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Quelle politique de l'urbanisme en France ?

L’arrivée d’un nouveau réseau de transport constitue donc, au-delà des réticences des riverains, une réponse au sentiment d’enclavement ou d’oubli des populations, qui bénéficient ainsi par ailleurs de la continuité du service public. L’expansion du réseau de chemin de fer est liée à sa nationalisation, dans le but ultime d’accroître l’emprise de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, la question de l’avenir des villes est cruciale dans le cadre d’une économie libéralisée où la compétition mondiale fait rage. La présence de puissants réseaux de transport, d’infrastructures développées, de pôles multimodaux et de logements en nombre suffisants (et, si possible, à des coûts raisonnables), est cruciale pour freiner les délocalisations et permettre l’installation d’entreprises. Le développement durable est au coeur des nouvelles problématiques posées en matière d’urbanisation: le label Haute Qualité Environnementale (HQE) est de rigueur dans le cadre de nouvelles constructions, et la qualité de l’air, de l’eau, sont prises en compte par les nouveaux habitants d’un quartier.

Du centre-ville aux banlieues, la nécessité de puissants réseaux de transports

La question des agglomérations est au coeur des politiques d’urbanisation en France. En 1999, on dénombrait pas moins de dix-huit aires urbaines comptant plus de 400.000 habitants. Paris (1.584 communes, 11.174.743 habitants), Lyon (296 communes, 1.648.216 habitants), et Marseille-Aix-en-Provence (82 communes, 1.516.340 habitants en 1999 selon l’Insee), en forment le trio de tête. Depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Paris a servi de laboratoire aux aménagements potentiellement déclinables en province: RER, villes nouvelles, autoroutes urbaines, centres d’affaires. Chaque ville tente aujourd’hui de faire valoir sa différence, en souhaitant convaincre les autorités compétentes d’y faire passer des lignes de TGV et en mettant en oeuvre des programmes de construction de métros, de tramways, de grands équipements sportifs et culturels, etc. La force d’atrraction sur les investisseurs et les hommes devient un indicateur du niveau de développement urbain des agglomérations – Reims compte sur le TGV Est pour accélerer son développement économique. Le « marketing territorial » devient une réalité, l’image jouant un rôle crucial dans la compétition nationale et européenne. L’expansion des villes depuis les années 1950 a fait oublier l’importance des centres-villes. Certaines municipalités tentent aujourd’hui de redonner une nouvelle vie à ce patrimoine.

L’irruption, à la fin des années 1970, des grands centres commerciaux en périphérie, l’évolution des comportement et le vieillissement démographique ont mis à mal le dynamisme des zones commerçantes implantées au coeur des bourgs. Les traditionnelles animations ne suffisent plus pour attirer la clientèle, il faut insister sur l’accueil et l’union des forces. Le concept de gestion de centre-ville est aujourd’hui en vogue. Crée dans les pays anglo-saxons et importé en Belgique au début des années 1990, il consiste en la création d’une association ou d’une organisation chargée de contribuer à la redynamisation et à la promotion du centre-ville d’une commune donnée, en associant tous les maillons de la chaine: commerçants, municipalités, chambres de commerce.

Conçus à l’échelle de l’économie et de la société de la fin du XIX° siècle, les immeubles et boulevards haussmaniens paraissaient, il y a cinquante ans, mal adaptés à la modernité des villes telles que données par les Central Business District (CBD) des villes américaines, proposant dans des tours de béton et de verre des services et des gabarits adaptés aux firmes transnationales. Des infrastructures telles que des hôtels de luxe ou des centres de congrès paraissaient indispensables. L’expansion vers la périphérie pouvait débuter, avec pour symbole la Défense, près de Paris. L’aménagement de ce quartier d’affaires n’est d’ailleurs pas achevée, avec le projet d’une nouvelle tour à dominante écologique – des éoliennes seront installées sur le toit. Le prestige d’un patrimoine historique a été primordial pour la relance des centres-villes, qui font aujourd’hui partie intégrante des grandes métropoles. Les commerces réinvestissent l’espace disponible, et des voies piétonnes abondemment desservies sont créees.

Les périphéries urbaines ont progressivement contribué, depuis les années 1960, au morcellement des villes en des « zoning » spécialisés reliés par de puissantes infrastructures routières. Les lieux de résidence et de travail sont séparés, des zones industrielles sont crées, et les grands ensembles apparaissent pour la plupart comme enclavés, car éloignés des centres d’activités. Les grands ensembles représentent 1,2 million de logements construits entre 1953 et 1973 pour accueillir une masse importante de population. Les transports collectifs n’ont jamais suffisamment, sur un grand nombre de sites, relié les cités aux centres-villes. L’architecture est elle aussi incriminée: les « cages à lapins » sont mal vécues par celles et ceux qui y vivent. La crise des années 1930 et la guerre ont aggravé l’écart entre l’offre et la demande, entraînant une importante crise dans les années 1950.

Les nouveaux procédés d’industrialisation du bâtiment ont permis d’abaisser le coût de la construction d’immeubles collectifs, et l’empilement vertical des logements a vait pour objectif de limiter l’incidence du prix du terrain. Ces nouveaux logements furent bien accueillis, mais l’absence d’équipements de proximité et de réseaux de transport a contribué au déclin de ces quartiers. Le nouveau défi est aujourd’hui de redynamiser ces zones dites « sensibles » à travers des projets de renouvellement urbains. Les schémas de cohérence territoriale, définis dès 1967, indiquent pour l’agglomération « le projet d’aménagement et de développement retenu, qui fixe les objectifs des politiques publiques d’urbanisme, en matière d’habitat, de développement économique, de loisirs, de déplacements des personnes et des marchandises« . Une meilleure intégration de ces zones dans leur agglomération est donc un objectif défini de longue date.

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