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EPC, ou le champagne en mode start-up pour recruter de nouveaux consommateurs

3 min. de lecture
Edouard Roy et Jerôme Queige - Champagne EPC

Depuis le lancement commercial de ses produits en juin 2019, la maison de champagne EPC a réussi à s’imposer auprès de grands comptes et d’être présente dans six pays et dans plus de 300 points de vente avec ses trois cuvées permanentes (blanc de blancs brut, blanc de blancs extra-brut, blanc rosé) et deux éditions limitées (blancs de blancs millésimes 2013 et 2014). Une vingtaine d’investisseurs avaient préalablement contribué à une levée de fonds de 1,5 million d’euros. Jérôme Queige, 46 ans, cofondateur et directeur général de la start-up basée à Vindey (Marne) et à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) revient sur ce démarrage réussi.

Quels éléments vous ont incité à créer une nouvelle marque de champagne ?

J’ai longuement échangé avec Edouard Roy, 29 ans, fils et petit-fils de vigneron. J’ai fait ma carrière dans le développement commercial de marques de champagne. Il y a un écart qui se creuse de plus en plus entre les Français, les jeunes générations et le champagne. L’appellation peine à se renouveler face aux cava, prosecco… Il y a une vraie attente d’une expérience de marque, et d’une histoire à raconter. Il y avait l’opportunité de créer une marque qui apporterait un modèle traçable et une nouvelle expérience aux consommateurs.

Comment avez-vous acquis une légitimité dans un secteur bien établi ?

J’ai une expérience de développement de marques, et Edouard était proche, avec la structure dont faisait partie son père, d’une union de producteurs. Les facteurs clefs de succès d’une marque de champagne : les approvisionnements, la marque et la distribution. Nous avons présenté ce projet à cette union de producteurs, sur les Côteaux du Sezannais, un terroir qui révèle des chardonnay d’une qualité exceptionnelle. Nous ne proposons que des blancs de blancs. Nous avons sélectionné des bouteilles au démarrage. Nous avons présenté le projet sur la place parisienne, avec une vingtaine d’investisseurs de renom (Xavier Niel, Laurent Dumas…)

Quel a été le calendrier du projet ?

L’idée a démarré en avril 2018, une levée de fonds s’est effectuée à l’été 2018, les recrutements en septembre 2018 dont notre associée Camille Julien, avant la création de la marque (le nom a été trouvé en février 2019) et lancement en l’espace de quatre mois. EPC (E Pluribus Champagnum : l’union fait le champagne) est une marque moderne, forte, sympathique : un nom nouveau fort, court, qui se retient aussi bien qu’en français qu’en anglais. Nous sommes aujourd’hui 17 personnes.

“Nous pouvons capter de nouveaux consommateurs en CHR”

Pour la production, quelles sont les différences avec les maisons établies ?

Chaque cuvée n’est issue que d’un terroir et d’une seule année, sans assemblage. Les blancs de blancs sont des produits très légers, aériens. Nos vignerons partenaires (une centaine) sont à 90% en chardonnay. Nous minimisons tous les intrants, dans le cahier des charges que nous leur fournissons avec Richard Dailly, chef de caves, avec moins de sulfites. Nous avons un système où nous collaborons pour élaborer nos champagnes de A à Z sous la supervision de notre chef de caves. Nous utilisons l’outil de production de nos partenaires, qui nous facturent la prestation, jusqu’au conditionnement (sélection de la première presse, vendanges, dosage à 6 grammes sur le brut contre 11 à 12g en moyenne et extra-brut à 3g).

Comment souhaitez-vous renouveler l’expérience du consommateur ?

La bouteille a un côté cuivré. Notre contre-étiquette est vraiment facile à comprendre, avec des notes de dégustation et des prétextes pour ouvrir chaque bouteille afin qu’elle ne soit pas réservée à des moments sacralisés. Nous aurons des demi-bouteilles l’an prochain. Nous avons une pastille thermo-sensible pour indiquer que le produit est prêt à être consommé, ainsi qu’une étiquette en réalité augmentée. En termes de consommation, le blida, le verre traditionnel du vigneron champenois, de 10 cl, a un usage double, en rupture avec le mode classique de consommation de champagne. Il vient, de plus, de la région. Avec ce verre, les bars-restaurants peuvent aller rechercher des consommateurs avec un verre un peu moins important, moins cher, pour toucher des personnes détournées ou qui ne consomment pas de champagne. Nous avons créé beaucoup de PLV. Nous avons créé une planche en bois pour caler un verre et ajouter des tapas ou des produits apéritifs.

Quels sont vos réseaux de distribution ?

Nous sommes présents dans les lieux de restauration un peu “décomplexés” : le Perchoir, le Faust, le Rosa, lieux éphémères. Nous sommes aussi distribués dans six pays. Pour les entreprises, un modèle de personnalisation par gravure et sur l’étui est disponible. Distribution 100% marchés prescripteurs, avec notamment InterCaves (100 magasins) et Cavavin à la fin de l’année. Nous venons de signer un partenariat exclusif avec l’Atelier des Chefs pour trois ans.

L’interview a été réalisée avant le deuxième confinement.
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A propos de l'auteur
Journaliste dans la presse professionnelle, j'édite Business & Marchés à titre personnel depuis 2007.
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