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Comment l’économie britannique se porte dans l’attente du Brexit

Baisse de la livre sterling, faible inflation, hausse des ventes au détail : l’économie du Royaume-Uni pâtit peu, pour l’heure, de l’incertitude sur la concrétisation du Brexit.

Le 23 juin dernier, le Royaume-Uni faisait un premier pas, suite à un référendum, vers la sortie de l’Union européenne. La situation n’a guère évolué depuis. D’après la Commission européenne, la croissance se rédurait de moitié en 2017, à 1 %, contre 1,9 % en 2016, avnt de gagner 1,2% en 2018. Pour comprendre les ressorts de l’économie britannique, Business & Marchés a interrogé Nicolas Tarnaud, économiste, Frics (Royal Institution of Chartered Surveyors), professeur à Financia Business School et chercheur associé à l’Université Bordeaux IV.

Constate-t-on un attentisme, de la part des investisseurs, dans cette période d’incertitudes sur la concrétisation effective du Brexit?

Nicolas Tarnaud — Selon l’institut de recherche CEBR (Centre for Economics and Business Research) 76 milliards d’euros  d’investissements ont été reportés ou annulés par les entreprises au Royaume-Uni depuis le 24 juin. Les investisseurs privés et institutionnels considèrent que les indicateurs économiques ont bien résisté au résultat du vote. Avec un taux de chômage à 4,8% fin septembre, l’Angleterre a retrouvé son plus bas niveau depuis 2005. Les Britanniques n’ont pas vraiment réduit leurs dépenses quotidiennes puisque leurs conditions de vie n’ont pas réellement changé depuis le référendum. Les institutionnels n’ont pas abandonné le marché actions. Ce dernier s’est même valorisé depuis le Brexit. Aussi, les investisseurs industriels attendent de voir l’évolution des prochains taux directeurs de la Banque d’Angleterre, l’évolution des négociations avec Bruxelles et le niveau de l’inflation. Dès lors, toute perspective d’assouplissement monétaire s’éloigne excepté si un «hard Brexit» se mettait en place. En outre, les salaires risquent de ne pas suivre le rythme de la hausse des prix provoquant ainsi une baisse de la consommation dès 2017. Les ventes au détail devraient baisser dès janvier 2017, lorsque les entreprises répercuteront aux consommateurs la hausse des prix des produits importés liés par la dépréciation de la livre. Au final, le pouvoir d’achat des ménages devrait diminuer, au risque de peser sur la consommation et donc sur l’activité économique du pays. Aujourd’hui, les investisseurs vont suivre le flight to quality pour les actifs sécurisés tels que les obligations indexées sur l’inflation ou les actifs plus risqués comme les actions.

De quelle manière le cours de la livre sterling a-t-il évolué suite aux résultats du référendum sur le Brexit?

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, n’a pas eu besoin d’injecter les 250 milliards de livres sterling prévues pour soutenir la liquidité nécessaire aux marchés monétaires et obligataires afin d’éviter un éventuel credit crunch. La chute de la livre sterling depuis le 24 juin a poussé la devise à son plus bas niveau depuis 31 ans face au billet vert. Entre juillet 2015 et juillet 2016, la livre sterling a perdu 25% face au dollar. La monnaie britannique s’est dépréciée de près de 20% depuis le résultat du référendum face au dollar et de plus de 14% face à l’euro au 16 novembre 2016. La faiblesse de la livre profite aux grandes entreprises britanniques réalisant d’importantes exportations. Ces dernières sont devenues 20% plus compétitives en dollar depuis la fin juin. Par ailleurs, grâce à la chute de la livre, l’industrie touristique britannique est l’une des rares du pays à avoir pu profiter immédiatement des conséquences du Brexit.

Comment les prix à la consommation évoluent-ils au Royaume-Uni?

Il est encore trop tôt pour constater une réelle inflation. Cette dernière se manifeste généralement par la dépréciation de la monnaie dans un premier temps, puis elle se répercute sur une hausse des prix.  Les prix à la consommation au Royaume-Uni ont augmenté de 0,9% en rythme annuel au mois d’octobre. Contrairement aux attentes des acteurs économiques, l’inflation a légèrement diminué par rapport à septembre évoluant en rythme annuel à 1%. L’Office national de statistiques (Office for National Statistics) indique que les ventes dans les magasins de vêtements et de chaussures ont augmenté de 5,1% en octobre. Par ailleurs, entre septembre et octobre 2016, les frais d’inscription dans l’enseignement supérieur ont augmenté de 2%. Les prix dans l’hôtellerie et la restauration ont baissé de 0,1% durant la même période. Enfin, les prix à la production ont augmenté de 2,1% en octobre, en comparaison annuelle, et de 1,9% hors pétrole et alimentation, boissons et tabac.

Comment peut-on expliquer la bonne tenue de la consommation dans ce contexte d’après-référendum?

Sur une année glissante, la progression des ventes au détail a progressé de 7,4%. Ce secteur d’activité a également bénéficié des achats réalisés par les touristes étrangers venus profiter de l’attractivité de la devise anglaise depuis le mois de juillet 2016. La croissance du produit intérieur brut au troisième trimestre 2016 a atteint en effet 0,5% soit un meilleur taux de croissance que prévu. Depuis début juillet, le pouvoir d’achat des Anglais n’a pas été affecté par une hausse des prix des produits à la consommation. Le niveau de la consommation confirme que la baisse de la livre par rapport au dollar et à l’euro depuis le Brexit n’a pas encore eu d’effet significatif sur les prix. Depuis le Brexit, la Banque d’Angleterre a intégré l’inflation dans sa politique monétaire à venir et considère que sont taux sera de 2,8% sur un an, d’ici la fin 2017.

Publié dansEconomiePolitique éco