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Furn, des designers engagés pour la durabilité des objets

Au fablab ICI Montreuil, les designers de Furn défendent une approche durable et responsable de la conception d’objets et de la gestion de projet.

«Le meilleur moyen de pallier à l’obsolescence programmée, c’est de concevoir, dès le départ, un objet dessiné pour rester longtemps, pour durer», clament les cofondateurs de FURN, Barbara Balland et Sébastien Tardif, directeurs de création de l’entreprise lancée avec Laurent Courcoux, directeur technique.

Cette entreprise, basée au sein du fablab ICI Montreuil, assure la création, la conception et la logistique dans le cadre de projets liés au mobilier (chaises, porte-manteaux, tables…) et à l’espace (aménagement de bureaux, de stands…) dans une optique résolument responsable, en s’assurant de la durabilité de ses créations. Business & Marchés a rencontré ces makers qui n’hésitent pas à défendre leurs convictions auprès de leurs clients.

Quel constat vous a incité à vous associer pour lancer Furn?

Barbara Balland et Sébastien Tardif — Furn est une entreprise qui existe administrativement depuis deux mois, mais nous travaillons régulièrement ensemble depuis deux ans. Nous faisons aussi bien du mobilier en pièce unique pour des commandes de particuliers, que des aménagements pour des commerces, de la scénographie ou des projets de plus grande envergure: bureaux, appartements entiers… Nous possédons aussi des connaissances et des compétences en fabrication. Cela nous permet de fabriquer nous-mêmes certaines pièces, mais aussi de travailler plus efficacement avec nos prestataires.

Nous échangeons donc plus rapidement et simplement avec les artisans et industriels qui travaillent avec nous. Nous travaillons notamment sur une installation complète de mobilier dans le cadre du Grand Paris, à Neuilly-sur-Marne : nous avons dessiné chaises, bureaux, porte-manteaux, un espace de détente qui se démarque un peu du reste, des caissons de rangement… nous meublons tout l’espace de travail et travaillons donc avec des manufactures de mobilier sur ce projet.

Comment définiriez-vous l’objet idéal?

L’objet idéal répond réellement aux besoins du contexte auquel il se destine, est fonctionnel, et doit créer un lien avec son utilisateur. Il est aussi le juste compromis entre le choix du matériau utilisé, la façon dont il est travaillé, et la fonction à laquelle il se destine.

« Créer un autre rapport à l’objet et à son environnement »

Quelle est la clef de votre positionnement dans l’univers du design?

La clef de notre positionnement réside notamment dans les choix de matériaux avec lesquels on va décider de travailler et la façon de les utiliser. Nous essayons de montrer à nos clients qu’avoir des matières propres/nobles revient parfois à peine plus cher et valorise leur intérieur, d’un point de vue qualitatif et sanitaire. Le fait d’acquérir un objet bien travaillé, dont on connait la provenance et l’histoire… induit que l’on va bien traiter cet objet. Cela créé un autre rapport à l’objet et à son environnement.

Par ailleurs, lorsque nous travaillons avec des entreprises, nous cherchons à contrôler la provenance des matériaux: nous ne travaillerons pas avec un bois provenant de l’autre bout du monde. Autre exemple, pour divers commandes, nous avons rebondi sur les attentes et le budget de nos clients par des propositions dessinées pour amener le projet vers un travail avec des matériaux propres, tout en respectant leur demande de départ.

Comment intégrez-vous la question de la durabilité de vos créations?

Professionnellement, nous avons été confrontés à des projets avec une courte durée de vie : des formes improbables qui induisaient des découpes chères, des matériaux nocifs pour la santé… Nous défendons une approche réaliste de la création! Par exemple, pour un projet événementiel, l’objet doit être démontable, réutilisable, avec des matériaux faciles à séparer… Cela a une incidence sur le dessin et sur les possibles, et crée des contraintes stimulantes! Lorsque nous travaillions sur des cahiers des charges en tant que concepteurs, nous constations que des problèmes auraient pu être évités si les modalités de conception et de fabrication avaient été connues lors des choix créatifs.

A l’échelle de Furn, notre démarche consiste surtout à concevoir des produits n’ayant pas besoin d’être recyclés. D’une part car ils impliquent des matériaux qui ne seront pas dommageables à l’environnement en fin de cycle de vie, mais surtout car nous cherchons à créer des objets qui vont durer longtemps de par le rapport que nos clients noueront avec.

« Des objets à base de chutes, mais qui ne ressemblent pas à des déchets »

Travaillez-vous également à partir de matériaux devant être revalorisés?

Nous dessinons aussi des objets ou des meubles avec des chutes d’atelier. À ICI Montreuil, nous avons la chance de travailler aux côtés d’une multitude de menuisiers. Lorsque cela est possible, nous récupérons les excédents sur les chantiers… Cette masse de matériaux grandit au fur et à mesure ! Dans ce cas, nous dessinons des objets avec ces chutes pour point de départ de notre création. Dès que l’on en a le temps, on s’y attèle. Petite particularité, ces objets-là ne ressemblent en aucun cas aux chutes, aux «déchets» qui les composent. Il est important pour nous de transcender ces matériaux de départ pour leur redonner une identité propre. Cela les revalorise vraiment, en les sortant d’une esthétique «récup’».

Quels projets souhaiteriez-vous lancer?

Plusieurs choses, concernant les créations que l’on développe à partir de chutes, nous tenons à préciser que nous les pensons et dessinons pour être reproductibles. A long terme, pourquoi ne pas dialoguer avec des industriels ou de plus gros distributeurs pour donner des suites à ces objets. Nous aimerions ainsi pouvoir les développer en série. Aussi, nous travaillons actuellement sur un projet avec une résidente d’ICI Montreuil, de l’atelier métal, qui a créé et fabriqué une chaise à bascule et souhaite la reproduire en petite série avec nous. Nous voulons en redévelopper le piètement avec elle pour le rendre reproductible industriellement. Avec notre formation de designer et les contacts que nous avons avec des manufactures, nous arrivons à pousser l’objet, tandis qu’elle a les connaissances, les compétences techniques, et un rapport sensible à sa création.

Nous aspirons à nouer d’autres partenariats de ce type dans l’avenir car ce travail avec des artisans chevronnés est extrêmement enrichissant. C’est aussi pour ça que nous travaillons à ICI Montreuil: il y a des gens qui ont du talent, et c’est intéressant de pouvoir travailler avec eux d’égal à égal.

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie