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Faut-il tabler sur un rebond des cours du pétrole ?

Avec des prix au plus bas, de réelles opportunités d’investissement s’ouvrent. Toutefois, la persistance de la crise économique, la montée des nationalismes pétroliers et l’attentisme caractérisé du point de vue des compagnies pétrolières incitent à la prudence.

Les prévisions de cours pour 2009 se révèlent bien éloignées des plus hauts atteints à l’été dernier : le ministère américain de l’Energie table sur un cours moyen à 43 dollars pour le baril de WTI, Morgan Stanley prévoit une moyenne de 35 dollars et les analystes de la Deutsch Bank annoncent un point-bas à 30 USD. Ces prix particulièrement bas semblent attirer la convoitise d’investisseurs qui souhaitent d’ores et déjà se positionner sur un rebond. Mais cette reprise ne devrait pas s’amorcer dans l’immédiat, si l’on en croît Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine : « Il n’y aura pas de reprise du marché pétrolier avant fin 2011 ou 2012. Les prix vont demeurer bas car le marché est très bien approvisionné : les producteurs ne sont pas prêts à réduire leurs capacités ». Il s’exprimait au Figaro.

La période de baisse risque de s’éterniser…

Faut-il d’ores et déjà tabler sur un puissant rebond des cours ? Cela dépend notamment de la capacité à pouvoir attendre les premiers frémissements. Pour l’heure, les facteurs tirant le baril à la baisse semblent l’emporter, au premier rang desquels la conjoncture morose. Le puissant ralentissement de la croissance mondiale entrave les flux de pétrole, une situation notamment due aux difficultés traversées par les pays émergents. Leur capacité à traverser la crise laisse dubitatifs de nombreux analystes, au vu de leur forte dépendance aux exportations. Du côté des économies plus riches, la situation est comparable : la demande de pétrole des pays de la zone OCDE devrait baisser de 2 % en 2009. Ce déclin des cours pénalise les valeurs du secteur. Le cabinet Collins&Stewart anticipe une baisse du revenu par action de 28 % en 2009 pour les majors, en se basant sur un prix moyen du Brent (la référence pour l’Europe) à 70 dollars pour l’année. Actuellement, il fluctue autour des 40 dollars…

… mais un rebond semble inexorable

« Même si la demande est en baisse – pour la deuxième année consécutive, une première -, un certain nombre de fondamentaux perdurent, susceptibles de soutenir les prix », relève le président de l’Institut Français du Pétrole, Olivier Appert. Actuellement pénalisés, les pays émergents seront l’accélérateur de ce rebond des cours du pétrole. Leur dynamisme économique, même s’il est en ce moment moins vérifié, soutient la demande : pas moins de 2,5 milliards d’habitants aspirent à circuler, se chauffer… à partir de l’or noir. La sortie de crise, qui devrait notamment se réaliser par le biais de ces pays, engendrera – toutes proportions gardées – une accélération de la demande mondiale de brut. La reprise des échanges internationaux à une cadence plus soutenue participera à ce trend haussier. Dans les pays riches, la consommation d’énergies renouvelables reste encore marginale. La montée des nationalismes pétroliers est également à prendre en compte. Selon l’hebdomadaire Money Week, 80 % des réserves sont aux mains d’Etats, dont certains présentent des caractéristiques géopolitiques relativement « sensibles ».

Dans l’attente de cette reprise, les investissements en exploration-production sont quasiment gelés, faute de perspectives à court terme : à 40 dollars le baril, la rentabilité de ces projets n’est plus assurée. Les extensions de raffineries prévues aux Etats-Unis ont été suspendues. Conséquence, l’offre offerte aux consommateurs par les compagnies pétrolières pourrait se raréfier dans la décennie à venir, une crainte atténuée par les techniques nouvelles d’extraction, plus performantes. Les opportunités d’investissement sont donc bien réelles, mais elles s’adressent avant tout à des publics souhaitant s’engager à moyen et long terme.

Publié dansEconomie