, ce qui a réduit la compétitivité relative des prix des produits français »

Cinquième exportateur mondial (l’Allemagne figure au premier rang) et sixième importateur, la France n’a pas à pâlir de sa place sur l’échiquier commercial international. Quatre fois plus importantes que celles de l’Inde en 2006, les exportations françaises de biens jouissent d’une puissance remarquée. Cependant, l’ouverture de la France sur l’espace mondial n’est que relative, 65% des exportations réalisées l’an passé s’étant déroulées à destination d’autres Etats membres de l’Union européenne. Il faut attendre la sixième position (les Etats-Unis) sur la grille de nos principaux marchés à l’exportation pour observer la présence d’un acteur extra-européen. La concurrence des pays en développement, aux coûts plus faibles que les nôtres, pourrait être ressentie comme une incitation à améliorer notre compétitivité-prix et à développer notre politique de recherche et développement afin de commercialiser davantage de produits exclusifs.

Recherche et développement : la France en retard

« Par d’autres évaluations, celles de l’innovation, la France est en retard sur d’autres pays européens. Une série de rapports réalisés pour la Commission Européenne a conclu que la Suède, la Suisse, la Finlande,le Danemark et l’Allemagne sont classés en tête de liste des leaders de l’innovation mondiale.[…]Malgré ces forces, la France mobilise ses ressources en Recherche & Développement avec inadéquation« 

Selon l’OCDE, la première région française en matière d’innovation (Rhône-Alpes) ne se classe qu’à la dixième position sur l’échelle mondiale: avec un tel niveau, difficile de prétendre faire partie des cadors en matière de R&D ! Tandis que le sud de la Chine investit dans les technologies de l’information, le Japon dans les nanotechnologies et le Danemark dans les énergies renouvelables, difficile de dégager de grands projets en France. Les pôles de compétitivité, crées en 2004 et associant entreprises et universités dans un bassin donné sur des thématiques variées, commencent seulement à faire leurs preuves. Treize d’entre eux, qui n’ont pas rempli leur mission, bénéficient d’un an pour corriger le tir. Dans le domaine des nouvelles technologies, hormis Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), issue d’un groupement privé, la France ne brille guère par son développement. La Silicon Valley californienne conserve encore une longueur d’avance.

« Malgré la réputation de la France pour son hostilité envers la mondialisation, les entreprises les plus importantes du pays se sont plus mondialisées au cours des dix dernières années. Le chiffre d’affaires des multinationales françaises a augmenté d’une moyenne de 10 % en 2007, en grande partie à cause de leur engagement dans l’économie mondiale », expliquent Daniel Hamilton et Joseph P.Quinian. Une manière de souligner le paradoxe français, qui veut que l’interventionnisme étatique ne bloque pas l’entrée du pays dans le processus de mondialisation, mais ne fait, aux yeux des auteurs, que le ralentir.

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