Fondée en 2014 à Bruxelles, l’enseigne belge Manhattn’s Burgers poursuit son développement en France avec un troisième restaurant parisien, place Saint-Michel. Elle mise sur des burgers grillés à la flamme et un positionnement à mi-chemin entre restauration rapide et brasserie.
L’emplacement est iconique, le pari audacieux. Début octobre, Manhattn’s Burgers a ouvert son troisième restaurant parisien, place Saint-Michel (6ème arrondissement). L’ancien Gibert Jeune a totalement été transformé, moyennant 2 millions d’euros d’investissement. Après Montorgueil (Paris 2ème) en 2022 et Beaubourg (4ème), l’enseigne belge tente de se frayer un chemin dans le secteur de la restauration parisienne, sur un segment fast casual, à mi-chemin entre les fast food et les établissements traditionnels.
“Nous sommes l’hybride entre la brasserie traditionnelle et le fast-food. On se trouve à mi-chemin entre les deux. La vitesse du fast-food, par contre la qualité dans l’assiette, j’espère comme dans les brasseries, c’est-à-dire la fraîcheur et non pas des produits process, industriels, congelés”, explique Jérôme Vandermeulen, le cofondateur de Manhattn’s Burgers avec son frère Philippe.
Après avoir travaillé dans les gaufres belges à New York, l’entrepreneur a lancé, en 2014, à Bruxelles, un réseau de dix établissements dédiés à l’un des plats incontournables de la street food, avec son frère, issu d’une école hôtelière. “Un concept avec des burgers atypiques, c’est-à-dire grillés à la flamme, à base d’Angus beef irlandais grillé à la flamme et non pas smashés ou cuits sur une plaque”, appuie Jérôme Vandermeulen, qui met aussi en avant ses frites fraîches, ses sauces maison et l’absence de bornes de commande.
Un concept adapté aux spécificités françaises
Même si le burger figure parmi les plats les plus iconiques, Manhattn’s Burgers a dû revoir sa copie pour s’implanter en France. “C’est une autre culture, un autre pays. Nous avons dû tout faire from scratch. Même si on parle français, il faut s’imprégner d’une culture et s’adapter aux spécificités locales”, retrace Jérome. Sur les dix burgers à la carte, deux sont dédiés à la clientèle française, avec davantage de fromage.
Autre changement, l’introduction d’une formule déjeuner : “en France, les gens mangent davantage à la même heure, de 12 heures à 14 heures.” Le chef d’entreprise estime à 20% la part de modifications locales de son concept. Le chiffre d’affaires du restaurant de la rue Montorgueil a progressé de 10% en septembre 2026, sur un an, mais la holding qui coiffe les activités françaises a affiché un résultat net négatif de 762000 euros en 2025.
Les tensions sur le pouvoir d’achat, ainsi que les difficultés de certains acteurs du burger (Big Fernand, Carl’s Jr…) n’effraient toutefois pas Jérôme Vandermeulen : “je crois que les gens vont toujours migrer vers le meilleur produit. Grâce à nos volumes, nous pouvons acheter des viandes de la meilleure qualité. Il faut donc continuer à investir et avoir le meilleur prix sur le marché pour ce produit de qualité, et puis y aller à fond.” Les prix des burgers oscillent entre 13,90 et 14,90 euros, les frites 4,50 euros, les milkshakes 7,90 euros et les menus déjeuner de 18,90 à 21,90 euros.
WeWantMore façonne l’identité architecturale des restaurants

Déco brute et éclairages tamisés.
Pour justifier des prix plutôt élevés, Manhattn’s Burgers ne s’appuie pas seulement sur ses belles adresses et la qualité de ses produits, mais également sur une décoration savamment léchée, mêlant ambiance industrielle et clins d’œil new-yorkais. Une mission confiée, depuis 2014, à l’agence WeWantMore, répartie entre Anvers et Londres. Selon Tom Van Hemelrijck, le directeur du design, le projet consistait à importer en Europe le concept américain de fast casual tout en évitant les simples “gimmicks” stéréotypés.
Pour y parvenir, l’agence a combiné des références new-yorkaises telles que le carrelage et les éclairages de Broadway, avec des éléments européens et industriels, comme le style Art nouveau. Dans chaque restaurant, environ 30 à 40% des éléments sont modifiés afin de s’adapter à l’emplacement.
Place Saint-Michel, l’aménagement a ainsi été pensé pour “préserver l’intégrité du bâtiment d’origine” tout en intégrant dès le restaurant sera scruté de près, puisque sept projets étaient en lice pour reprendre les locaux de l’ancienne librairie. Par la suite, Manhattn’s Burgers souhaite trouver des master-franchisés régionaux.
Un concept à affiner
De manière étonnante, un comptoir fermé est disposé à l’entrée.
Place Saint-Michel, à Paris, l’équipe de Manhattn’s Burgers, composée de 18 personnes, va devoir apprivoiser son vaste local de 350 mètres carrés, dont deux niveaux accessibles aux clients. Le restaurant a de l’allure, avec ses murs mêlant plusieurs matériaux et ses lumières tamisées. Mais le nouveau concept de comptoir opaque laisse pantois. Il est impossible d’y commander, puisque cette zone est uniquement dévolue à l’envoi des plats depuis la cuisine. Les clients les plus pressés attendront-ils un serveur en salle ?
Du côté des burgers, on se réjouit de l’arrivée d’une offre qualitative dans le quartier. Le Rockfeller Burger est très gourmand (boeuf, cheddar affiné, bacon grillé, oignons rouges caramélisés, salade et sauce smokey BBQ), mais la cuisson de la viande n’est pas demandée à la commande… et il n’y a pas de vaisselle. Dommage lorsque la qualité est proche de celle d’un restaurant classique !
De grands milkshakes sont proposés.
Gros coup de cœur, en revanche, pour les énormes milkshakes, qui constitueront sans doute le meilleur moyen de venir redécouvrir le restaurant lorsque celui-ci aura trouvé son rythme de croisière.


