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«Il existe un sentiment de routes à deux vitesses entre les autoroutes et le réseau secondaire»

Julien Vick, délégué général du Syndicat des équipements de la route, analyse les enjeux liés au renouvellement des équipements sur le réseau français.

Les acteurs de la route n’entendent pas être à l’écart des prochaines échéances électorales. Face aux difficultés budgétaires éprouvées par de nombreuses collectivités et au taux de mortalité toujours élevé, le Syndicat des équipements de la route publie, en prélude à la Journée nationale de la Sécurité routière prévue le 13 octobre, un livre blanc intitulé «Sécurité routière : 10 propositions pour 2017». Le délégué du SER, Julien Vick, répond aux questions de Business & Marchés.

Comment les maires considèrent-ils le sujet des équipements de la route?

Pour 87% des maires, la sécurité routière est et reste toujours un enjeu important pour les administrés. La mortalité sur les routes ne baisse pas, au contraire. 94% des maires pensent que les équipements de la route jouent un rôle sur la sécurité routière. Cela joue bien sur le triptyque conducteur/véhicule/infrastructures. Or, on évite de se poser la question du rôle de l’infrastructure. Lors d’un accident de la route, si le bus ou le camion se déporte sur la voie d’à côté et qu’il y a des glissières de sécurité au bord de la route. Personne ne se demande pourquoi le dispositif de retenue n’a pas retenu le véhicule et la question est systématiquement déportée sur le comportement du conducteur. Il faut savoir qu’il existe des niveaux de résistance des dispositifs de retenue. Certaines infrastructures sont parfois installées selon le critère du «moins-disant».

Quid de l’entretien de ceux-ci?

On est très loin de cette question de l’entretien. Si vous regardez les panneaux de signalisation, derrière, il y a une étiquette. Un panneau n’est pas fait pour durer 25 ou 30 ans, car il y a un film retro-réfléchissant, qui a une durée de vie ! Quand on se balade en France, on voit que certains panneaux sont devenus illisibles ou obsolètes. Pour 78% des maires, le critère de l’état des routes et des équipements doit être réintroduit dans les rapports d’accidentologie. Aujourd’hui, on ne se pose plus cette question.

Pourquoi l’état des routes est-il si souvent critiqué?

Il y a un sentiment de routes à deux vitesses auprès des Français. Les autoroutes sont jugées plutôt satisfaisantes. Sur le réseau secondaire, plus de deux tiers estiment que ce réseau est insuffisamment maintenu et signalé. La « puissance publique » est ici un peu défaillante : on doit pouvoir se déplacer aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. On travaille sur la question de la mobilité des séniors : les personnes doivent rester à domicile de plus en plus longtemps, et doivent pouvoir accès à une route aidante et communicante, pas anxiogène. Conduire la nuit ou par temps de pluie n’est pas facile, des solutions existent.

Comment ressentez-vous l’impact des restrictions budgétaires des collectivités?

On a bien conscience de cette réalité, or… il n’y a pas de gestion patrimoniale des équipements de la route ! La première règle, c’est de connaitre son patrimoine des équipements de la route. Le risque est de passer à côté de l’efficience de ceux-ci. On parle beaucoup de « dette grise » : laisser une route dépérir coûtera plus cher que de s’en occuper au fil de l’eau. Un dispositif de retenue à haute résistance retiendra mieux un bus qu’un équipement de basse classe. Un tué sur la route a un coût d’un million d’euros pour la collectivité. Les anglo-saxons se posent davantage le coût économique des tués sur la route.

Quels sont les équipements de la route à envisager dans un avenir proche?

Il n’y a pas grand-chose à ajouter pour permettre aux équipements de la route de devenir plus intelligents. Il existe des outils de comptage de véhicules, d’analyse de la vitesse… qui peuvent jouer ce rôle pour avoir une route plus fluide et plus fiable. Cela permet de réaliser des économies significatives en capitalisant sur ces équipements déjà présents, qu’il faut simplement connecter avec les véhicules. La route et le véhicule apprennent à communiquer ensemble – l’Institut Vedecom fait travailler tous les acteurs de la filière, pour interagir. C’est notamment l’enjeu du véhicule autonome.

Publié dansActualité socialePolitique écoSociété