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«Une idée n’a pas de valeur si elle ne se confronte pas au public»

Mettre en pratique des idées d’innovations, tel est le leitmotiv du dernier livre de Tiphaine Igigabel et d’Emmanuel Thouan, «Concevoir et produire une innovation». Cofondateurs de l’agence Dici Conseil & Design, spécialisée dans la valorisation de l’innovation, ils proposent un véritable mode d’emploi.

Comment se positionne la France en matière d’innovation par rapport à ses principaux compétiteurs ?

Emmanuel Thouan – Le niveau d’innovation scientifique et technologique est excellent. La France fait partie des pays innovants en termes de recherche fondamentale. Notre constat porte sur la dichotomie entre le nombre de brevets déposés, en France (16250 demandes en 2017) et la capacité des entreprises françaises à transformer les innovations scientifiques et technologiques en produit et services attractifs et commercialisables. Il ne manque que la diffusion à grande échelle de la pratique des métiers du design pour permettre la concrétisation des innovations françaises, que ce soit en termes de produits ou de services.

Quels moyens préconisez-vous pour innover de manière ouverte/en collaboration avec d’autres entités ?

La première des habitudes à perdre est de travailler cachés. Beaucoup de personnes refusent d’emblée le travail collaboratif en expliquant que les idées seront perdues car dévoilées et que donc la protection de leurs futurs business n’est pas assurée. Nous croyons qu’une idée n’a pas de valeur si elle ne fait pas l’objet de prototypage et de test auprès du public d’utilisateurs. Il convient donc de travailler en ouvrant les équipes d’innovateurs aux usagers mais également à l’ensemble des métiers connexes qui interviendront dans la chaîne de mise en œuvre de l’innovation. Il faut créer des tasks force pluridisciplinaires «hors les murs», en évitant les sujets quotidiens, permettant de travailler, de manière agile, autour d’une collaboration riche de plusieurs expériences différentes et ainsi éviter les panels d’experts.

Comment peut-on présenter le process Nextstage et quels sont ses avantages ?

Le process développé par Dici, très largement inspiré des pratiques de design thinking et notamment du double diamant permettant d’identifier rapidement la maturité d’un sujet d’innovation et de repérer les étapes obligatoires dans une démarche de conception utile et économiquement viable. Il y a plusieurs avantages concernant le process Nextstage, que ce soit du point de vue des équipes d’innovations ou de l’ensemble des composantes d’une organisation. Même s’il peut être soumis aux itérations, le process est linéaire, simple à comprendre, efficace et rapide. Les phases de contextualisation, en amont du projet, intègrent les aspects techniques, économiques, sociaux permettant un gain de temps considérable sur les phases de conception et de test en aval. Nous avons eu à cœur de créer un modèle d’accompagnement à la conception de produits et services à haute valeur ajoutée, adapté à tous les secteurs d’activité.

Quels projets vous dernièrement marqués ?

Il semble difficile de sélectionner, dans l’ensemble de la création française, les projets les plus marquants. Ce qui nous marque, aujourd’hui, ce sont les projets de jeunes designers ou ingénieurs, dans le monde, travaillant sur des systèmes de dépollution ou de recyclage. Nous sommes persuadés que la conception future doit être pensée de la fabrication à la fin de vie d’un produit ou d’un service pour permettre aux entreprises de continuer à profiter de leur situation tout en intégrant, dans leurs réflexions et leurs conceptions, les dimensions, éthiques, écologiques et sociologiques.

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie